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La Bibliothèque de Mireille : "SOS Méditerranée. Les naufragés de l’enfer. Témoignages recueillis sur l’Aquarius."

dimanche 28 mai 2017

« Sachons nous ouvrir et laisser pénétrer l’esprit qui souffle dès les premières pages de cet ouvrage où nous partageons la vie des équipes à bord de l’Aquarius, leur découverte à la fois progressive et brutale des solidarités les liant entre eux (équipage, sauveteurs, médecins et infirmiers, communicants…), mais surtout les liant existentiellement aux naufragés eux-mêmes. ». Francis Vallat, Président de SOS Méditerranée France


Embarquez à bord de l’Aquarius avec les équipes de SOS Méditerranée, association civile européenne de sauvetage en haute mer. Sa mission : sauver des vies sur la route migratoire la plus mortelle au monde, en mer Méditerranée, au large de la Libye.
Avec beaucoup d’humanité, les sauveteurs viennent au secours de naufragés qui sont aussi des survivants de l’enfer libyen. Au détour des ponts et coursives, hommes, femmes et enfants ont confié, avec pudeur et émotion, les raisons et les conditions de cette traversée de la dernière chance. Des témoignages bouleversants qui ne laissent pas indemne et changeront notre regard sur ces vies meurtries, réduites souvent à l’expression de migrants.

Souleyman. Du Sénégal, originaire d’un village de Casamance
« Mon père, Hadji, était un chef respecté. Les rebelles sillonnaient régulièrement les villages et les villes pour exiger le tribut des guerriers, menaçant d’exécuter deux personnes par mois si les habitants ne participaient pas. Et en fait, qu’ils paient ou pas, il y avait des exécutions. C’est comme ça qu’un matin... j’avais 10 ans... mon père a été exécuté devant moi, avec un autre homme. (…) Avant de mourir, mon père a eu le temps de faire promettre à ma mère de nous emmener mon frère Mustafa et moi dans un autre pays pour que nous grandissions en paix. Heureusement, il n’a pas eu le temps de voir que les rebelles, ce jour-là, ont aussi kidnappé Mustafa, pour l’enrôler comme soldat. Il avait douze ans. On ne l’a jamais revu.  ».
Lorsque Souleyman a 15 ans, sa mère réunit toutes ses économies, 560 000 CFA (850 euros) pour qu’il quitte le Sénégal. Alors, pour honorer la mémoire de son père, il fuit. D’abord au Mali où il travaille pendant un an environ. Il vend des légumes, des pommes et des beignets. Comme il ne gagne pas sa vie, voire perd de l’argent, il part pour le Burkina-Faso où il reste 2 ans. Là, il rencontre Samboko qui le prend sous son aile. Samboko est un marabout de renom. Les gens viennent de toute la région pour acheter ses gris-gris. Il a aussi un garage où Souleyman apprend la mécanique. « Je serais bien resté plus longtemps au Burkina-Faso. J’y avais trouvé une famille auprès de Samboko, mais il n’arrêtait pas de me répéter que la place d’un fils était auprès de sa mère et celle d’un homme sur sa terre. Je sais qu’il ne voulait pas me mettre à la porte. Juste, il ne comprenait pas comment je pouvais vivre loin de ma terre et des miens. Mais pour moi, il était hors de question de revenir au Sénégal, justement parce que cette terre m’avait pris ce que j’avais de plus cher et quoiqu’il m’en coûte, je respecterai à la lettre la dernière volonté de mon père.  ».

Yasmine. Du Pays des Dioulas à Sabratah...
« Arrivés en Libye, c’est devenu dangereux. Partout il fallait se cacher pour échapper aux rebelles. On se déplaçait en groupe, avec nos frères noirs, pour essayer de se protéger les uns les autres. On nous demandait toujours de l’argent en plus, pour pouvoir passer d’une étape à une autre. Ils battaient des hommes. Ils tiraient sur d’autres. Ils étaient pas morts mais ils les laissaient là, comme ça. On a vu plein de morts sur le bord de la route. Ils étaient laissés là, comme ça, sans tombe. On a fait toute la route d’Agadès à Tripoli avec la peur. On avait très peu à boire et encore moins à manger. A Beni-Walid on a été arrêté par les rebelles. Comme ils voulaient séparer les femmes des hommes, ils se sont interposés. Alors les rebelles ont tiré. Mon oncle a été tué. Nous, les femmes on s’est enfuies mais certaines ont été rattrapées, comme ma tante. Moi, j’ai réussi à me cacher. Puis, j’ai vu un chauffeur de taxi qui n’avait pas l’air méchant. Il avait l’air généreux. Alors, je suis allée lui demander de l’aide... Il m’a emmenée dans une maison en ruine, dans une pièce où il m’a enfermée pendant plusieurs jours. Je sais pas exactement combien mais pas plus d’une semaine. Il m’a obligée à faire toutes sortes de choses… Des fois il demandait juste que je le touche. Des fois il voulait coucher avec moi. Il s’en allait puis il revenait, ça recommençait. Des fois je faisais comme si je ne réagissais plus. Il me donnait alors un peu à boire et à manger. Puis il recommençait... Et un jour il a oublié de fermer la porte à clé, alors je me suis enfuie. J’ai retrouvé des frères qui m’ont prise dans leur groupe pour me protéger. On est partis par Sabratah…  »

Mireille SANCHEZ

"SOS Méditerranée. Les naufragés de l’enfer". Témoignages recueillis sur l’Aquarius. Récit de Marie Rajablat, photos de Laurin Schmid. Éditions Digobar. 124 pages. 15 €.

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