Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : "La Vengeance du Loup", rencontre exclusive (...)

< >

La Bibliothèque de Mireille : "La Vengeance du Loup", rencontre exclusive avec Patrick Poivre d’Arvor

lundi 21 janvier 2019

"La Vengeance du Loup"est le dernier roman du journaliste Patrick Poivre d’Arvor qui vient de paraître aux Éditions Grasset. L’auteur revient sur ce dernier opus. Entretien...


Destimed : Vous dédicacez votre livre : "A Charles et à Blanche quand ils seront à l’Élysée". Ce clin d’œil aux personnages de votre roman révèle-t-il la part d’amusement que vous trouvez dans l’écriture ?
Patrick Poivre d’Arvor : J’adore semer des petits cailloux très personnels dans mes livres. Je suis parfois le seul à la retrouver !

Vous vous doutez bien que l’on ne peut s’empêcher de rechercher quelques traits chez des hommes politiques connus, trouvez-vous légitime cette curiosité de vos lecteurs, l’attisez-vous ?
Toute curiosité est légitime. Mais je brouille beaucoup les pistes dans ce roman…

Vous avez été amené dans votre carrière journalistique à une proximité toute professionnelle avec les protagonistes du pouvoir, jusqu’à quel point celle-ci vous inspire-t-elle ?
Je me suis toujours méfié de toute connivence. Et ça m’a plutôt réussi.

Les derniers mots du livre sont "à suivre…", êtes-vous en cours d’écriture d’une suite des aventures de Charles ?
Je suis en effet en train d’écrire le tome 2.

Auteur d’une soixantaine d’ouvrages, vous avez déclaré récemment "On ne peut pas s’empêcher d’écrire", qu’est-ce qui vous insuffle ce besoin d’écriture ?
Une excitation qui ne m’a jamais quitté depuis la rédaction de mon premier roman, "Les Enfants de l’Aube", quand j’avais dix sept ans.

Un message aux lecteurs de Destimed ?
Merci à tous de votre amour pour la lecture et pour l’écriture !

Propos recueillis par Mireille SANCHEZ

"La Vengeance du loup"

Charles s’ennuie ferme sur les bancs de l’école. Mais au fond de lui, le jeune garçon sent que sa vie est ailleurs. Il brûle d’un appétit vorace et ses rêves sont hantés par les plus hautes destinées. A douze ans, Charles perd sa mère. Elle était tout pour lui : sa confidente, son inspiratrice, son idole. Sur son lit de mort, elle lui révèle qu’il n’est pas le fils de l’homme qu’il croyait être son père. Son père biologique se nomme Jean-Baptiste d’Orgel, un acteur connu du grand public. Le monde de Charles s’écroule, il ne lui reste que son ambition… Adolescent, Charles confronte son géniteur : Pourquoi les a-t-il abandonnés, lui et sa mère, sans jamais chercher à les revoir ? Et voici qu’une autre histoire de fils orphelin surgit, qui plonge ses racines dans les années 40 en Algérie. Guillaume, le père de Jean-Baptiste, y avait vécu une grande histoire d’amour clandestine avec une jeune algérienne, Amina, qui sera violée par trois fils de colons. Mais faire appel à un milicien factieux pour l’aider à punir les violeurs, quand on est fils du gouverneur général, ne peut que conduire à des tragédies…En aidant son jeune loup à accéder aux plus hautes marches du pouvoir, le vieux loup va venger sa lignée maudite : attaché de cabinet, député, ministre, le jeune ambitieux monte dans l’ombre d’un certain Victor Exbrayat, qu’il finira par trahir et par « tuer » pour prendre sa place. Des années de l’Algérie française aux palais nationaux, La Vengeance du Loup offre une grande fresque qui nous fait pénétrer dans les arcanes du monde politico-médiatique français.

Chez l’écrivain, le journaliste n’est jamais loin. Ainsi son dernier roman s’articule autour d’une documentation riche sur les arcanes bureaucratiques de l’Algérie française. Son héros, petit garçon qui veut devenir président de la république, entraîne le lecteur dans les coulisses du pouvoir où les intrigues amoureuses n’ont rien à envier aux intrigues politiques. La Vengeance du Loup est un roman d’apprentissage et comme celui du pouvoir s’acquiert vite ! Charles parviendra-t-il à ses fins ? Il faudra (malheureusement) attendre le tome 2 de ses aventures pour le savoir (peut-être) ! En attendant ce premier opus se lit avec empressement et délectation.

M.S.

Extrait :
Charles aimait les crépuscules. Depuis sa plus tendre enfance qu’il avait eu la chance de passer en Asie, il adorait ces minutes incertaines, mais inéluctables, où la nuit finit par vaincre le jour. Il les attendait longuement, comme une délivrance, parce qu’il s’ennuyait lors des journées ordinaires, à rêver sans but, mais aussi parce qu’il savait qu’à une certaine heure il sortirait de sa torpeur, saisi d’une vigueur qui ne lui était pas habituelle.
On le disait volontiers dans la lune, voire lymphatique. C’était son état naturel, il ne l’aimait pas, surtout quand il se comparait à ses camarades de classe, mais il ne faisait rien pour le combattre. Il lui semblait qu’il en serait ainsi jusqu’à la fin de ses jours et qu’il lui fallait simplement s’accommoder de ce handicap qui l’empêchait d’avoir les mêmes appétits que le commun des mortels. Par quels ressorts les autres étaient-ils donc mus, pourquoi ce dynamisme, cette envie de toujours vouloir « faire » ou défaire ? Charles se persuadait que, bébé, il avait dû être piqué par une mouche tsé-tsé et que tout en lui, vu de l’extérieur, fonctionnerait toujours au ralenti.
De l’extérieur, car à l’intérieur c’était une tout autre chanson. Son cerveau bouillonnait d’idées et de rêves, il aurait tant voulu avoir mille vies, nimbées de gloire le plus souvent, mais aussi de tendresse. Du haut de ses 10 ans, il avait déjà son opinion diffuse sur l’amour, celui qui plus tard, il en était sûr, le gouvernerait plus que tout au monde.
Voilà pourquoi chaque soir, il attendait avec impatience cette heure magique où des forces, telluriques à n’en pas douter, s’empareraient de son être pour le réveiller et lui redonner confiance en son destin comme dans le monde médiocre où il avait le sentiment d’évoluer. Cet instant de la journée, qu’on qualifiait naguère « entre chien et loup », s’accompagnait, surtout en été et à l’automne, de furieuses épousailles entre ciels bleus et ciels noirs.
Charles, qui se morfondait tant le jour durant, croyait en la rédemption par le crépuscule. Il y avait le paradis pour les âmes discrètes et le crépuscule pour celles qui trouvaient interminables ces journées de mortel ennui. Et s’il n’y avait eu que l’ennui…
L’enfant souffrait en effet de deux langueurs assassines. Il voulait bien oublier le peu d’estime qu’il avait de lui-même. Mais il lui était insupportable que les deux personnes auxquelles il devait la vie fissent aussi peu de cas de son discret passage sur terre.
Son sort, à première vue, n’était pas indifférent à sa mère. Bien au contraire, elle lui démontrait son affection à grands renforts d’effusions qui parfois même le gênaient. Telle était sa nature, extravertie, vouée à l’ostentation des sentiments, mais quelque peu envahissante pour un garçonnet si frêle, replié sur lui-même, rêveur et solitaire. De cela, il ne pouvait guère lui en vouloir, tant elle paraissait sincère dans l’expression exagérée de son amour pour lui. Il aurait simplement préféré qu’elle réserve ces manifestations affectueuses à leur sphère privée. Dans ces moments-là, il se laissait aller, sa tête retrouvait la douce chaleur du ventre de sa mère et il était le plus heureux des petits garçons. Mais elle ne savait pas davantage contenir ses débordements en public. Pour un enfant si réservé, c’était un supplice. Il guettait la réaction de ses camarades à la sortie de l’école et, même s’il n’avait pas grand mal à se persuader que sa mère était la plus belle de toutes les mamans de la terre, cela le blessait de pouvoir envisager qu’on se moquât de lui, et pire encore, d’elle.
Mais cela n’était rien à côté du malaise qu’il ressentait lorsqu’il croisait – ou devinait – le regard d’un homme sur celle qui l’avait mis au monde. Il ne suffisait pas qu’il fût insistant, il eût simplement fallu qu’il n’existât point. Ne sachant rien, ou presque, des affaires de la sexualité, il ne pouvait s’imaginer le processus qu’installaient ces œillades mais il devinait fort bien qu’il s’agissait d’abord de lui ravir un peu de son amour pour lui… Et, par-dessus tout, il détestait que sa mère pût être salie par ces yeux d’hommes.
Il ne les aurait peut-être pas détectés si elle n’avait pas répondu à ces invites, de temps à autre, par un imperceptible battement de cils. Imperceptible de tous, sauf de Charles. Et de quelques renards rusés qui s’y entendaient plus que d’autres en la matière. Ces jolis cœurs insupportaient le garçonnet qui les repérait de loin à leurs manières mielleuses, faussement désintéressées et profondément agaçantes. Il leur arrivait d’amorcer leur tentative de séduction par un hommage appuyé au « si joli petit garçon » qui accompagnait sa maman. Si joli, si poli et tout et tout… Ces escrocs ne reculaient décidément devant rien, tant il était clair que l’enfant ne leur importait guère. Mais ils savaient qu’il n’y avait pas mieux qu’une flatterie déposée aux pieds du fils pour atteindre le cœur d’une mère, surtout quand elle n’a que 30 ans.
Charles ne voulait donc pas servir d’alibi. Il sentait bien que sa mère restait trop vulnérable, trop incertaine face à cette multiplication d’assauts ; elle était en effet très belle, et donc très désirable. On disait d’elle qu’elle avait « une allure folle » et cela plaisait à l’enfant. Elle relevait de temps à autre sa chevelure, qu’elle avait abondante, en un geste d’une absolue sensualité, et feignait de ne pas percevoir l’effet qu’elle déclenchait instantanément. Ses rivales lisaient en revanche très bien dans son jeu semi-conscient et la plupart la jalousaient ouvertement. Certaines la détestaient, d’autres l’enviaient.

"La Vengeance du Loup", de Patrick Poivre d’Arvor. Éditions Grasset. 320 p. 20 €.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.