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La chronique du 4e Festival de Pâques d’Aix-en-Provence - Brahms, toujours et encore…

vendredi 25 mars 2016

Jeudi, au festival de Pâques, c’était Brahms et rien d’autre. Enfin, pour ceux des festivaliers qui avaient décidé de tailler la master class matinale de Louis Langrée qui était, elle, consacrée à l’interprétation de la symphonie n°40 de Mozart. Brahms forever, donc, et ceux qui l’aiment ont apprécié grandement la programmation proposée au cours des deux concerts du jour.

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Les jeunes musiciens de génération@aix au cours de l’interprétation du quintette pour piano et cordes au Jeu de Paume. (Photo Caroline Doutre)

Le premier, au théâtre du Jeu de Paume, dans le cadre de génération@aix, offrait le quatuor pour piano et cordes en ut mineur n°3 et le quintette pour piano en fa mineur. Deux œuvres qui allaient permettre aux jeunes instrumentistes, Benjamin Beilman et Mohamed Hiber, violonistes, Manuel Vioque-Judde, altiste et Kian Soltani au violoncelle d’exprimer toute l’étendue de leur talent sous l’œil intéressé et très attentif de François-Frédéric Guy au piano. Que ce soit pour le dernier quatuor avec piano composé par Brahms ou pour le quintette, la générosité de l’interprétation a été appréciée, les jeunes instrumentistes parvenant aisément à insuffler leur puissance romantique à ces partitions née dans la douleur à des titres divers et chargées d’émotions par le compositeur. Très à l’écoute les uns des autres et, réciproquement, les instrumentistes ont su développer un « son » exceptionnel, chargé de chaleur et de couleurs. Une performance « soutenue » par l’intelligence du jeu de François-Frédéric Guy qui a transformé son piano en colonne vertébrale solide sur laquelle les cordes sont venues s’appuyer. François-Frédéric Guy qui, une fois de plus, a démontré qu’il était l’un des très grands pianistes français à l’heure actuelle, au toucher aérien et limpide, et qu’il avait une belle âme, partageant son expérience tranquillement et en souriant, avec la jeune génération. Ce fut un beau moment fort apprécié. Quant au pianiste, nous aurons le bonheur de le retrouver au début du mois d’août à La Roque d’Anthéron.

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Les interprètes des deux sextuor de Brahms : de g. à dr. Renaud Capuçon, Marie Chilemme, Christoph Koncz, Gautier Capuçon, Gérard Caussé et Clemens Hagen (Photo Caroline Doutre)

En début de soirée, c’est vers l’auditorium du Conservatoire Darius Milhaud que cheminaient les pèlerins de Brahms ; on y donnait les deux sextuors de ce dernier. Pour ce concert, Renaud Capuçon avait convié à ses côtés le violoniste Christoph Koncz, les altistes Gérard Caussé et Marie Chilemme et les violoncellistes Gautier Capuçon et Clemens Hagen. Œuvres de longue haleine, ces deux sextuors présentent de nombreuses similitudes, composition assez serrée et volume imposant. Notre préférence ira au n° 1 à notre sens plus aérien que son frère °2, né quatre ans plus tard, illustrant mieux, à notre sens, l’esprit romantique qui enveloppe les compositions de Brahms. Pour servir ces partitions, quelques-uns des meilleurs instrumentistes du moment étaient donc réunis pour des interprétations denses et passionnées, tellement, même, que Gérard Caussé était abandonné par l’une de ses cordes au troisième mouvement du sextuor n°2 ce qui provoquait une interruption du concert. Sans grand mal, si ce n’est pour les auditeurs de Radio Classique qui, eux, n’avaient pas l’image… Cette journée Brahms s’achevait sur un bis agréable et enlevé ; et avec la certitude renouvelée qu’avec Brahms, dans toutes les configurations instrumentales, on ne boude jamais son plaisir !
Michel EGEA

Pratique

Les rendez-vous du 26 mars

Le retour de Kit Armstrong au Théâtre du Jeu de Paume à 12 heures.
Au programme : Bach, Sweelinck et Armstrong. Tarif de10 à 43 €.
Réservations au 08 2013 2013 - festivalpaques.com

Le NDR Sinfonieorchester au Grand Théatre de Provence à 20h30.
Krzysztof Urbanski est à la direction et le baryton Thomas Hampson, soliste. Au programme « Till l’espiègle », op. 28, de Richard Strauss, des lieder extraits de la pièce « Le Cor enchanté de l’enfant » de Mahler et le Symphonie n°10 en mi mineur de Chostakovitch. Tarif de 10 à 68 €. Soirée Premium :100 €. Réservations au 08 2013 2013 - festivalpaques.com

Au programme du dimanche 27 mars

Grand concert pour les Aixois à la Cathédrale Saint-Sauveur à 16 heures.
Le Mahler Chamber Orchestra et David Fray au piano jouent deux concertos de Bach. Réservations obligatoires dans la limite des places disponibles. Entrée et placement libres.
Trio de légende au Grand Théâtre de Provence à 20h30
Yo-Yo Ma, violoncelle, Renaud Capuçon, violon et Nicholas Angelich, piano jouent deux suites pour violoncelle seul de Bach et le trio pour piano et cordes de Brahms. Tarif de 10 à 68 €. Soirée Premium :100 €.
Réservations au 08 2013 2013 -festivalpaques.com

Entretien : Louis Langrée, le maître de musique

Pour la première fois de sa carrière, Louis Langrée dirigeait, jeudi matin, une master class à l’auditorium du conservatoire Darius Milhaud qui est partenaire du Festival de Pâques pour ces master-classes. Accompagné de musiciens de la Camerata Salzburg, le maestro accueillait trois étudiants en direction musicale, dont deux venus spécialement du Canada, Nagège Footfat et Nicolas Ellis et un élève du conservatoire d’Aix, Sylvain Guignery, pour travailler sur la Symphonie n°40 de Mozart. Trois heures de « cours » suivis par un nombreux public avide, lui aussi, d’apprendre et de comprendre. Nous avons rencontré le maestro à l’issue de ces séances de travail.

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Louis Langrée très expressif pendant sa master-class au conservatoire Darius Milhaud. (Photo Caroline Doutre)

Destimed : Quel est votre ressenti immédiat à l’issue de la master-class ?
Louis Langrée : En fait ce n’est pas si compliqué que ça. Au cours d’une répétition, le directeur musical donne les lignes et les caractères de son interprétation aux musiciens. L’exercice de ce matin a été de donner aux futurs chefs d’orchestre les clefs pour imprimer leur marque, leur personnalité, sur les musiciens et le jeu dans le respect de la partition. Je dois avouer que je n’ai jamais été fanatique de ces classes. Trop souvent les élèves essayaient de reproduire le maître. Je pense que 95% du travail d’un chef est fait en amont de la répétition. Il faut arriver avec des idées tellement claires que les musiciens vont le sentir et vont pratiquement pouvoir jouer seuls tant ces idées sont évidentes et imposables à tous.

Mercredi soir, vous avez joué Ravel de façon magnifique avec cette Camerata Salzburg dont ce n’est pas vraiment le répertoire habituel. Comment avez-vous travaillé avec ces musiciens pour arriver à ce niveau d’interprétation ?
Il n’y a pas de méthode particulière. Ces musiciens, tous de haut niveau, sont avides de découvrir les musiques. Avec "Ma Mère l’Oye", et à un moindre niveau le Concerto en Sol, Ravel tourne un peu le dos au néo-classicisme pour revenir au classicisme. Hormis la harpe et deux percussions, la composition de l’orchestre est très mozartienne pour ces œuvres. "Ma Mère l’Oye" c’est la même orchestration que la 40e de Mozart. Donc les musiciens n’ont aucun mal à jouer cela très bien.

Dans quelques semaines nous vous retrouvons au Festival d’art lyrique pour la direction de "Cosi fan tutte". Avez-vous déjà évoqué cette production avec Christophe Honoré, le metteur en scène ?
Bien sûr. Honoré est quelqu’un de très sensible. Pour l’heure nous avons évoqué les intentions. Mais la force de la collaboration, c’est dans le travail qu’elle va se concrétiser. Le cheminement sur une œuvre, c’est dans la direction d’acteurs qu’il prend son sens. Que dis-je, à qui le dis-je, c’est ici que ça se passe… En fonction du travail sur scène, la mise en lumière musicale et dramatique se fait. Pour Cosi c’est la solitude des âmes, le désir, le désespoir. Pour moi Cosi fan tutte est le plus difficile des trois Da Ponte. Don Giovanni, viscéralement, c’est le plus immédiat ; Les Noces de Figaro, c’est la perfection de la structure, urgence et sensualité mêlées ; Cosi, c’est l’exploration de tous les recoins de l’âme humaine avec la question : après ce qui s’est passé, c’est quoi la fin ? Comment continuer à vivre ensemble ? Et je dois avouer que le challenge est plus compliqué pour le metteur en scène que pour le directeur musical.

Depuis trois ans, vous êtes directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Cincinnati aux USA. Le rêve américain se poursuit-il toujours pour vous ?
Plus que jamais. Je suis désormais installé là-bas avec ma famille et ce que je vis me passionne. C’est un autre monde où il faut sans cesse imposer ses projets. Mais c’est aussi une ville où l’immigration allemande a laissé des traces et un état d’esprit superbe. La culture n’est pas un vain mot, là-bas et, l’adhésion de la population aux programmes de l’orchestre et de l’opéra est énorme. Lorsque l’on paye une place, c’est plus en partenaire qu’on le fait et pas seulement en tant que spectateur. Dernièrement nous avons lancé un appel à mécénat pour étoffer l’effectif de l’orchestre, 26 familles de Cincinnati ont chacune donné un million de dollars ! Vous-vous rendez compte, nous avons reçu 26 millions, comme ça. Il faut dire que les établissements culturels appartiennent à la collectivité matériellement et intellectuellement. Il n’y a pas de ministère de la culture, là-bas. J’y suis sous contrat jusqu’en 2020 avec pour mission de créer une quinzaine de programmes par an, plus les tournées et les enregistrements. Et j’y suis parfaitement bien. D’autant plus que rien ne m’empêche de mener mes autres activités de directeur musical hors Cincinnati. La preuve, je suis ici aujourd’hui et reviendrai à Aix dans quelques semaines…
Propos recueillis par Michel EGEA

Vidéo : la master-class de Louis Langrée


Masterclass Louis Langrée par Festival_de_Paques

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