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La Bibliothèque de Mireille : "Les guerres du bio", de Stenka Quillet

vendredi 16 août 2019

Des hangars de Rungis aux épiceries spécialisées, des fermes éthiques aux cultures intensives d’Espagne, Stenka Quillet mène l’enquête dans les coulisses du bio avec, comme horizon, cette question essentielle : quelle société voulons-nous pour nous-mêmes et nos enfants ?


Il y a 20 ans, le bio est entré massivement dans nos vies. Au départ, la promesse tenait plutôt du projet néo-hippie. Qui aurait voulu se nourrir des lentilles et betteraves, qui nous rappelaient les affreux plateaux repas de nos cantines d’écoliers ? Qui aurait parié sur des hamburgers au tofu ? Personne n’aurait proposé en fin de repas une tisane à ses invités, à part nos grands-mères. Le bio, c’était une lubie réservée aux extrêmes : stars américaines illuminées ou vieux babacools sur le retour. Stenka Quillet

Malgré sa démocratisation, le bio suscite encore de la méfiance : prix prohibitifs, produits importés de l’étranger, cahier des charges européens qui tolère la présence résiduelle d’OGM… depuis que les géants de l’agro-alimentaire ont pénétré ce marché plein de promesses, le bio semble être entré en guerre contre lui-même. Et le consommateur est perdu. Comment faire la différence entre les produits bio achetés chez Biocoop, Naturalia ou Carrefour ? Quelle réalité se cache derrière les tomates bio d’Espagne que nous trouvons, même en hiver, sur les étals des grandes surfaces ? Comment sont-elles cultivées ? Par qui ? Qu’est devenu le projet défendu par les pionniers du bio qui, bien plus qu’une agriculture sans pesticide, voulaient une économie fondée sur la transparence, respectueuse de la terre, des animaux et des ouvriers agricoles ?

Journaliste et documentariste, Stenka Quillet qui travaille notamment sur les modèles agricoles et leur impact sur les hommes, s’est particulièrement interrogé sur le sujet : Cette forme d’agriculture est-elle pour autant la réponse à nos besoins ? Est-elle aussi vertueuses qu’elle le prétend ? Pourquoi les produits bio sont-ils si chers ? Qu’en pensent nos paysans et les citoyens ? Les politiques sont-ils prêts à encourager cette nouvelle agriculture émergeante ?

En douze chapitres très documentés, l’auteur apporte quelques réponses :
1. Jargon bio
2. La biodiversité est dans le pré
3. Pas de tomates en hiver
4. Le prix du bio : « Une agriculture de paysans pauvres pour nourrir les riches » ?
5. État des lieux avant apocalypse
6. Le bio c’est la santé ? Guerre de chapelles et conflits d’intérêts
7. La bio à l’heure du marketing
8. Le succès de la bio au risque de son industrialisation
9. Les supermarchés bio ou comment la grande distribution risque d’écraser la bio
10. De quoi les labels nous protègent-ils ?
11. Bio et autonomes
12. L’avenir de la bio dans un plateau de cantine

Tandis que la justice américaine a condamné Monsato à verser 248 millions d’euros d’indemnité à Dewayne Lee Johnson, en France l’Assemblée Nationale a considéré que le glyphosate n’était pas un problème… Le livre de Stenka Quillet prend encore plus de sens si besoin était, partageant le résultat de ses investigations, elle nous amène à nous interroger. Les guerres du bio peut être consommé sans modération ni crainte d’une surdose d’informations ! Un livre fort intéressant à lire et à faire lire…

Mireille SANCHEZ

"Les guerres du bio", de Stenka Quillet. Éditions Grasset. 256 p. 19 €.

Extrait :

Jargon bio
Le ou la bio ?
« Il y a ceux qui disent "le" bio et ceux qui lui préfèrent sa version féminine "la" bio. En grec, bio signifie vivant. En ce sens, Le terme "agriculture biologique", qui date de 1958, s’oppose à celui d’agriculture dite conventionnelle, qui contraindrait le vivant. Dans cet après-guerre où il faut produire à tout prix de quoi nourrir la population, la mécanisation et l’utilisation massive de produits chimiques de synthèse inquiètent certains médecins et consommateurs. Ils militent pour une agriculture qui serait naturelle. Le concept d’agriculture biologique est née. Soixante ans plus tard, la distinction entre le et la bio a un sens. Le bio appartient au langage de ceux qui n’y voient qu’un modèle économique. Modèle qui certes respecte le cahier des charges mais qui « reproduit le modèle productiviste : spécialisation des cultures, agrandissement des surfaces, recherche du meilleur marché…  », explique l’anthropologue Benoît Leroux. « Le masculin renvoie à la seule dimension du mode de production et du marché, tandis qu’au féminin l’expression s’élargirait au "mode de vie, voire à un art de vivre"…  »
Quand on dit la bio, c’est donc au projet de société que l’on se rattache. Aujourd’hui plus que jamais, la distinction fait sens, alors que l’engouement pour l’agriculture biologique pose la question de son industrialisation et des risques qui y sont attachés.

Exploitation agricole versus paysans
Lors des documentaires que j’ai pu réaliser sur l’agriculture, j’ai rencontré des gens qui insistaient sur les termes employés pour les désigner, eux et leur travail. Certains se disent paysans et parlent de leur ferme, alors que d’autres ont l’habitude de dire exploitation agricole, et ont fini par adopter le mot exploitant pour parler d’eux. Paysan, cela traduit un lien avec la terre, et le lieu géographique où l’on vit et travaille : le pays. Exploitation agricole : cela ne ressemble-t-il pas davantage à un terme économique pour désigner une unité de production ?

Agriculture conventionnelle ou chimique ?
Que nous dit l’Académie française au sujet de cet adjectif ? « Qui résulte d’une convention, d’une règle. » Ses synonymes : classique, rituel, traditionnel. Certes, au XVIIIe siècle, avant la Seconde Guerre mondiale, les agriculteurs utilisaient déjà des engrais chimiques, mais n’avaient pas recours de manière massive aux pesticides et OGM vendus par l’industrie. En quoi peut-on considérer que cette agriculture utilisant des produits chimiques soit traditionnelle ? Des chercheurs de l’INRA se sont penchés sur la sémantique propre à l’agriculture.
À propos du qualificatif « conventionnelle », voici ce qu’ils écrivent : « Il s’agit le plus souvent de caractériser une agriculture “chimique”, “moderne” qui n’a pas intégré dans ses pratiques les évolutions technologiques récentes (telles que les OGM ou la télédétection, par exemple). Cette expression assez ancienne est très largement répandue. » En parcourant leur lexique, surprise, je tombe sur le mot « chimique ». Voici la définition que les auteurs en donnent : « Elle qualifie une agriculture basée sur l’utilisation de produits chimiques : engrais à partir de la fin du XIXe siècle, puis pesticides à partir de la fin de la première moitié du XXe siècle. (…) Actuellement, cette expression est utilisée en opposition à celle d’"agriculture biologique". Il s’agit d’une agriculture "moderne".  »

La bio et l’agriculture chimique
Pour ma part, en tant que consommatrice consciente des enjeux que soulève le modèle agricole que je plébiscite à travers mes actes d’achat, je préfère parler de la bio au féminin, et c’est le terme que j’utiliserai dans ce livre. Pour parler de l’agriculture conventionnelle, j’utiliserai la plupart du temps le terme d’agriculture chimique. Puisque c’est l’utilisation de produits chimiques qui la caractérise depuis plus de cinquante ans (engrais de synthèse et pesticides), pourquoi se cacherait-elle derrière un jargon édulcoré ?

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