Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives

Accueil > Culture > Littérature > La Bibliothèque de Mireille : "Les dépendances, une issue en trompe-l’œil" de (...)

< >

La Bibliothèque de Mireille : "Les dépendances, une issue en trompe-l’œil" de Corinne Van Loey

samedi 9 juillet 2016

Dépendant affectif ou sexuel, cyberdépendant, accro au cannabis, au travail, au jeu, à la nourriture… Sommes-nous tous potentiellement dépendants ? Quels sont ces liens si particuliers que nous établissons avec la dépendance jusqu’à ne plus pouvoir nous en passer ? Quelles différences y a-t-il entre dépendances et addictions ? Que vient panser ou combler la dépendance au point de devenir une habitude déconnectée de notre raison ? Y a-t-il des points communs à toutes les formes de dépendance ? Autant de questionnements et paradoxes soulevés par Corinne Van Loey dans cet ouvrage de réflexion.


L’auteur présente un nouvel éclairage, une vision personnelle de la dépendance, une analyse de l’origine de toute forme de dépendance, de nouvelles pistes de réflexion, une meilleure compréhension du processus addictif et des solutions pour que thérapeutes et patients parviennent à dépasser cette souffrance, accèdent au mieux-être et trouvent une issue au sentiment d’impuissance. Pour que le "subir" se transforme en "choisir" laissant place à la motivation, au changement et à la liberté.

La psychologue propose d’abord de tenter de s’entendre sur les termes et leurs signifiants : Dépendant, addict ou passionné ?

Au fil des ans, dans la langue française, le terme « addiction » s’est substitué à celui de « dépendance ». On peut se demander si, en privilégiant la terminologie anglo-saxonne, nous n’avons pas perdu une partie de la substance de ce mot. Ce terme ne détiendrait-il pas une partie de l’éclairage utile à la compréhension de ce phénomène ? Que signifie le mot « dépendance » ? Ne sommes-nous pas nés sous ce signe, avec cette contrainte ? Pourquoi cette nécessité vitale du début de notre vie se perpétue-t-elle alors qu’elle semble dépassée ? Que vient-elle panser ou soigner au point de devenir une habitude qui supplante en nous la raison ? Habitude aux allures et conséquences souvent autodestructrices. En quoi ce qui fut une aide à la vie peut-il devenir un outil de mort ? Quels liens particuliers établissons-nous avec la dépendance pour ne pouvoir nous en passer ? Pourquoi la justifie-t-on le plus souvent, paradoxalement, comme l’expression d’une liberté ? Notons que le terme « addiction » renvoie systématiquement, sans nuances, à une volonté d’activer une zone de plaisir mais aussi à la notion d’esclavage, à une dépendance, une contrainte. La dépendance ouvre, quant à elle, sur une plus large acception car elle laisse la place à un autre type de lien. Ce dernier peut s’inscrire dans le ponctuel, le moment, le circonstanciel, avant de devenir peut-être celui d’un esclavage. C’est cet ensemble de questionnements et de paradoxes que nous proposons d’analyser pour tenter d’y apporter un nouvel éclairage, une meilleure compréhension et peut-être, qui sait, offrir une issue pour que le « subir » de la dépendance retrouve le chemin de la liberté du « choisir ».

Le cadre énoncé, et à partir d’un état factuel : nous naissons dépendants et dans le besoin, l’auteur nous invite à réflexions en quelques chapitres, livrant ses propres observations et conclusions.

La solitude : la perte traumatique d’un lien vital.
Parler de solitude nécessite de la distinguer de l’isolement. La solitude peut être un besoin, une recherche, pour écrire, réfléchir, se ressourcer. Nous sommes ici dans le registre du choix, de quelque chose de voulu. L’isolement relève d’autre chose. C’est une solitude subie par une incapacité à faire autrement. Tout aussi paradoxalement, une façon de faire le vide, c’est de se remplir. Comme une sorte de nettoyage, de vidange, qui par ce nouveau remplissage a pour effet de chasser l’intrus. Se remplir devient une occupation si absorbante qu’elle permet de faire le vide, de ne penser à rien. Lutter contre le vide par le remplissage, nous l’avons tous connu. À l’isolement, à la difficulté d’exister, de se situer, de communiquer de l’adolescence, on voit souvent des attitudes quasi compulsives de besoin de remplissage de produits ou d’activités diverses : frénésie de sorties, de conquêtes amoureuses, besoin de s’entourer de monde, de « copains », de ne laisser aucun espace, aucun temps mort dans un emploi du temps.

Sommes-nous voués à être de plus en plus dépendants ? Le constat est là : "le monde dans lequel nous sommes est une société atomisée, éclatée dans le travail, les conditions de vie, la famille, le contexte culturel. Plus rien à quoi se rattacher, plus de repères, tout est dans le fluctuant, l’incertitude."

Toutes dépendances confondues : les signes. Si l’absence de repères est source d’angoisse et de désordre, toutes les dépendances partagent un certain nombre de signes. Ce qui permet de les caractériser, ce sont les signes qui apparaissent comme des dénominateurs communs.

Intentionnalité et dépendances : quand ce qui empêche de vivre devient une raison de vivre.
(…) lorsque ces activités occupent un espace de plus en plus important au point qu’elles en deviennent obsessionnelles et réduisent le champ perceptif et de conscience de la personne pour la condamner à « ne plus penser qu’à cela », l’intentionnalité change de registre et devient dépendance. En fait, la question se pose en termes de liberté. Il ne s’agit pas de renoncer à tout, mais de garder la variété et donc le libre choix de ces liens.

Intentionnalités naturelles. La dépendance amoureuse. Boulimie et anorexie. La sexualité. Le jeu. La douleur. Les achats. Il apparaît nécessaire de confirmer que la dépendance n’est pas seulement une idée que l’esprit possède, mais bien une idée qui possède l’esprit !

La musique : Que dire des oreillettes omniprésentes sur les oreilles de nombreuses personnes en toutes circonstances, dans les transports, en marchant, en faisant du sport ? C’est une façon de s’isoler mais aussi de se remplir. Se remplir de sons, de musique, de paroles. Cette présence sonore vient combler l’espace, fait digression et permet d’échapper aux pensées intrusives et perturbantes. Lorsque vivre sans cette présence relève de l’impossible, ne peut-on penser que cela relève d’une addiction ?

Intentionnalités d’essence toxique. Le tabac, l’alcool, les psychotropes licites et illicites, procrastination et autres remplissages. L’addiction a une fonction apaisante. Elle remplit un vide et, ce faisant, elle rassure. La question se pose de savoir si certains de nos comportements aux allures non toxiques et anodines ne seraient pas addictifs. Au rang de ceux-ci, ne peut-on mettre la procrastination ?

Les mères addicts de leur enfant. Les addictions sont des remèdes mis en œuvre pour combler les vides intérieurs, les angoisses, les situations émotionnellement submergeantes. Ici la situation est inversée. Ce n’est plus le sujet qui cherche à combler son vide intérieur par une addiction, au contraire il devient la substance qui répond au besoin de comblement d’un autre, qui, dans ce cas, est tout simplement leur mère. En effet, certaines femmes trouvent dans leur enfant un objet de focalisation qui comble leur vide.

Les traumatismes : définition et symptomatologie Le traumatisme, l’arrêt d’un passé resté présent
Dépendances et traumatismes. Stress post-traumatique et addictions : état des savoirs. Parler des addictions est incontournable tant elles font partie de notre quotidien. Elles sont un fléau qui peut atteindre chacun d’entre nous et particulièrement les jeunes en quête d’expériences de vie et de rites d’initiation. Paradoxalement, au lieu d’apporter la libération attendue, elles sont en réalité un esclavage.

À trouble émotionnel, traitement émotionnel. Comprendre ne sert à rien. Avant la thérapie, le thérapeute. Difficile d’accepter l’idée que la compréhension d’un problème n’apporte ni la solution, ni le moyen de la mettre en œuvre. La compréhension relève de la connaissance.

Les thérapies du mouvement et de la représentation. Hypnose, EMDR, TCC. Ces nouvelles approches psychocorporelles, sensorimotrices, idéomotrices apportent des ouvertures, des évolutions et des solutions. Bernheim signalait déjà toute l’efficacité des manifestations idéomotrices en hypnose. Un proverbe chinois affirme : « Si tu entends une chose, tu l’oublieras. Si tu vois une chose, tu t’en souviendras. Ce n’est que quand tu feras une chose que tu comprendras. »

Enfin, en guise de conclusions : Notre statut d’humains nous fait naître dans la dépendance. Cet essai a pour but unique d’apporter un autre regard sur la question, d’offrir à ceux qui sont en souffrance un autre regard sur leur parcours, de donner aux soignants d’autres pistes de recherche et de travail pour accéder au mieux-être de chacun et de sortir patients et thérapeutes de ce qu’ils partagent souvent dans ces situations : le sentiment d’impuissance.

Sommes-nous tous addicts ? Les comportements addictifs font-ils partie de nous ? Ce livre a le mérite de nous inviter à ce questionnement et d’y apporter ses réponses. Corinne Van Loey, psychologue hypnothérapeute, auteur de nombreux ouvrages, est connue par la pertinence de ses propos, sa franchise et la simplicité intelligente de ses interventions. Celle qui a fait "l’éloge de la souplesse" est à remercier ici pour la grande qualité de son travail, toujours à la recherche de la juste mesure. ..

Mireille SANCHEZ

"Les dépendances, une issue en trompe-l’œil" de Corinne Van Loey. Éditions Langlois Cécile. Parution Juillet 2016. Format 15x21. 182 pages. 17 €.

Messages

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.