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La chronique littéraire de Christine Letellier : Espagne, les années noires

jeudi 25 septembre 2014

Qui, avant « Pas pleurer », dernier livre de Lydie Salvayre, se souvenait des « Grands cimetières sous la lune » ? Le premier qui ment lève le doigt ! Et pourtant, le magnifique coup de gueule de Georges Bernanos contre les exactions franquistes, le silence coupable de l’église catholique et des veules démocraties, publié en 1938, tandis que le monde basculait dans sa seconde guerre, est d’une force incroyable.
Lydie Salvayre a la généreuse idée de l’utiliser pour construire son roman en cette rentrée nourrie des tourments de l’Histoire.

« Pas pleurer », c’est le dialogue à distance de deux témoignages. Le premier, c’est le cri indigné de Bernanos. Le second, c’est celui d’une femme âgée, témoin de ce moment tragique, qui parle soixante dix ans plus tard à sa fille, qui n’est autre que l’auteur du livre.
La guerre d’Espagne, chacun se souvient. Avec plus ou moins de précision… La terreur répressive des nationalistes conduite par celui qui sera dictateur pendant des décennies… les déchirures du camp républicain, où communistes, anarchistes et trotskystes règlent leurs comptes alors que Franco pousse ses pions, sans ménagement.
Cette main de fer des troupes du Caudillo, aveugle et brutale, qui se referme sur Majorque. Sa stratégie et sa violence sont dénoncées avec rage par Georges Bernanos. « Pas pleurer » s’installe dans son sillage. Pour raconter aussi les souvenirs de Montse, quinze ans en 1936 et pleine d’espoirs dans une révolution, qui fait table rase, durant quelques mois, des certitudes convenues de la société espagnole.

Roméo et Juliette en Catalogne

On y retrouve Josep, son frère, et son prétendant. Ils partagent la même fougue, les mêmes combats, les mêmes aspirations mais ils ne sont pas de la même obédience politique ! C’est largement suffisant pour réinventer Roméo et Juliette, version guerre civile années trente, en Catalogne.
Et puis toujours cette sensation d’être entre deux mondes, perché en haut d’une crête d’où tout peut basculer, à tout moment. Vers la mémoire de Montse, lumineuse, où s’exprime l’exaltation de l’insurrection, l’enthousiasme de cette période où tout semblait possible. Vers les mots de Bernanos, noirs comme la sinistre réalité et l’impitoyable avancée des franquistes.
La jeunesse contre la mort, l’utopie contre la barbarie, c’est cela « Pas pleurer », où deux voix s’entrelacent pour dire le naufrage de la République espagnole. Salvayre reprend courageusement le flambeau et restitue cette tragédie, sans concession.
« Pas pleurer ». Lydie Salvayre. Ed. Seuil - 288 pages, 18,50€

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