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La Bibliothèque de Mireille : "Promenons-nous dans ce bois" de Nele Neuhaus

jeudi 3 janvier 2019

"Promenons-nous dans ce bois" est le nouvel opus de la star du polar allemand ! Dans la région montagneuse du Taunus, la forêt prédomine. Peut-on alors parler d’accident quand en pleine nuit, au cœur des bois, un feu tue un homme dans sa caravane ? Et quand non loin, dans un village reclus, deux autres morts suspectes se succèdent ?


Un camping-car prend feu en pleine nuit, au milieu de la forêt. À l’intérieur, un homme carbonisé. Le commissaire Bodenstein et sa jeune collègue Sander (personnages récurrents de l’auteur) découvrent vite qu’il s’agit d’un meurtre, bientôt suivi par d’autres, dans la même petite ville. Des gens qui de toute manière n’avaient plus longtemps à vivre. Quel intérêt de les supprimer maintenant ? Les deux inspecteurs comprennent qu’un même meurtrier s’acharne, mais pourquoi s’en prend-il à des gens sans histoires et qui se connaissaient tous ? Peu à peu, l’enquête les ramène à l’été 1972, lorsque le meilleur ami de Bodenstein, Artur, disparut sans laisser de traces. Un traumatisme d’enfance pour lui, et un drame que beaucoup auraient préféré oublier. Un lien semble exister entre les meurtres récents et la disparition de ce petit garçon, jamais élucidée. Visiblement le meurtrier n’a pas fini de faire taire ceux qui pourraient parler. Pour arrêter le coupable, un seul moyen : découvrir ce qui s’est vraiment passé à l’époque, là-bas, dans ce bois…

Nele Neuhaus vit depuis toujours dans la région du Taunus qu’elle met en scène dans sa série policière dont "Promenons-nous dans les bois" est le huitième opus. Un roman policier en forme de puzzle fascinant où l’on reconstitue la vérité pas à pas, plongés dans un nœud de secrets et de mensonges étourdissants… Le polar de cette fin d’année à ne pas louper !
Mireille SANCHEZ

Extrait :
Prologue – 31 août 1972
Je ne veux pas le faire. Pourtant il le faut. Je n’ai pas le choix. Je ne peux pas le laisser tout bousiller. Et c’est exactement ce qui va se passer, d’ici peu de temps. Il va raconter à je ne sais qui ce qu’il m’a raconté à moi, peut-être même à la police, qui cherche encore partout l’enfant des Russes et interroge tout le monde au village. Et on le croira, comme moi je l’ai cru. Ça se saura, tout le village l’apprendra. Ils feront semblant de compatir, d’être choqués, mais dans mon dos ils se ficheront de ma naïveté. Je les entends déjà cancaner. Et je les vois d’ici se taire dès que je mettrai les pieds quelque part. Il faut que j’agisse avant. Je n’ai pas le choix.
Toute la nuit je me suis creusé la tête. Maintenant j’ai un plan. Je ne passe pas pour une lumière et c’est bien pratique. Personne ne me verrait faire une chose pareille. Pas moi.
Je traverse les vergers, bien que ça rallonge un peu. Si je rencontre quelqu’un, je pourrai toujours dire que j’allais ramasser des pommes. Le soleil est un disque pâle dans le ciel. Il fait tellement chaud que mes cuisses collent quand je marche. Pas un souffle d’air. Ça fait des jours qu’il n’est pas tombé une goutte, mais aujourd’hui il va y avoir de l’orage. Les hirondelles volent très bas et l’air est chargé d’électricité.
J’ai enfin atteint les bois. L’ombre des arbres ne dispense presque aucune fraîcheur. Il règne un silence pas naturel. Le bois semble retenir son souffle. Il pressent peut-être ce que je veux faire. Sa cabane se trouve entre de grands sapins. Il l’a aménagée lui-même, et je lui ai souvent donné un coup de main. J’en connais chaque recoin, parfois j’aimerais que ça se soit passé autrement.
Je voudrais rebrousser chemin, mais je ne peux pas. Je dois le faire, il me ferait manquer la chance d’échapper enfin à la famille. La surface de la petite mare qu’on a creusée ensemble l’été dernier et où on a mis des têtards luit comme du verre noir. Mon cœur bat quand je frappe à la porte de la cabane. Pendant quelques secondes, j’espère qu’il n’est pas là, et je le redoute en même temps. Mais la porte s’ouvre. Il est en jean, torse nu, les cheveux encore mouillés. Son regard effleure mon visage, un sourire incrédule étire le coin de ses lèvres. Il ne s’attendait pas à moi. Bien sûr que non. Après tout ce que je lui ai dit avant-hier.
« Hé, c’est super ! dit-il, les yeux brillants. Attends, j’enfile vite un truc. »
C’est un gars tellement bien. Mais je le déteste, parce qu’il veut me retenir ici, dans cette vie que je ne veux plus. Il passe un tee-shirt.
« Tu ne veux pas entrer ? » Il n’est pas très sûr de lui.
« Bien sûr. Si tu veux bien… » Je souris, alors que j’ai une envie folle de déguerpir. Je me sens mal. La cabane n’a qu’une pièce. Il ramasse quelques frusques et les jette sur une chaise. Mes yeux tombent sur le lit pliant qui est fait avec soin.
« Mais assieds-toi. » Il est tout excité, il croit – il espère – que je suis venue lui dire que j’ai réfléchi et que j’ai changé d’avis. Malgré tout. « Tu veux boire quelque chose ? J’ai du Coca.
— Non, merci.
— Tu… tu es très jolie, dit-il, gêné. Cette robe te va vraiment bien.
— Merci. » Il faut que je me dépêche. Pas question que les enfants me surprennent ici. Je me serre contre lui. Il sent le gel de douche et le shampoing, et je ferme les paupières parce que les larmes me montent aux yeux. Si seulement il y avait une autre solution !
« Je regrette de t’avoir dit ça, je chuchote.
— Et moi je regrette de t’avoir menacée. » Sa voix est tout près de mon oreille. « Mais il fallait pourtant que je te le dise, c’est quand même ton…
— Je t’en prie ! Je sais que tu pensais bien faire. »
N’empêche que je ne te laisserai pas saper mon bonheur. Ni toi ni personne. Pour une fois qu’une vraie chance se présente. La première de ma vie.
Son souffle caresse ma figure, je touche sa joue, sa nuque. Tout en lui m’est si familier.
Va-t’en ! crie une voix dans ma tête. Va-t’en, laisse-le tranquille !
Je serre les dents pour ne pas pleurer. Il n’a pas l’ombre d’un soupçon.
« Ah, tu m’as tellement manqué. » Je sens ses lèvres caresser doucement mes cheveux, tendrement.
C’est le moment. Que Dieu me pardonne !
Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Me regarde, incrédule. Et c’est fini.
Cinq minutes plus tard, je respire l’air chaud, le parfum de résine et d’été, les aiguilles de pin. Mes jambes flageolent. Je ne voulais pas faire ça. Mais il le fallait. Il ne nous a pas laissé le choix.

"Promenons-nous dans ce bois" de Nele Neuhaus. Éditions Calmann-Lévy. 544 pages. 22,90 €.

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