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La Bibliothèque de Mireille : "Love murder" de Saul Black

mercredi 25 octobre 2017

Après "Leçons d’un tueur", reprenant ses personnages de Valerie Hart, l’enquêtrice de police et de Katherine Glass, la nocive criminelle, Saul Black avec son deuxième opus "Love murder" signe à nouveau un thriller implacable, percutant et vénéneux !


"Souviens-toi de son visage. C’est le dernier que tu verras."
Une nymphe à la beauté inquiétante, Katherine Glass, patiente dans le couloir de la mort pour avoir torturé puis assassiné une dizaine de femmes. Mais son partenaire dans le crime, l’Homme au masque, court toujours... Et six ans après, il recommence à tuer. Valerie Hart, l’inspectrice à qui l’on doit l’arrestation de Katherine, est décidée à enfin clore le chapitre. Pour parvenir à ses fins, elle est même prête à rendre visite à la vénéneuse détenue -cette femme qui éveille en elle des pulsions dangereuses et semble lire dans l’intimité de son couple. Avec cette nouvelle enquête de Valerie Hart, intrépide femme flic et fumeuse impénitente, Saul Black renouvelle son tour de force : emporter le lecteur dans une course-poursuite qui mêle humour, intelligence, suspense et tourments de l’âme. "Love murder" est un thriller implacable, un roman effrayant, terriblement addictif de la première à la dernière page.
Mireille SANCHEZ

Extrait :
Des livres. Une vie passée à lire. Du goût. D’après son logement en rez-de-chaussée, Elizabeth Lambert était – ou, plutôt, avait été – une femme qui, de temps à autre, dépensait plus qu’elle ne pouvait se le permettre pour s’offrir quelque chose de vraiment beau. Des lithographies et des gravures sur bois qui ne semblaient pas produites en série. Un fin tapis persan vert pâle et or. Une petite sculpture abstraite, nichée dans l’oriel, apparemment taillée dans du lapis-lazuli. Cet appartement, pensa Valerie, était tout le contraire du leur.
_Désolée, lui lança Laura Flynn lorsqu’elle arriva. Je ne pouvais pas ne pas te le dire.
_Je sais. Montre-moi.
Valerie transpirait déjà sous sa blouse médicale. La maison sentait le propre, par-delà l’intrusion récente et immanquable d’un relent de mort. Les deux femmes durent slalomer entre les membres de l’équipe scientifique, qui accomplissaient leur tâche avec une intensité silencieuse qu’on aurait pu prendre pour de la délicatesse. De fait, c’en était ; non pas envers la victime, mais envers les preuves. Ils en étaient encore aux photos. Ricky Santayana, le médecin légiste, conversait à voix basse au téléphone, dans l’embrasure de la salle de bains. Il salua Valerie de la main et lui tourna le dos.
_Elle est telle qu’on l’a trouvée, précisa Laura tandis qu’elles entraient dans la chambre à coucher. Sauf que le premier flic arrivé sur place lui a retiré son bâillon. Il est là-bas, si tu veux lui parler.
Valerie jeta un regard au jeune policier aux cheveux noirs, en uniforme, qui se tenait devant l’oriel, les mains sur les hanches. Sa posture, entre arrogance et indifférence, ne parvenait pas à masquer l’horreur qu’il éprouvait à l’idée d’avoir compromis une scène de crime. Il était beau et n’avait sûrement pas l’habitude d’être pris en défaut. Elle s’imagina lui envoyer : « Quand tu lui as retiré son bâillon, tu croyais qu’elle allait te donner le nom du coupable ? » Elle refoula cette impulsion. L’amour l’avait débarrassée du besoin de s’accorder de petits triomphes. L’amour l’avait rendue généreuse. L’amour l’avait risiblement attendrie.
_Qui a trouvé le corps ? demanda Valerie.
_La femme de ménage, répondit Laura en ouvrant son carnet. Marley Hollander. Elle a une clé de l’appart. Elle est dans la voiture avec Ed, en ce moment, et essaye de reprendre ses esprits. Au deuxième étage, on a un certain Gianni Galliano, qui selon Marley est au travail mais elle ne sait pas où il bosse. Le logement du premier est vide. Pas de traces d’effraction. La porte de derrière est fermée par un verrou à bouton, la porte d’entrée aussi, plus une mortaise. On ne peut pas négliger l’hypothèse d’une fenêtre restée ouverte, mais c’est peu probable. Soit il avait les moyens d’entrer, soit elle l’a laissé entrer.
Elizabeth Lambert gisait sur le dos, sur le lit, nue, le visage tourné vers la gauche, les bras levés derrière la tête, les jambes écartées. Les bords de sa bouche étaient couverts d’ecchymoses, sans doute dues au bâillon. L’un des membres de l’équipe médicale s’affairait à enfermer ses pieds et ses mains dans des sacs plastique. Valerie aperçut les ongles de ses orteils, parfaitement soignés et vernis couleur mousse au chocolat, un effet que la décoloration de la peau rendait affreux, comme si la victime s’était apprêtée pour une fête d’Halloween. Au moins une dizaine de blessures superficielles constellaient ses seins et son abdomen. Une autre, plus profonde, entourait son téton droit d’une croûte de sang, évoquant un joyau grotesque. Valerie eut une image du tueur maniant lentement son couteau tout en chuchotant entre les cris étouffés de sa victime : « Ça fait mal, salope ? »
Elle bloqua cette vision. Comme on se force à le faire, quand on débute. Quand on vient d’entrer dans la police, on commence par suivre la procédure, on fait le job. On se concentre sur le solide, le matériel, l’évident. Ce n’est que plus tard (beaucoup plus tard, quand on n’a pas de bol) qu’on se sert de son imagination. Ce n’est que plus tard que l’on doit, selon l’expression de son grand-père, danser. Les aisselles nues d’Elizabeth rappelèrent à Valerie la manière dont Nick embrassait les siennes, quelques heures plus tôt à peine. Ça aussi, il fallait l’étouffer : les parallèles ignobles, les rapprochements déprimants. Ça ne voulait rien dire. Le monde débordait de contraires accidentels. Le monde, quand on creusait un peu, n’avait pas de sens.
_D’après les empreintes, il a utilisé des liens en plastique pour lui attacher les poignets, poursuivit Laura. Peut-être des cordons de rideau pour les chevilles, mais il a emporté les liens. D’après Ricky, aucune des blessures au couteau n’est mortelle. En revanche, il y a des marques de ligature sur le cou. Strangulation, à coup sûr.
Valerie s’imprégnait des détails de la pièce, au-delà du corps. Une paire de Nike blanches à lacets orange sous une chaise en rotin. Un sèche-cheveux sur la commode en chêne. Un numéro du New Yorker sur la banquette de l’oriel. Un miroir chevalet. À l’exception des draps roulés en boule par terre, l’endroit était bien rangé. Pas de traces de lutte. Il l’avait peut-être assaillie par surprise avant de l’attacher. Ou menacée avec son couteau. Les liens en plastique étaient conçus pour pouvoir être noués d’une seule main. Ou peut-être qu’elle s’était davantage débattue, mais que le tueur avait rangé la chambre après coup ? Du chloroforme ? À voir avec le labo. Ou peut-être qu’elle s’était laissé attacher ? Une séance de bondage consensuelle qui aurait dérapé vers le meurtre ? (Non, pensa Valerie. À moins que son instinct ne vaille plus un clou, elle savait que ce n’était pas ça.) Pas d’effraction. Du coup, il était forcément entré par la ruse ou le subterfuge. Ou, encore une fois, on l’avait laissé entrer. La victime le connaissait peut-être. Pitié, qu’elle le connaisse. Pitié, que le nombre de suspects se réduise.
Valerie étudia de nouveau le corps sur le lit. Se rappela qu’elle n’avait pas affaire à une personne, mais à une victime. L’identité de la morte avait été gommée et ne serait rétablie que lorsqu’on aurait attrapé le coupable. Alors, le cadavre pourrait redevenir Elizabeth Lambert. D’ici là, elle n’était qu’une mission, l’objet mystère, l’Affaire.
_Tiens, dit Laura en lui tendant un sac transparent.
Il s’y trouvait une feuille de papier blanc légèrement froissée, sur laquelle étaient imprimées quelques lignes de texte.
À l’attention de l’inspectrice Valerie Hart
Chère Valerie, si Katherine Glass reste en prison, d’autres innocents mourront. Vous savez qui je suis, mais je vous ai laissé l’anneau de Danielle en guise de preuve. Chaque victime recevra un avertissement, tout comme Elizabeth (cherchez soigneusement, je vous prie). Pas encore de vidéo, mais ça ne saurait tarder. Cette victime a pour seul but d’ouvrir la voie. Vous vous y attendiez. D’autres suivront.

Déjà publié, "Leçons d’un tueur"


"Repérer, traquer, tuer, recommencer." Katrina, Sarah, Angelica, Shyla, Yun-seo, Leah, Lisbeth... Sept femmes âgées de vingt-quatre à quarante ans. Sept femmes retrouvées mortes aux quatre coins des États-Unis. Violées, torturées, exécutées. L’œuvre d’un homme ou de plusieurs ? Depuis trois ans, la police tourne en rond et n’a pour indices que d’étranges objets découverts dans les corps mutilés des victimes.
Aujourd’hui, l’inspectrice à la Criminelle de San Francisco, Valerie Hart, sent qu’elle tient enfin une piste sérieuse. Mais il faudra faire vite, car la prochaine cible pourrait bien être une petite fille de dix ans piégée dans une cabane isolée du Colorado. Alors que ses vieux démons refont surface, Valerie se lance dans une course contre la montre... Thriller implacable.

Extrait :
Quand, à peine sortie de sa cuisine chaude embaumant les cookies, Rowena Cooper découvrit les deux hommes dans le couloir, leurs bottes dégoulinant de neige fondue, elle comprit immédiatement que tout était sa faute. Depuis des années qu’elle ne verrouillait ni les portes ni les fenêtres et qu’elle laissait les clés sur le contact, persuadée que rien de tel ne pouvait se produire, qu’elle était en sécurité… Tout cela n’était qu’un mensonge qu’elle avait eu la bêtise de se raconter. Pire, un mensonge auquel elle avait eu la bêtise de croire. Une vie entière se résume parfois à attendre le moment de se prendre en pleine figure l’ampleur de sa propre stupidité. C’est ainsi qu’elle se retrouvait dans une maison située à plus d’un kilomètre du plus proche voisin et à cinq de la ville (Ellinson, Colorado, 697 habitants), seule avec son fils de treize ans à l’étage et sa fille de dix en train de jouer sous la véranda, face à deux intrus dont l’un était armé d’un fusil et l’autre d’une longue lame qui, malgré la sensation de chute vertigineuse qu’elle éprouvait, lui fit aussitôt penser à une machette, même si c’était bien la première fois qu’elle en voyait une ailleurs que dans un film. Par la porte ouverte derrière eux, elle constata que la neige tombait toujours dru en cette fin d’après-midi, se détachant joliment sur la lisière sombre de la forêt. On n’était qu’à cinq jours de Noël.
Elle eut soudain une conscience aiguë de la présence de ses enfants : Josh allongé sur son lit défait, casque sur les oreilles ; Nell emmitouflée dans son anorak rouge North Face, en contemplation devant les flocons, vidant rêveusement le paquet de Reese’s Peanut Butter Cups qu’elle avait négocié dix minutes plus tôt… Il lui semblait qu’une sorte de nerf invisible les reliait à elle, à son nombril, à son ventre, à son âme. Le matin même, Nell avait affirmé à brûle-pourpoint : « Ce chanteur, Steven Tyler, ben, il ressemble à un babouin. » Elle faisait souvent ce genre de déclarations inattendues. Plus tard, après le petit déjeuner, Rowena avait entendu Josh lancer à sa sœur : « Eh, t’as vu ? Ce truc-là, c’est ton cerveau. » Le « truc » en question, avait deviné Rowena, devait être un flocon d’avoine ou une crotte de nez. C’était devenu une sorte de compétition entre eux : à qui trouverait l’objet le plus petit ou le plus moche pour le comparer au cerveau de l’autre. Rowena songea confusément à quel point il était merveilleux d’avoir des enfants qui non seulement s’aimaient, mais avaient un respect prudent l’un pour l’autre, et aussi à quel point elle avait été comblée par la vie – tandis que son corps s’engourdissait, que l’espace autour d’elle se resserrait et qu’elle sentait sa peau parcourue de fourmillements comme sous l’assaut d’une nuée de mouches, sa bouche desséchée s’ouvrir, le cri monter de…
Non, ne crie pas… Si Josh ne fait pas de bruit et si Nell reste… Ils ont peut-être juste l’intention de me violer oh Seigneur… quoi qu’ils… la carabine…
La carabine était enfermée dans le placard sous l’escalier, la clé était sur le trousseau dans son sac, lequel était resté par terre dans la chambre, et la chambre était loin, tellement loin… Laisse-toi faire, c’est tout. Prends sur toi pour… Puis le plus costaud des deux inconnus avança de trois pas et, comme au ralenti (Rowena eut le temps de percevoir son odeur, mélange de sueur âcre, de cuir mouillé et de cheveux sales, de voir ses petits yeux noirs, sa grosse tête et jusqu’aux pores autour de son nez), leva la crosse du fusil et lui en assena un coup terrible en plein visage.

Mireille SANCHEZ

"Love murder" de Saul Black. Éditions Presse de la Cité. 400 pages. 22 €.
Déjà publié aux éditions Presse de la Cité, "Leçons d’un tueur" de Saul Black. 496 p. 22 €. (2015)

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