Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : Mémoire de "là-bas" de Hubert Ripoll

< >

La Bibliothèque de Mireille : Mémoire de "là-bas" de Hubert Ripoll

mardi 30 avril 2019

Nouvelle édition du livre de Hubert Ripoll, "Mémoire de « là-bas »" aux éditions de l’Aube. Un livre pour se souvenir ou ne pas oublier, entre témoignages et psychologie, l’exil d’un pays qui n’existe plus.


Cinquante ans après l’exode des pieds-noirs, Mémoire de « là-bas » donne les clés qui permettent de comprendre un exil d’un pays qui n’existe plus. Hubert Ripoll a sondé une histoire qui est aussi la sienne pour remonter, par les chemins de la mémoire, jusqu’aux moments, heureux ou malheureux, qui ont fondé cette communauté, son exode et son exil. Son cheminement au travers de témoignages de trois générations de Pieds-noirs nous mène jusqu’à la troisième génération, née en France, pour nous faire comprendre les ravages du non-dit des anciens dans la conscience des plus jeunes, mais aussi la résilience et la renaissance de ceux nés en France, loin du pays de leurs pères, qui tiennent, aujourd’hui, le livre de leur histoire. Bien qu’ayant une portée théorique -sur la mémoire transgénérationnelle et l’exil- ce livre, qui se situe au carrefour de la psychologie, de la psychanalyse et de la psychosociologie, est destiné, par son style et sa construction, au grand public. En effet, il tend à dépasser la question pied-noire pour devenir une référence sur la mémoire de l’exil.

« Mémoire de là-bas » est une plongée au cœur de la mémoire de trois générations de pieds-noirs afin de comprendre comment s’est transmise leur histoire. La première génération a eu une activité professionnelle et a fondé une famille en Algérie. La deuxième génération concerne de jeunes adultes avant l’exode de 1962. La troisième génération est née en France. L’ouvrage est construit à partir d’extraits d’interviews commentés. Je ne suis ni historien, ni sociologue ou politologue, mais psychologue, et j’ai traqué les faits tels qu’ils ont été ressentis, imaginés, transmis à la descendance et reçus par elle. Cette incursion dans le souvenir révèle les représentations d’un là-bas disparu. Également les silences qui ont privé les jeunes générations de leur mémoire et de leur histoire. Pourtant, malgré cette absence de paroles, la troisième génération a accompli sa résilience. Cinquante ans après l’exode des pieds-noirs, « Mémoire de là-bas » donne enfin les clés qui permettent de comprendre un exil d’un pays qui n’existe plus. Hubert Ripoll

L’ouvrage est construit à partir d’extraits d’interviews commentés par l’auteur. Trois années d’enquêtes, deux cents heures d’interviews, cinq fois plus à les travailler pour entrer dans les souvenirs de trois générations de pieds-noirs afin de comprendre les méandres de leurs pensées et la transmission de leur mémoire. Hubert Ripoll est professeur de psychologie et essayiste, il précise lui-même le cadre de son livre : Je ne suis pas historien mais psychologue, et ce que je traque et que je m’efforce de comprendre, ce ne sont pas les faits tels qu’ils se sont réellement passés mais tels qu’ils ont été ressentis, transmis à la descendance et reçus par elle. Je dois donc toucher à la mémoire et non à l’histoire, et ce qui a trait à la mémoire passe forcément par le cœur. Et de prévenir toute querelle originale : Je laisse aux débatteurs de la guerre des mémoires le soin de revisiter l’histoire et aux historiens celui de donner un cadre formel à cette mémoire. Mémoire de là-bas est un livre de rire et de larmes, de miel et de sang ; il nous parle d’un monde qui n’existe plus et d’une culture que le temps de chaque génération qui passe efface un peu plus : celle des pieds-noirs. Un livre à lire, profitant de sa nouvelle édition, que l’on soit ou pas de "ceux-là", parce que cet exil est fait de vies, d’histoires et de cultures.

Mireille SANCHEZ

"Mémoire de « là-bas »", d’Hubert Ripoll. Éditions de l’Aube. 256 p. 20 €.

Extrait :

De bon matin, ma mère choisissait dans le poulailler un beau poulet qu’elle allait tuer, plumer et rôtir en cocotte à feu doux, bien parfumé à l’ail et au thym. Elle l’accompagnait avec la frita composée de poivrons verts, bien charnus, fraichement ramassés du jardin et des tomates bien mûres. Une partie de la frita était réservée aux cocas en pate brisée qu’elle dorait au jaune d’œuf avant de les enfourner. Poulet rôti dans sa cocotte brûlante pour tenir tiède jusqu’à midi, frita dans son faitout et cocas bien rangés dans leur boite plastique allaient rejoindre le grand panier d’osier où s’entassaient déjà torchons, couverts et serviettes de plage. Le départ du car avait lieu à six heures précises, à l’angle de la rue des Castors, la résidence que nos pères avaient construite de leurs mains. Une fois le matériel de plage et les victuailles rangés dans les immenses coffres, la vingtaine de familles prenait place avec excitation, en route vers la corniche d’Oran. Nous traversions, entre rires et chansons, la ville, encore endormie, en direction de Mers El Kebir, avant de découvrir la mer à l’infini et les plages qui succédaient aux plages : Deauville, Trouville, Bouisseville, Claire Fontaine, Paradis Plage. Soudain, de grands cris retentissaient car nous étions arrivés aux Andalous, près du Cap Falcon. En un instant, l’espace était envahi par les tentes multicolores, nattes de paille et serviettes de plage. Mon père avait construit une petite capote sur laquelle on accrochait une toile pour nous protéger du soleil. Tout ce petit monde s’affairait joyeusement à construire et organiser son petit coin de paradis pour une journée en famille avec nos amis et nos voisins. » Francine, II

Les pieds-noirs sont tous des immigrés : Français, Maltais, Italiens, Espagnols qui se sont installés en Algérie et qui ont pris la nationalité française. La culture pied-noire, c’est un métissage de tout cela. Les Perrin mangeaient la mouna avec les Lopez qui l’ont amenée d’Espagne et la macaronade avec les Taliarcio venus d’Italie. Moi-même, Français par mon père, maltais et italien par ma mère, je suis le produit de ce métissage. Et quand on mélange tout cela, ça donne des pieds-noirs avec leur façon de vivre, leurs coutumes, leur nourriture. Nous sommes des gens qui se sont adaptés en faisant des mélanges. Mes parents ont importé cette façon de vivre ici. Moi aussi, sans même l’avoir vécu là-bas. Bernard, III.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.