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La France en ordre de marche pour la biodiversité : Nicolas Hulot annonce à Marseille un plan interministériel pour la préservation des espèces

jeudi 24 mai 2018

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a choisi Marseille pour accueillir son 7e congrès mondial. Une décision qui, selon le ministre Nicolas Hulot, engage la France à prendre le leadership dans le domaine de la préservation des espèces. Elle le fera sous peu à la faveur d’un plan interministériel pour la biodiversité.

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Nicolas Hulot en visite sur l’archipel du Frioul à Marseille (Photo Robert Poulain)
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(Photo Robert Poulain)
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Visite du Parc national des Calanques par la mer (Photo Robert Poulain)

C’est officiel : la France, et plus exactement Marseille, accueillera en juin 2020 le 7e congrès mondial de la nature organisé par l’UICN. « Une marque de confiance et un honneur », avance le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, présent le 18 mai dernier dans la cité phocéenne pour annoncer la bonne nouvelle, en compagnie de la directrice générale ainsi que du vice-président de l’Union internationale pour la conservation de la nature. Ainsi, l’accueil de ce congrès « fera rayonner la ville », prédit-il... Sans doute les retombées économiques seront-elles effectivement au rendez-vous. Perspective qui fait emprunter à la Présidente du conseil départemental Martine Vassal les propos pétris d’humeur de Jean-Claude Gaudin : « Beaucoup de ministres viennent nous voir, mais les poches vides, comme le dit notre maire... Vous venez, vous, avec ce congrès et nous vous en remercions. » Bon, pour obtenir le précieux sésame, la lutte ne fut pas acharnée, puisque seule la France avait candidaté. Mais selon les termes des deux dirigeants de l’UICN, « il s’agissait d’une candidature très forte d’un point de vue technique. Le positionnement des infrastructures marseillaises permet d’avoir une empreinte carbone neutre, le parc Chanot que nous avons visité, nous semble avoir une longue expérience dans l’organisation d’événements d’envergure. Et puis, on a constaté un engagement politique très fort de la part des élus, Mairie, Département, Région, mais aussi de la part de la société civile. Un réel intérêt a été manifesté pour cet événement », argumente le vice-président Malik Amin Aslam Khan. Mais précisément, pourquoi Marseille ? Car le seul enthousiasme des institutions locales n’explique pas tout. Or, pour Nicolas Hulot, la cité phocéenne s’est imposée « comme une évidence »...

Provence-Alpes-Côte d’Azur acteur majeur de la biodiversité ?

Marseille sait en effet ce que diversité veut dire, elle fait partie de son essence. Culturelle, cela vient tout de suite à l’esprit, rappelle le ministre. Mais diversité aussi en termes d’espèces végétales et animales, marines ou terrestres, puisqu’elle compte « un patrimoine naturel exceptionnel ». Marseille est en effet à proximité le Parc national des Calanques, visité le matin même de l’annonce via la mer par Nicolas Hulot, et pas si loin que cela à vol d’oiseau. « Pas moins de 17 000 hectares d’espaces naturels sensibles que nous gérons en région, la Camargue, la Crau, les Alpilles, la Sainte-Baume », rappelle Martine Vassal. Et d’énumérer les domaines d’engagement des collectivités du cru : lancement de plans forêts avec renforcement de la prévention des incendies, actions en faveur des transports verts... Tout cela afin que « l’atout nature soit un élément d’attractivité du territoire ». Le Vaisseau bleu lui-même s’est engagé dans la voie de la protection de la biodiversité, puisque des ruches ont été installées sur le toit de l’institution... « Il est fondamental que l’abeille continue à vivre. Et en ville, elle se débrouille très bien », poursuit la Présidente du Département, offrant au ministre un pot de son miel estampillé ruches bleues... A l’échelle de la Région aussi, Renaud Muselier entend garder « une COP d’avance » et consacre pas moins de 400 M€ à son plan climat, lequel comprend des actions visant à préserver ce patrimoine naturel. Toutefois, le positionnement des collectivités locales n’a rien d’un mystère pour le ministre. « Je sais combien la nature est liée à la culture de ce pays », martèle ainsi Nicolas Hulot. « Mais peu importe ce que l’on a déjà fait, ce qui compte, c’est ce que l’on fera à partir de maintenant. »

Du grand pouvoir de régénération de la nature

Et ce que compte faire la France... c’est donc montrer qu’« elle est à la hauteur de cette marque de confiance » prodiguée par l’UICN. Profitant de l’élan généré par l’annonce de l’accueil de ce 7e congrès, Nicolas Hulot compte capitaliser sur l’événement pour impulser une grande mobilisation générale. Elle aboutira à une stratégie de préservation de la biodiversité. Il faut dire que l’Hexagone abrite, en métropole, dans ses territoires d’Outre-Mer et les océans qui les baignent, une véritable richesse en termes d’écosystèmes. Pour illustration, la Méditerranée est l’un des 34 points chauds de la biodiversité reconnus dans le monde, la France occupe aussi la première place en Europe pour la diversité des amphibiens, des oiseaux, des mammifères. Enfin, 10 % des récifs coralliens de la planète sont situés dans les eaux sous juridiction française de onze territoires d’Outre-Mer. Une diversité aujourd’hui menacée... Sur l’ensemble du territoire national, près de 66 000 hectares de milieux naturels et terrains agricoles ont été artificialisés chaque année entre 2006 et 2015, remplacés par des bâtiments, routes, zones d’activités, parkings... soit une surface égale au territoire du Pas-de-Calais sur une décennie. Par ailleurs, la France se situe parmi les dix pays abritant le plus grand nombre d’espèces mondialement menacées, selon la liste rouge 2017 de l’UICN... D’où l’urgence. « Réparer la nature, ça peut marcher, on peut réinverser la tendance », lance Nicolas Hulot. Ce qu’illustre de façon parlante Malik Amin Aslam Khan : « Au Pakistan, nous avons décidé de lutter contre la déforestation et voté un décret pour mettre cela en application, en dédiant 20 milliards de roupies à la protection des forêts. Nous avions arrêté une surface d’action de 380 000 ha. Mais dans la réalité, nous avons couvert 600 000 ha, et ce pour un coût de 12 milliards de roupies. Il faut donc donner sa chance à la nature. Car, quand on le fait, elle rebondit et nous le rend bien...Il ne faut pas sous-estimer son grand pouvoir de régénération. »

Interministériel... et participatif

Du côté de l’Hexagone, la mobilisation voulue par Nicolas Hulot prendra corps à la faveur d’un plan interministériel bâti en concertation avec tous les acteurs concernés par cette problématique, ministères, ONG, société civile et citoyens. Une consultation publique sur le Net a été lancée dans cette optique le 18 mai dernier, elle a cours jusqu’au 7 juin. L’idée étant de sensibiliser tout un chacun à la question de la biodiversité, d’autant qu’elle suscite en général un intérêt inversement proportionnel aux impacts que sa dégradation pourrait générer sur notre quotidien. Comment faire réaliser au citoyen indifférent que plus de 70 % des cultures, soit 35 % du tonnage de ce que l’on consomme, dépendent de la pollinisation animale, que la nature est source d’innovation, qu’elle entre dans la composition de pharmacopées... et que sans elle, c’est tout simplement la vie qui disparaît. Peut-être en l’impliquant davantage. C’est en tout cas le pari de Nicolas Hulot... Le corpus obtenu par ces multiples consultations constituera ainsi la substance de ce fameux plan, lequel doit s’articuler selon cinq axes : comment protéger concrètement la biodiversité, changer nos modèles de production et de consommation, protéger et restaurer la nature, créer un cadre européen et international ambitieux sur cette question et enfin, rendre la connaissance et l’action pour la biodiversité accessible à tous. Le document finalisé devrait être validé par le gouvernement début juillet... Mais outre cela, afin que la France soit exemplaire en matière de biodiversité, elle devra aussi régler son compte à quelques dossiers délicats qui n’ont que trop traîné localement. Ainsi Martine Vassal n’a-t-elle pas manqué d’interpeller Nicolas Hulot sur la question des rejets de l’usine Alteo dans la Méditerranée. « Ces boues rouges, qu’est-ce qu’on en fait ? Merci de prêter attention à cette question, nous avons besoin du soutien franc et massif du gouvernement.  » En la matière, Nicolas Hulot, rappelant l’autorisation préfectorale dont jouit l’usine jusqu’en 2021 pour exploiter le site de Mange-Garri, lieu de stockage et de traitement des déchets solides résultant de la transformation de la Bauxite, reconnaît par ailleurs que « l’on arrive à saturation ». Pour mémoire, si ces boues rouges ne sont plus rejetées en Méditerranée, puisque Alteo les compacte et les stocke sur ledit site, pratiquant l’encroûtage et l’arrosage de ces dépôts (il s’agit d’éviter que les poussières ne soient volatiles), des eaux résiduelles continuent de se déverser dans celles des Calanques... « Une étude de ces déchets a permis de les considérer en l’état comme non nocifs. Ainsi les choses se sont améliorées mais on a déplacé le phénomène. La situation pour l’instant n’est pas satisfaisante, nous avons demandé à cette entreprise des pistes d’amélioration », assure Nicolas Hulot.

Épopée diplomatique

Ainsi la tâche du ministre, « héritier d’une situation d’aménagement du territoire qui a fait fi des questions liées aux impacts des pollutions sur les écosystèmes depuis des décennies », s’annonce ardue. Freiner l’artificialisation des sols, sanctuariser les terres agricoles, changer les modes de consommation et de production sont autant de challenges à prendre à bras-le-corps. Et face à des réflexes mortifères ancrés depuis si longtemps, enclencher la dynamique vertueuse ne se fera pas en un jour... d’autant que les lobbies veillent au grain : promotion immobilière, géants de l’agroalimentaire... Rétablir l’équilibre entre intérêts économiques et environnementaux ne s’annonce pas aisé. Le seul exemple d’Alteo le démontre : si l’entreprise gardannaise s’est vu accorder cette autorisation préfectorale jusqu’en 2021, c’est bien parce que cela permet de garder sur le sol français les quelque 700 emplois dont elle se prévaut... Nicolas Hulot veut y croire. « Entre le pessimisme total et l’optimisme béat, il y a le réalisme », martèle celui qui se prépare à une « intense épopée diplomatique ». Car, l’organisation du 7e congrès de l’UICN n’est que l’un des maillons de cette chaîne. Il y aura la Cop 14 de la convention sur la diversité biologique en Égypte en novembre prochain, la présidence par la France du G7 en 2019, la Cop15 en Chine fin 2020... Autant d’événements dont la France compte se saisir pour rehausser le niveau d’ambition internationale sur la question de la préservation des espèces. « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne vous prenne par la gorge », disait Winston Churchill. Desserrer une étreinte déjà effective, voilà bien toute l’ampleur du défi à venir.
Carole PAYRAU

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