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La Bibliothèque de Mireille : "Sur le ciel effondré" de Colin Niel

dimanche 11 novembre 2018

"Sur le ciel effondré" est tout à la fois un choc et un événement littéraire tant l’écriture de Colin Niel est puissante et que chacun de ses romans est attendu impatiemment !


"Sur le ciel effondré", quatrième opus des aventures du capitaine Anato, un gendarme noir-marron, partagé entre sa vie et ses croyances, confronté à des ennemis, visibles et invisibles dans une Guyane secrète "qui n’a pas tout perdu de ses pouvoirs anciens, lorsque les hommes vivaient auprès des dieux". En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi. Au bord du fleuve, il lui faut supporter de n’être plus la même, une femme que sa mère peine à reconnaître, de vivre aussi dans une ville qui a changé au voisinage des rives du Suriname, avec leurs commerces chinois, leurs dancings et leurs bordels, les filles dont rêvent les garimpeiros qui reviennent des placers aurifères. Et après les derniers spots de vie urbaine s’ouvre la forêt sans bornes vers les mythiques Tumuc-Humac, le territoire des Wayanas, ces Amérindiens qui peu à peu se détachent de leurs traditions, tandis que s’infiltrent partout les évangélistes. C’est là que vit Tapwili Maloko, le seul homme qui met un peu de chaleur dans son cœur de femme. Aussi, lorsque de sombres nouvelles arrivent de Wïlïpuk, son village à plusieurs heures de pirogue, hors de question qu’Angélique ne soit pas de la partie. Pour elle s’engage l’épreuve d’une enquête dans la zone interdite, ainsi qu’on l’appelle parfois. Et pour affronter le pire, son meilleur allié est le capitaine Anato, noir-marron comme elle, et pour elle prêt à enfreindre certaines règles. Colin Niel, s’il nous tient en haleine dans une enquête policière peu commune, nous entraîne tout autant dans un voyage turbulent aux confins de la géopolitique et des conflits sociétaux sur une terre française d’abord guyanaise. Un nouveau roman exceptionnel !

Mireille SANCHEZ

Extrait :
Pirogue immobile, coincée dans un de ces lacets qui perçaient la jungle comme autant d’hameçons dans la cuirasse d’une sorte de monstre aquatique. Au-dessus des gendarmes, trois urubus tachaient la voûte de leurs ailes noires, planeurs fantômes déchirés entre ciel et canopée. Le plafond nuageux évoquait le reflet en noir et blanc du tapis infini des cimes amazoniennes, une autre terre en négatif où d’autres hommes s’essaieraient à d’autres vies. Autour des uniformes, les moustiques tiraient des bords en escadrons voraces, à l’assaut des peaux moites qui dépassaient des polos. Proie principale : le lieutenant Cédric Vigier, à la proue de l’embarcation. Le sang de la métropole, favori des insectes. Comme si ce Blanc-là n’allait jamais se tropicaliser. D’un geste bruyant, il trucida un des vampires entre ses paumes. Grimace de victoire en regardant la petite tache rouge au creux de sa ligne de vie. Les trois autres passagers restèrent de marbre devant l’exploit.
– Capitaine, il est quelle heure ?
Deux rangs derrière, André Anato, venu de Cayenne le matin. Carrure épaisse sous le gilet pare-balles, crâne lisse et brillant. Son regard étrangement clair plongé dans le sous-bois, fouillant les arbres comme s’il allait en sortir quelque démon. Il inclina le poignet.
– Quinze heures dix.
Vigier soupira. Deux heures qu’ils suaient comme des tapirs sous les frondaisons, à la merci des moustiques. À se demander si les infos de Blakaman étaient fiables. C’est par là qu’ils vont passer, on ne peut pas les rater : elle avait l’air tellement sûre d’elle quand ils avaient quitté Maripasoula. Tous les garimpeiros du secteur avaient à gagner dans l’arrestation de la bande d’Eduardinho, c’est ce qu’elle répétait sans cesse. Cette fois, on vous tient, songea Anato. Neuf mois d’enquête pour identifier, rechercher et bientôt interpeller ces trois Brésiliens qui voulaient imposer leur loi sur le Maroni. Non pas exploiter l’or comme le faisaient leurs dix mille compatriotes venus piller le sous-sol de la Guyane, mais rançonner les orpailleurs. Des braqueurs de mines, armés et violents, c’est de ça qu’on parlait. À côté des kilos d’or qu’ils s’étaient accaparés, on attribuait au chef de bande au moins huit meurtres, entre exécutions sur contrat pour le compte de patrons de chantier, vengeances personnelles et coup de sang sur une prostituée pas assez docile. Sans doute la partie émergée de l’iceberg : sur les centaines de sites miniers clandestins qui trouaient la forêt, on savait rarement ce qui se passait une fois gendarmes et militaires rentrés dans leurs casernes. Combien de décès jamais déclarés, de corps enterrés à la va-vite ou seulement déposés dans le sous-bois, versés à la chaîne alimentaire qui unissait la faune amazonienne ? Une chose était sûre en revanche : laissée en liberté, la petite bande allait encore faire parler d’elle. Y compris sur des chantiers autorisés, tenus par des sociétés minières identifiées. Comme celle d’Évelyne Bienvenu. Oui, Anato espérait pouvoir revenir à Cayenne et annoncer à l’exploitante que, cette fois, c’était terminé. Qu’elle pouvait rassurer ses hommes toujours sur site, reprendre le travail sans la crainte permanente d’un nouveau racket. Au moins jusqu’à ce que d’autres viennent prendre la place d’Eduardinho et de ses complices.

"Sur le ciel effondré" de Colin Niel. Éditions Rouergue. 512 p. 23 €.

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