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La Bibliothèque de Mireille : « Mon Étincelle » d’Ali Zamir

Après "Anguille sous roche", Ali Zamir confirme son talent de conteur avec "Mon Étincelle", une éblouissante histoire d’amour !

lundi 6 novembre 2017

Étincelle est une jeune fille qui se retrouve à bord d’un avion qui relie deux îles de son pays, les Comores. Prise dans les turbulences du vol, et tenaillée entre deux liaisons amoureuses, elle va se remémorer certaines des histoires que lui contait sa mère, à commencer par celle, somptueuse et tragique, qui devait un jour lui donner naissance. "Mon Étincelle" remet en scène l’éternel jeu de l’amour et du hasard qui unit les amants. Après "Anguille sous roche" (Mention spéciale du prix Wepler, Prix Senghor du roman francophone), Ali Zamir confirme avec ce second roman son talent de conteur. Au gré des histoires que vivent des personnages au nom les plus improbables -Étincelle, Douceur, Douleur, Efferalgan, Dafalgan, Vitamine, Calcium- on découvre le monde insulaire, truculent et contrasté d’un écrivain décidément atypique.

Ali Zamir est Comorien, né à Mutsamudu, mais c’est loin de son île qu’il a écrit ses deux romans, entre fable et conte. « "Comme Anguille sous roche", que j’ai écrit alors que je vivais au Caire, "Mon Étincelle" a été achevé loin de mon île natale. J’ai besoin de cette distance pour vivre ce que je suis. Je suis lié aux Comores, c’est la mère patrie, celle qui m’inspire le plus. Mais la possibilité d’écrire en France est une grande chance, je peux y vivre librement cette nécessité vitale que tout le monde ignorait chez moi jusqu’en 2016. Les Comores me manquent, mais j’espère pouvoir faire de l’Hexagone un monde où je continue à écrire, de peur de mourir sans avoir existé : pour que l’écrivain qui est en moi continue à exister ». Quant à écrire dans la langue française, là encore Ali Zamir raconte : « Comment je suis devenu écrivain de langue française ? En fait, je pense que c’est la langue française qui m’a choisi. C’est une langue qui s’est imposée à moi dès l’enfance. C’était la seule langue qui me permettait de chuchoter mes secrets et d’être moi-même : une terre d’asile donc. »
"Mon étincelle" est petit chef d’œuvre de littérature, de poésie, dans ce langage noble qui n’appartient qu’aux conteurs !
Mireille SANCHEZ

« Mon Étincelle » d’Ali Zamir. Éditions Le Tripode. 280 pages. 19,00 €

Extrait :
En matière de secrets, les mamans et les mamies coopèrent beaucoup plus que les papas et les papis. Je me suis dit que maman pouvait quand même me confier quelque chose que quelqu’un d’autre ne pouvait pas : il devait y avoir des affaires de femmes entre moi et maman. Oui, je devais tout faire pour qu’on fasse équipe. Je lui avais demandé en fin de compte : « Toi aussi tu penses que je suis une volaille et qu’il faut me cacher des trucs ? » En m’entendant dire cela, maman riait comme une baleine. Elle n’avait pas pu résister, car elle n’avait encore jamais pensé que je comprenais ce que les adultes disaient à l’égard des enfants. « Je sais que vous faites le tout pour le tout pour me cacher un tas de choses, parce que vous pensez que je suis toujours une gamine, c’est ça ? », avais-je laissé échapper. Et j’avais réussi mon coup. Car maman avait fini par coopérer en me racontant pourquoi elle disait que c’est grâce à moi que son rêve le plus cher s’était réalisé. Je vais vous raconter cette histoire comme je l’ai entendue de maman ce soir-là. Essayez de l’écouter même s’il y a du bruit de tous côtés et qu’on est ballottés dans tous les sens. Oui, essayez de la comprendre malgré les turbulences qui agitent l’engin où je me trouve et les chavirements brusques qui secouent en ce moment mon cœur. J’entends comme une voix de maman qui me répète sans cesse maintenant : « Accroche-toi Étincelle ! Oui, accroche-toi ma lumière !  » Mais, maman, même si je m’accroche, qu’est-ce qui montre que nous sortirons indemnes de cet engin, hein ? Qu’est-ce qui prouve que les problèmes qui agitent mon cœur ne me tueront pas avant même de savoir l’issue de cet engin ? De toute façon, dans la vie, il faut toujours s’accrocher à quelque chose pour réussir. Accrochez-vous donc et suivez l’histoire que m’a racontée maman. Bien que je n’avais pas entendue évoquer la formule populaire « il était une fois », cette histoire résonnait dans ma tête comme un conte de fées : c’est une histoire de deux étudiants qui commence à Madagascar dans la ville de Mahajanga. La ville aux baobabs. C’est l’histoire d’une adolescente de dix-huit ans, timide, réservée, prénommée Douceur, et d’un jeune homme courageux de dix-neuf ans, Douleur. Douleur et Douceur s’aimaient éperdument.

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