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La Bibliothèque de Mireille : "Eagles, life in the fast lane" de Alexis Hache

jeudi 2 mai 2019

Le journaliste musical Alexis Hache revient sur le parcours tantôt idyllique, tantôt chaotique de l’un des groupes les plus importants des années soixante-dix, pour la première biographie en français du groupe.


Nous n’avions pas dans l’idée de devenir un groupe pour l’éternité. Nous voulions être un groupe de notre époque. Mais parfois, si vous êtes assez bon pour être un groupe de votre époque, vous devenez un groupe pour l’éternité. Gleen Frey

Alexis Hache revient sur le parcours d’un des groupes qui s’est le mieux vendu de l’histoire, par sa capacité à retranscrire mieux que quiconque la californian way of life sur des albums restés célèbres. Dès 1972 et la sortie de Eagles, premier album porté par « Take It Easy », devenue l’une de leurs chansons signatures, Glenn Frey, Don Henley, Bernie Leadon et Randy Meisner marquent de leur empreinte le rock américain. Déterminés à embrasser le succès et la gloire, convaincus que le country rock, émergeant à l’époque, peut conquérir les charts, les Eagles gravissent une à une les marches qui les mèneront tout droit vers le zénith. Avec eux, c’est toute une scène rock californienne qui a profité dans les 70’s de l’effet Eagles et aujourd’hui encore, la musique country actuelle surfe sur ce son travaillé avec précision il y a plus de quarante-cinq ans.

Quelle que soit la longévité d’un groupe ou d’un artiste sur le plan musical, quelle que soit la richesse de sa carrière, il atteint toujours tôt ou tard son pic de créativité symbolisé par un album qui capte la quintessence de ce qu’il cherche inlassablement à atteindre pour les Eagles, cette quintessence tient en deux mots : Hotel California, un monument entré dans la légende du rock, qui surpasse à tous points de vues tous les autres albums du groupe , aussi bons soient-ils.

Depuis Take it easy, premier single du groupe en 1972 jusqu’à Legacy sorti en 2018, Alexis Hache retrace les coulisses de l’un des plus grands groupes de tous les temps, l’un des plus mythiques de la scène américaine, au succès planétaire. Avaient-ils prévu de marquer si fort de leur empreinte la décennie à venir ? Sans doute pas. En rêvaient-ils ? Assurément. Sorti en librairie en février de cette année, The Eagles, life in the last lane est à coup sûr le livre à ne pas manquer pour tous les fans pour qui résonnent toujours le légendaire : Welcome to the Hotel California…

Mireille SANCHEZ

"Eagles, life in the fast lane", de Alexis Hache. Éditions Le Mot et Le Reste. 240 p. 20 €.

Extrait :

Life in the fast lane, surely makes you lose your mind…

31 juillet 1980, Long Beach Arena, Californie. Comme chaque soir, la salle est pleine. Comme chaque soir, les Eagles vont enchaîner sur scène, dans un show parfaitement rodé, les tubes que des dizaines de milliers de fans attendent de les voir chanter. Pour certains, c’est la première fois qu’ils ont la chance de venir écouter les hits qui les accompagnent au quotidien depuis 1972 et la sortie de « Take It Easy », hymne ensoleillé et symbole d’une Californie libre, hédoniste. Comme chaque soir, le groupe va donner à voir à son public l’image de cinq musiciens en totale harmonie : interprétation au cordeau, voix parfaitement placées et comme enlacées les unes aux autres dans un ballet d’une grâce inouïe, impression que le temps sur ces morceaux mêlant country, rock et R&B n’a pas de prise. Pourtant sur scène, les sourires sont de façade et l’harmonie feinte au plus haut point. Ce n’est pas la première fois que les Eagles sont au bord de la rupture. À vrai dire, cela fait plusieurs mois que le groupe, qui n’a cessé de tourner sans relâche et de s’imposer une pression monumentale pour retrouver en studio la magie qui a permis le phénoménal succès de Hotel California, est près d’imploser.

Mais à Long Beach, la tension est montée d’un cran. La faute à une remarque acerbe de Don Felder, l’un des trois guitaristes du groupe, lassé de voir les Eagles se produire une nouvelle fois pour lever des fonds à des fins politiques, en l’occurrence pour la campagne de réélection du sénateur démocrate californien Alan Cranston. « Va te faire foutre ! Dès que ce concert est fini, je te casse la gueule », lui envoie Glenn Frey sur scène entre deux morceaux. « J’ai hâte », lui répond Felder. Après chaque chanson, les invectives reprennent de plus belle entre les deux hommes, sous le regard ahuri des autres membres du groupe. Par crainte que le public entende ces échanges au vitriol, les ingénieurs du son baissent au maximum le micro de Frey entre les morceaux. Le leader des Eagles, lui, est fou de rage et ne semble même pas prêter attention à ce détail, qui pourrait trahir sa colère. Donner le change sur scène est pourtant l’une des spécialités du groupe. Jamais les fans n’ont pu soupçonner que l’ambiance en coulisses n’est plus au beau fixe depuis bien longtemps. Et cette fois encore, malgré le déferlement de haine qui s’abat sous ses yeux entre deux hommes arrivés au point de non-retour, le public n’y verra que du feu.

À leur sortie de scène, alors que les lumières dans la salle sont encore éteintes, les Eagles s’empressent de regagner chacun leur limousine pour éviter d’être pris dans la tornade des fans en délire qui tenteront de les apercevoir à la sortie quelques minutes plus tard pour les toucher, leur arracher un autographe ou un baiser. Quant à Glenn Frey et Don Felder, ils n’en viendront finalement pas aux mains. Le guitariste passera ses nerfs sur une Takamine acoustique fracassée backstagecontre un pilier avant de s’engouffrer sans un mot dans son véhicule ; Frey, après quelques nouvelles insultes lancées à la volée, se contentera de suivre des yeux ce départ précipité avant de faire de même. Le 31 juillet 1980, ce sont des Eagles alors au summum de la gloire mais épuisés par des années d’excès, de stress et de tensions internes qui viennent de donner leur dernier concert. L’Histoire pourtant les rappellera sous les projecteurs quatorze ans plus tard pour un nouveau tour de piste. Leur histoire à eux a débuté près de dix ans plus tôt, à l’aube des années soixante-dix. Avaient-ils prévu de marquer si fort de leur empreinte la décennie à venir ? Sans doute pas. En rêvaient-ils ? Assurément.

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