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La Bibliothèque de Mireille : entretien avec Michel Ferracci-Porri auteur de "L’Affaire Brian Blackwell ou la Rage de Narcisse"

lundi 22 juin 2015

Il y a chez Michel Ferracci-Porri, écrivain spécialiste du True Crime en France, cette vivance, ce caractère entier, cette force d’âme qui lui vient de Corse. Après s’être plongé dans la vie fascinante de "La môme Moineau", l’auteur s’est déjà confronté par deux fois à des enquêtes criminelles atypiques avec "Beaux-ténèbres : la pulsion du mal d’Eugène Weidmann" et "L’affaire du fantôme de Heilbronn : plongée dans une enquête criminelle hors normes". Puis, avec la même passion, l’écrivain gastronome, nous a fait partagé son monde gourmet et gourmant en publiant la " Joyeuse Encyclopédie Anecdotique de la Gastronomie". Après trois ans d’enquête, Michel Ferracci-Porri revient sur un terrible fait divers survenu en Angleterre dans les années 2000, nous ramenant dans les méandres effroyables d’un esprit criminel hors normes. "Un récit effrayant et d’une troublante beauté aux accents de tragédie grecque. Une plongée dans le cerveau malade et manipulateur d’un serial menteur hors du commun !", dira Jacques Pradel. Michel Ferraci-Porri a bien voulu répondre à nos questions non sans humour...


Destimed : Où vivez-vous ?
Michel Ferraci-Porri : En région parisienne sur les bords de Marne, sous les saules pleureurs et les vignes vierges. Près de "la Goulue" et de "Chez Gégène" (vers Joinville le pont-pont-pont ! vous connaissez la chanson de Roger-Pierre...)

Comment êtes-vous passé de la gastronomie au crime ?
Pour faire de l’humour noir, je dirais "par amour des viandes bien saignantes" tant il est vrai que je suis un carnivore compulsif. Mais plus sérieusement, j’ai commencé ma carrière dans le tourisme et l’hôtellerie, ayant été dirigeant de plusieurs grandes chaînes hôtelières et chaînes de restauration, puis j’ai bifurqué naturellement vers le journalisme gastronomique après ma rencontre avec Christian Millau. Mais à vrai dire j’ai toujours écrit, et cela depuis ma plus tendre enfance. Il n’y a en fait que 10 ans c’est-à-dire après le succès de "La môme moineau, la vie fabuleuse et tragique de la femme la plus riche du monde" en 2015 que j’ai fait de la littérature mon seul et principal métier.

D’où vient votre intérêt pour "la rage narcissique" ?
C’est davantage l’enchaînement qui mène à la "rage narcissique", cette explosion péléenne cognitive qui m’a fasciné. C’est la conjonction des événements et la mythomanie toxique des personnes atteintes du trouble de la personnalité narcissique qui sont une source d’inspiration pour l’écrivain que je suis.

Comment sortez-vous indemne d’une telle enquête ?
Je suis totalement clivant quand j’écris. Je suis un autre et j’évite de m’impliquer en dehors de la création, c’est ce qui me protège d’une certaine façon. Enfin, j’en suis sorti indemne jusqu’à présent…du moins je crois !

Pour écrire, vous êtes plutôt stylo ou clavier ?
Je suis absolument et presque exclusivement "clavier". Sauf pour les idées furtives et fugaces qui me passent quelquefois à l’esprit comme des flashs. J’ai recours alors au petit carnet que j’ai en permanence sur moi. Mais pour écrire "au long cours", je rature beaucoup trop et comme je ne souhaite pas participer à la déforestation incontrôlée de la planète en jetant du papier froissé toutes les 5 minutes à la poubelle, l’ordi me va très bien.

A quel moment de la journée préférez-vous écrire ?
Ce n’est jamais durant la journée proprement dit. C’est toujours la nuit de 4h du matin jusqu’à 11h en fin de matinée. Je ne sais pas écrire à un autre moment. Cela m’a réussi jusqu’à présent, je croise les doigts pour que cela continue, bien que rien n’est jamais acquis. Vous connaissez la fameuse réflexion de Jean Yanne : " On dit que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est une immense connerie ! Allez dire ça aux éboueurs."

Le tout premier livre que vous vous souvenez avoir lu ?
Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais 7 ans, c’était "Chéri" de Colette, un livre immoral et pervers, disait-on à l’époque. Le parfait manuel du gigolo. J’ai adoré et j’adore toujours cette œuvre.

Et le dernier ?
Je lis les derniers livres sortis. J’ai beaucoup aimé "Dis moi Oui" de Brigitte Kernel.

Le matin, café ou thé ? Sucre ou pas de sucre ?
"Kawa", très serré en triple dose, juste avant de commencer à noircir la page blanche c’est-à-dire juste avant l’aurore.

Sur votre bureau, il y a ?
Mon petit chaton qui ronronne. Il n’a pas un mois et je l’aime follement. On l’a trouvé dans une canalisation à quelque jours de sa naissance - un immonde salopard l’avait abandonné je suppose - ou alors sa maman s’est-elle faite écraser… Alors c’est lui ce petit être sans défense qui m’a adopté pour la vie. Il s’appelle "Libru" ce qui veut dire "Livre" en langue corse. Ma langue préférée.

Qui serait assis à votre table "idéale", et que serviriez-vous ?
J’y mettrais Brassens, Blondin, Audiard, et beaucoup d’autres du "même tonneau", celui de l’amitié, de l’intelligence et de la bonté. Je leur servirais des "tripes à la Sartenaise" accompagnées d’un bon vin rouge épais et charnu, de derrière les fagots. Le tout sans oublier un pain campagnard encore chaud sorti du four, à la croute solide et dorée et à la mie chantante et gaie, car rien ne vaut la volupté du trempage gourmand dans la sauce aux mille délices : celle de l’amitié !.

Votre mot préféré ?
Partage.

Et le mot que vous détestez ?
Avarice.

Votre juron, gros mot ou blasphème favori ?
Mort aux cons !

Quand vous n’écrivez pas, quelle est votre occupation préférée ?
Je pense à ce que je vais écrire.

Qu’est-ce qui peut vous séduire chez un homme ? Et chez une femme ?
Chez un homme autant que chez une femme : la générosité.

Votre défaut pour lequel vous aimeriez que vos lecteurs aient le plus d’indulgence ?
Je ne veux surtout pas qu’ils soient indulgents avec moi mais qu’ils se sentent au contraire totalement libres de ressentir - ou non - de l’empathie et de l’intérêt envers mon écriture et pour mes histoires qu’elles soient vraies ou fictives. Et si je devais dire l’un de mes défauts, je choisirais la mauvaise foi en toute bonne foi.

Votre devise ou citation préférée ?
"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes", d’Henri Calet.

Quelle qualité doit ou devrait avoir votre lecteur ?
La faculté enfantine à l’émerveillement et à l’évasion.

Un dernier verre, vous buvez quoi ?
Saint-Christophe patron des voyageurs : Au Secours ! On ne dit jamais "un dernier verre pour la route", cela porte malheur vous le savez bien…C’est pourquoi je n’ai jamais vraiment cessé. Ma boisson préférée : un bon vin jeune et frais, ces "vins de soif" comme on les appelle. Alors un bon Saumur-Champigny par exemple… Cette réponse reste à lire avec modération bien entendu !

Un dernier mot, vous me dites quoi ?
On se revoit quand chère Mireille ?

"L’Affaire Brian Blackwell ou la Rage de Narcisse" de Michel Ferracci-Porri


Se servant du terrible parricide commis en Angleterre, au début des années 2000, par le jeune Brian Blackwell, Michel Ferracci-Porri tente d’expliquer l’affection ou syndrome pathologie de la "rage narcissique." Cette pathologie, identifiée en 1968 par le psychologue américain Heinz Kohut a été désignée sous l’appellation de "désordre de la personnalité narcissique" ou NPD (en anglais Narcissisti Personnality Desorder). La rage narcissique touche 1 % de la population et est désormais reconnue par les tribunaux anglo-saxons. En France, on se souvient de deux cas similaires, avec l’affaire Jean-Claude Romand en 1993, et plus récemment en 2011 Xavier Dupont de Ligonnès. Michel Ferracci-Porri a enquêté durant trois ans sur l’affaire Brian Blackwell et son livre relate le mécanisme effroyable qui mena le jeune homme policé, fils "parfait", mais en fait obsédé par le grandiose, mélangeant réalités et fantasmes, à commettre un crime horrible. Englué dans sa propension à la mythomanie (ses mensonges qu’il consigne dans des carnets pour être sûrs de s’en souvenir), désireux plus que tout d’impressionner sa petite amie, animé par son besoin maladif de reconnaissance allié à une surestime égomaniaque de sa propre personne, Brian Blackwell va se retrouver face à sa plus grande peur : voir son monde imaginaire s’effondrer. Il va alors succomber à cette "rage narcissique", cette blessure d’orgueil suprême et dévastatrice, mortifère. Un livre fort et fascinant, d’un auteur puissant et attachant !
Extrait : "Il fallait donc faire admettre à la jeune femme à quel point elle s’était laissée abuser. Qu’elle constate elle-même l’étendue du monde fantasque de celui que ses parents surnommaient fièrement "le loup déterminé". Il était urgent qu’elle prenne enfin conscience de l’énormité de cet univers fantasmagorique et captieux dans lequel il l’avait impliqué jusqu’à l’irréparable. Elle devait se rendre à l’évidence : que son brillant ami avait massacré ses parents de la façon la plus abjecte qui soit quelques heures seulement avant leur embarquement pour les États-Unis. Qu’il avait encore certainement en tête tous les cris d’horreur et les supplications de ses victimes, alors même qu’il souriait au moment du décollage. Qu’il pouvait à tout moment, en fermant un instant les paupières, se remémorer les images terribles et encore toutes fraîches de ces regards horrifiés et hébétés, de ces chairs déchirées et immolées, et sentir à nouveau cette odeur âcre et nauséeuse de sang…"

L’auteur : Né à Ajaccio en 1949, Michel Ferracci-Porri, après des études de Lettres et de Philosophie, a mené une carrière dans le tourisme ainsi que le journalisme touristique et gastronomique. "L’Affaire Brian Blackwell ou la rage de Narcisse" est le cinquième ouvrage publié aux Éditions Normant. Sont également parus les ouvrages à succès : L’Affaire du Fantôme de Heilbronn (2009), Beaux Ténèbres, la pulsion du Mal d’Eugène Weidmann (2008) et La Môme Moineau (2006). En mai 2012, il a publié La joyeuse encyclopédie anecdotique de la gastronomie, en collaboration avec Maryline Paoli (préface de Christian Millau).
Michel SANCHEZ

L’Affaire Brian Blackwell ou la Rage de Narcisse, de Michel Ferracci-Porri - Préface de Stéphane Bourgoin. Éditions Normant. 230 pages - 18,50 €

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