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La Bibliothèque de Mireille : "Je suis seul" de Mbarek Ould Beyrouk

lundi 3 décembre 2018

"Je suis seul", le sublime roman de Mbarek Ould Beyrouk, écrivain et journaliste mauritanien aujourd’hui âgé de 61 ans. Je suis seul, dit le narrateur caché de tous, alors que sa ville située aux portes du désert est tombée aux mains de djihadistes. Au fil de son soliloque haletant se déroule la mécanique inexorable des événements qui l’ont mené à se retrancher dans cette chambre étroite. Il se trouve prisonnier, prisonnier de sa peur, des amours qu’il a piétinées, du malheur des siens, des corruptions et des sinistres combattants qui paradent dans la rue. L’histoire de sa vie, de la pauvreté nomade aux succès mondains, porte en son cœur le germe de la perte. Seule Nezha, son ancienne bien-aimée, aurait le pouvoir de le sauver. Mais le veut-elle ? Je suis seul est un exceptionnel roman qui interroge sur le fanatisme, les fanatiques et leur inculture : "Le terrorisme c’est l’ignorance puis la haine aveugle, un sentiment de frustration qui vous fait détester tout et tous, et vous-même en particulier." Si le narrateur est anonyme, dépossédé même de son nom, émerge au fil des pages la figure féminine admirative et fascinante de Nezha. Comme si au milieu du chaos et de l’obscurantisme, Mbarek Ould Beyrouk affirme une présence d’humanité, une part de lumière aimante et résistante. "Je suis seul" est un admirable roman choc venu du Sahara, une voix qui porte jusqu’à nous, jusqu’en nous.

Mireille SANCHEZ

Extrait : "Je crois que ma mission aujourd’hui, celle aussi de tous ceux qui m’entourent, est de ne pas sombrer, attendre demain où peut-être toutes nos turbulences seront mortes, l’essentiel c’est d’échapper aux suceurs de sang, de rester en vie d’abord, puis de crier, de dire tout. Dire quoi d’ailleurs ? Enfermé ici, je n’ai rien vu, et Nezha ne me raconte presque rien, il y a seulement que j’entends de temps en temps des hurlements, des pleurs, et même un moment, j’ai osé regarder, un œil par les interstices de la fenêtre, et j’ai vu une femme qu’on traînait, j’ai eu mal et j’ai dit : « Ils adorent la mort, ils abhorrent les vivants...  » et ma rage ne pouvait que susurrer tout bas : « Quand on n’aime pas le soleil qui se lève ou se couche, quand on n’aime pas le sourire d’un enfant, quand on n’aime pas le corps et les cheveux des femmes, quand l’odeur du café au petit matin ne vous dit rien, quand des petites choses ne vous ravissent pas, par exemple un enfant nu qui échappe à sa mère et qui court, court, de ses petites jambes, ou des jeunes gens qui se regardent, l’amour dans les yeux, ou je ne sais quoi encore d’ordinaire et de beau ; quand vous avez l’esprit sec et que le corps vous brûle de vouloir tout brûler, on devrait bien vous aider, vous pousser à quitter un monde que vous haïssez et qui bien sûr ne peut pas vous aimer, il est vie et vous êtes mort, il est soleil et vous êtes ténèbres, inutile de vous tuer ou de tuer des gens, on devrait tout simplement vous aider à partir, vous seriez, de toute façon, toujours martyr pour quelques-uns. Pourquoi devrions-nous accepter de vous voir régir notre vie, pourquoi serions-nous obligés de courber le dos devant les satrapes de l’invisible ? Nous devrions refuser...  » Je dis cela mais je sais que je ne suis pas un héros, je le sais bien."

"Je suis seul" de Beyrouk. Éditions Elyzad. 112 p. 14 €.

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