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La Bibliothèque de Mireille : "Le Pays de l’impossible hiver" de Martine Pilate

mercredi 26 décembre 2018

Les romans de Martine Pilate, s’ils évoquent des destins de femmes et d’hommes, sont toujours emplis de poésie, d’élégance et de finesse. Jamais les tragédies ne sont pathétiques ni les bonheurs trop exubérants. Des romans étonnants, toujours émouvants.


La guerre vient de briser les rêves de Joanna. Joanna quitte la Pologne à dix ans, en 1927, car sa famille ne parvient plus à vivre correctement. Son père, Witold, est parti deux ans auparavant dans les mines du Nord de la France. Bientôt son fils Marek le rejoint, suivi par ses filles et sa femme dite Mamouska. Joanna va à l’école, mais ne brille pas. Elle prend bientôt un emploi dans une mégisserie de Stains. Joanna rencontre Marceau qui travaille aussi à la mégisserie. Ils se marient peu après, en août 1939. La jeune Polonaise, arrivée en France fuyant la misère, s’était imaginé un avenir meilleur après son mariage avec Marceau. Gabriel, leur enfant, nait alors que son père est au front. Joanna reçoit des lettres très brèves depuis que Marceau est prisonnier, puis plus aucune nouvelle. Joanna succombera au charme de Matthis, un résistant alsacien qui lui est venu en aide pour cacher sa religion et la vie reprendra son cours à la fin de la guerre. Marceau rentre du camp où il était emprisonné, après avoir passé du temps comme employé dans une ferme allemande. Il reste distant avec Joanna et s’intéresse peu à son fils. Après une période au cours de laquelle Marceau est violent avec son épouse, la jeune femme va découvrir qu’il a une « nouvelle » famille en Allemagne, avec Grete, sa patronne. Il part enfin la rejoindre. Quant à Matthis, il finit par rentrer chez lui en s’échappant d’un camp russe dans lequel il était encore prisonnier après la guerre. Il retrouve Joanna et l’épouse, tandis qu’il reprend ses études de chirurgien à Paris. 1975. Joanna fête ses 60 ans. Autour d’elle sont réunis Gabriel et ses deux fils, sa fille Annabelle qu’elle a eue avec Matthis. Ce dernier lui offre un voyage en Pologne, pour aller retrouver son cousin Tomazs avec qui elle n’a cessé de correspondre.
"Parce qu’au creux du tourbillon de l’Histoire se cachent des petits et des grands bonheurs qui bâtissent une vie", Martine Pilate s’attache à donner de la joie à ses personnages malgré des événements graves. Au pays de l’impossible hiver, rien n’est impossible aux âmes sincères…

Mireille SANCHEZ

Extrait :
Bien sûr qu’il faisait très froid l’hiver et que les sabots, emplis de paille tassée, étaient mal commodes à traîner ! Mais il devait faire tout aussi froid partout ailleurs et Joanna n’avait jamais vu des enfants chaussés autrement qu’avec des sabots taillés dans le bois dur des hêtres.
À l’époque du cochon, au creux de l’hiver, les ragoûts s’enrichissaient de petits morceaux de viande. Quand il n’en restait plus, l’oseille sauvage ou les herbes champêtres les remplaçaient. Le jardin potager et l’art des cuisinières pourvoyaient à remplir les ventres et à satisfaire les papilles. « Un Polonais qui a faim ne vaut rien », déclaraient les anciens. On faisait en sorte d’éviter la pénurie et d’avoir le ventre suffisamment rempli pour abattre sans rechigner un travail harassant.
Alors pourquoi ne plus vouloir de ce monde et de cette nature dont le cœur vibrait au rythme des saisons ? Que pouvait-on trouver de mieux « là-bas » ? C’étaient des problèmes de grands auxquels Joanna ne comprenait pas grand-chose. Tout finirait par s’arranger, pensa-t-elle. Elle commença à laisser errer son imagination. Rapidement, ses songeries se dissipèrent. Elle sentait peser sur elle le regard perçant de l’homme au portrait sur le mur d’en face : Jozef Pilsudski, maréchal libérateur et tyran, admiré et haï, mais toujours respecté. Père de l’indépendance reconquise en 1918, même s’il ne présidait plus aux destinées de la Pologne, il n’en restait pas moins celui qui avait tiré le pays de l’obscurantisme.
Sa tête dodelinait de fatigue. Les discussions lui arrivaient lointaines, irréelles.
– Il nous faut trouver d’autres revenus. Nous ne faisons que survivre. Il ne s’agit pas d’abandonner la ferme. Mais il faut être réaliste. Si l’hiver se montre rigoureux, comment allons-nous faire pour nourrir la vache et le cheval ? Cet été, il n’a presque pas plu et nous n’avons pas suffisamment engrangé de fourrage. Nous allons devoir en acheter. Avec quoi ? Et si ça recommence l’an prochain ? Là-bas, en France, l’espoir nous est permis.
À ces derniers mots, elle sursauta. « Au pays de l’espoir, il n’y a pas d’hiver », avait coutume de déclarer Witold, son père, pour redonner du cœur à l’ouvrage aux siens. « Là-bas », il n’y avait donc pas d’hiver ? On n’avait jamais froid ? Elle replongea dans ses rêveries, demain Tomasz lui expliquerait.

"Le Pays de l’impossible hiver" de Martine Pilate. Éditions De Borée. 286 p. 18,90 €.
Déjà publiés aux mêmes éditions "Les Roses sauvages du maquis" et "Trois femmes dans la tourmente".

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