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La Bibliothèque de Mireille : " Meurtres, en toute intelligence " de Jacques Attali

dimanche 15 juillet 2018

Imaginez un monde où le meurtre serait intelligent, un thriller au cœur de l’intelligence artificielle, au service des drones. La nouvelle enquête époustouflante de la commissaire Fatima Hadj explore les dangers d’une humanité devenue esclave de ses prouesses technologiques. Et si demain avait commencé hier…


Le 2 octobre 2018, le PDG d’une des plus grandes firmes de la Silicon Valley est assassiné dans sa suite de l’hôtel de Crillon à Paris. Porte close, fenêtre fermée de l’intérieur. Le mystère est total. A-t-il été tué par un de ses collaborateurs ? Par un concurrent ? Par les services secrets ? Quels noirs desseins nourrissait le fondateur de Boromir Technologies, le numéro un mondial de la prévision technologique, économique et géopolitique, en tentant un rapprochement avec une petite entreprise française produisant des drones militaires ? La commissaire Fatima Hadj, chargée de l’enquête, se retrouve plongée dans la vie cachée des plus puissants patrons du monde, en même temps qu’elle découvre les côtés les plus sombres de la finance et de la technologie. Car cet assassinat n’est que l’annonce de l’attentat le plus meurtrier de l’histoire et d’autres désastres plus terribles encore.

Un après la parution de la première enquête de la commissaire Hadj, Premier arrêt après la mort, Jacques Attali livre un nouveau thriller haletant porté par une intrigue à la pointe d’une terrible technologie, construit sur une énigme en traitant un sujet sérieux : l’intelligence artificielle et comment ce milieu de la haute technologie est un milieu shakespearien où les gens s’entretuent pour beaucoup d’argent et de pouvoir. Dans Meurtres, en toute intelligence, il est donc question de drones mais comme armes de guerre, au service de crimes d’État, des pires attentats. Redonnant à sa protagoniste les clefs pour éviter le pire, dans un dénouement, momentanément au moins, heureux, Jacques Attali, outres les références à son immense culture littéraire ou musicale, insère ça et là quelques unes de ses visions politiques, économiques et humanistes. Ainsi à propos de la lecture :
- (...) Lire Flaubert dans un bus au fin fond du Brésil. Comme c’est étrange ! Tu ne l’avais jamais lu ?
- Non... Je rattrape mon retard. Et j’aime lire dans les moments de stress. Cela m’isole et me ressource. Quand je lis, je suis un autre. C’est parfois nécessaire, pour moi, d’échapper à ce que je suis...
- Tu aimes lire des romans parce que tu ne t’aimes pas ? Je n’avais jamais entendu donner une telle raison !
- Peut-être... Et puis, dans les romans, ce que j’aime surtout, ce sont les détails minuscules, qui nous éclairent bien mieux que de longues descriptions. Comme dans la vie, un détail cristallise tout...
Ou à propos des mouvements migratoires : On comprend que, en plus de l’antagonisme entre riches et pauvres, l’attaque a mis en scène une opposition de générations : le bateau de croisière recrutait avant tout des passagers du troisième âge, tandis que le bateau de migrants n’abritait que des adolescents et des enfants. Tel est bien l’opposition entre l’Occident vieillissant et l’Afrique en devenir... Qui a pu concevoir aussi finement un tel attentat ?

L’écrivain estime que la seule chose qui compte dans un roman policier, c’est l’histoire, on a l’impression à sa lecture que l’Histoire, celle absurde et violente, ne va cesser de se répéter. Si on n’a pas l’idée de la fin d’un roman, on ne peut pas commencer dit encore l’auteur, par ailleurs et entre autres fin analyste géopolitique. Se pourrait-il que nous soyons si aveugles pour ne pas voir la fin annoncée de notre monde ?

Mireille SANCHEZ

Extrait :
Au début de septembre, alors que commençait la campagne électorale, on débattait encore de la question de savoir si l’ex-président devait être jugé pour avoir ordonné ces 183 meurtres. S’agissait-il de crimes d’État légalement perpétrés ? Et, même s’il s’agissait de meurtres et non de crimes d’État, étaient-ils couverts par l’immunité attachée à la fonction présidentielle ?
Tous les juristes furent formels : aucune jurisprudence, aucun article de la Constitution n’affirmait clairement qu’un président de la République pouvait être jugé pour avoir ordonné des assassinats, quels qu’ils soient, à moins de prouver que ces meurtres avaient été commis pour des motifs personnels. Il aurait fallu, pour le moins, que, une fois le mandat du président écoulé, la commission compétente acceptât de lever le secret-défense, ce à quoi aucun candidat sérieux ne s’était engagé, se retranchant prudemment derrière l’indépendance de la commission. Et l’ancien président pouvait compter sur sa composition. Quant à la Cour internationale de justice, que certains avocats menacèrent de saisir, elle n’était pas compétente, évidemment.
L’opinion découvrait ainsi, avec stupéfaction, qu’un président de la République en exercice pouvait faire assassiner qui il voulait, pendant la durée de son mandat, à condition que la justice ne puisse pas établir qu’il l’avait fait pour des raisons personnelles et incompatibles avec l’exercice de son mandat.
Le parquet de Paris confirma que le président sortant ne pourrait pas être mis en cause pour avoir commandité l’assassinat des fichés S ; ni même pour les douze crimes et délits commis avant son élection, car ils étaient, eux, tous prescrits. Quelques candidats à sa succession protestèrent, d’autant plus mollement que tous les sondages approuvaient largement l’action de l’ancien président.
Le dimanche 16 septembre 2018, Martial Le Guay fut élu largement, au second tour, contre le président du Sénat. Il prit ses fonctions le mardi 18. Moins de trois semaines avant que…

" Meurtres, en toute intelligence " de Jacques Attali. Éditions Fayard. 336 pages. 19 €.

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