Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives


Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : « Syrie et autres poèmes » de Salim (...)

< >

La Bibliothèque de Mireille : « Syrie et autres poèmes » de Salim Barakat

lundi 20 novembre 2017

Nulle guerre n’empêchera des voix de s’élever, en rimes ou en prose, nul conflit n’empêchera aux femmes et aux hommes d’écrire, d’où qu’ils soient, pour dire tout l’amour qu’il porte à leur pays. Ainsi cette (petite) anthologie de poèmes de Salim Barakat, écrits entre 1987 et 2015, trouve un écho dans une histoire toujours d’actualité…

Tes racines sont les ombres, ô libre comme la fatigue,
Et la terre est encre.


Dans la poésie contemporaine de langue arabe, le Kurde syrien Salim Barakat occupe une place à part depuis la parution en 1973 de son premier recueil, Tout venant clamera en ma faveur et tout partant aussi. Par la richesse exceptionnelle de son vocabulaire, ses fougueuses sonorités et la luxuriance de ses images, empruntées aux rudes paysages de son village natal, à sa flore et sa faune, il a construit une œuvre poétique qui compte pas moins de vingt titres, et qui rivalise en originalité avec son imposante œuvre romanesque.
Cette petite anthologie, composée par le poète lui-même et puisée notamment dans ses derniers recueils, se propose d’offrir pour la première fois aux lecteurs français et francophones une idée de cette foisonnante production. Elle décline autant que possible en peu de pages la gamme de ses thèmes et de ses procédés d’écriture en une traduction française qui constituait un pari fort difficile à tenir et qu’Antoine Jockey a relevé avec brio.

Mireille SANCHEZ

Extrait :
Nulle santé ne me renvoie à ce que je fus.
Ni la fidélité de la montagne, ni mon grand-père,
Ni mes frères les chemins étroits, 
Ni mes sœurs les pierres polies dans les lits des rivières.  
Nulle aube ne me renvoie à ce que je fus.   
Nulle défaite ou victoire,
Nul chemin ne me renvoie à ce que je fus.
Les bons pères,
Les bons amants,
Les bons tueurs,
Les bons morts, ceux-là dont la mort ne cesse de prêcher leurs prophéties dans son royaume, ne me renvoient à ce que je fus.
Le céleste et ses filles qui veillent sur leurs propres tambours,
Les maîtres à bord du délaissé,
Les marins des grandes dunes, ne me renvoient à ce que je fus.
Les milliers d’années qu’il a fallu à l’homme pour savoir
que l’orange est une couleur et non une orange,
Que les doutes sont des loups pour l’évanescence,
indécise dans son serment d’évanouissement,
Et pour l’impiété noble dans sa foi en cet arbre dont je suis
l’ombre, ne me renvoient à ce que je fus.
La mort simple dans les grands moments,
Ou confuse et complexe dans les moments ordinaires, ne me renvoie à ce que je fus.
Les tyrans qui torturent la montagne dans sa certitude d’être la plus haute,
Les cruels, bons telle une sauce exquise, 
Ne me renvoient à ce que je fus.  
Et lorsque toutes les mères nous noient dans la mer déchaînée des religions,
Aucune d’entre elles ne me renvoie à ce que je fus.
Personne
Ne me renvoie
À ce que je fus.

Syrie et autres poèmes, de Salim Barakat. Éditions Actes Sud. 112 pages. 16 €.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.