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La galerie de portraits de la romancière Agnès Olive : Janet Soleil, bye-bye l’Angleterre !

jeudi 4 juin 2015

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Janet une Anglaise qui souhaite tant être so Marseillaise (Photo D.R.)
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Janet, la nurse anglaise de Laurence et Agnès Olive (Photo D.R.)
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Janet Soleil, bye-bye l’Angleterre.

Janet est une immigrée happy. Née Wheeler en Angleterre en 1949 dans une famille peu joyeuse de la middle class, elle passe une enfance ennuyeuse dans le Kent, un quartier du Sud de Londres et vient pour la première fois en France lors d’un voyage scolaire à Marseille. Elle a 17 ans. Elle est reçue chez sa correspondante Josette, à Saint-Louis dans le 15e arrondissement, mais Janet passe ses journées sur la plage des Catalans où elle se trouve un petit copain, un certain André. Après son départ, les amoureux continuent à correspondre par courrier et c’est pour lui que la petite anglaise va revenir.
Elle revient d’abord avec une amie, en bateau puis en train jusqu’à Paris. «  Comme on n’avait pas tellement d’argent, on a fait du stop jusqu’à Marseille, et on était toutes les deux en mini-jupe... À l’époque, c’était moins dangereux ! », raconte-t-elle. Mais après une semaine passée dans un petit hôtel sur la Canebière, elle a épuisé ses économies et doit rentrer dans son pays. Là-bas elle a arrêté l’école et commence à travailler à la Mairie : « Je m’ennuyais tellement en Angleterre… En plus j’avais des problèmes familiaux… Je n’avais qu’une seule envie, c’était de revenir à Marseille. Je voulais tourner la page sur mes histoires de famille, et tout recommencer à zéro… ».
Elle a alors l’idée de chercher un poste de fille au pair à Marseille, ce qu’elle trouve assez rapidement, mais doit attendre la fin de Mai 68 pour venir car à ce moment-là les transports étaient arrêtés et les routes bloquées. Elle débarque donc début juin chez les Olive qui habitent le Goya, un immeuble chic et moderne sur le Prado : « Je me souviens de Madame Olive qui était venue me chercher à la gare. Dans la voiture, je n’en revenais pas de la couleur de ses jambes, elle était plus bronzée que moi avec mes collants ! J’ai aussi le souvenir de mon premier repas en arrivant : un artichaut. Je n’en avais jamais vu de ma vie. C’est vrai qu’en Angleterre à l’époque on connaissait seulement les pommes de terre, les choux… Tous les légumes de la Provence, les aubergines, les poivrons, les courgettes, jamais vu ! Comme je ne savais pas comment on mangeait un artichaut, j’ai dit que je n’avais pas faim »… Janet s’occupe des deux petites filles du couple, Laurence et Agnès, de 5 et 2 ans : « Elles étaient adorables, mais la plus grande se moquait tout le temps de mon accent… Un jour à la fenêtre où il faisait gris, j’ai dit "il va pleurer" au lieu de "il va pleuvoir ", ça l’a beaucoup fait rire. Elle me faisait souvent répéter des mots pour se moquer de mon accent, cela m’énervait tellement »… Janet travaille beaucoup et gagne environ 180 francs par mois, logée dans une chambre de bonne au sous-sol, nourrie et blanchie. Normalement elle doit travailler six heures par jour, mais elle fait plutôt du 24 heures sur 24… surtout avec Agnès, la plus petite, qui n’a pas encore l’âge d’aller à l’école. Mais, elle qui vient d’un milieu anglais plutôt modeste, va découvrir la vie d’une famille bourgeoise marseillaise : « Mon père était maître de chantier et ma mère femme au foyer. Je n’avais jamais vu ni de femme de ménage, ni de lave-vaisselle. Quant à avoir une sonnette sur la table pour appeler un serviteur comme c’était le cas chez les grands-parents Olive, je ne savais même pas que ça existait ! J’étais surprise par leurs drôles de manières, par exemple il ne fallait pas couper la salade, j’avais tellement peur de ne pas savoir le faire, que je n’en ai plus jamais mangée. Mais j’ai passé de très bons moments avec eux, j’étais étrangère, alors je me sentais unique, originale, j’aimais beaucoup cela. On me disait souvent que je ressemblais à Jane Birkin ! J’étais très heureuse, j’adorais Marseille, la mer, le soleil, la plage, les beaux garçons et le vin rosé à table. Tout ce que je n’avais pas en Angleterre ».
Et puis Janet commence à apprendre le français, non sans difficultés, surtout avec les histoires de « le », « la », « un », « une »... les fameux déterminants qui n’existent pas en anglais. Quand elle doit acheter un timbre, elle en demande deux, pour être sûre de ne pas se tromper. Et aussi ce problème du tutoiement et du vouvoiement, elle ne sait jamais quand et à qui il fallait dire « tu » ou « vous ». En fait elle était très complexée de ne pas bien parler le français. « Il faut dire qu’à l’époque peu de gens parlaient anglais ! En tout cas beaucoup moins qu’aujourd’hui », ajoute-t-elle. Quand elle fait les courses, il lui arrive même d’écrire ce qu’elle veut acheter sur un bout de papier et de le montrer au vendeur pour ne pas avoir à prononcer les mots !
Mais le temps passe, les Olive vont divorcer, les filles grandissent, plus besoin de jeune fille au pair… Janet va alors faire tous les boulots de la terre ! Elle enchaîne assistante dentaire, standardiste, prof d’anglais, vendeuse en supermarché puis dans une boutique de vêtements, traductrice, vendeuse immobilière… Elle finit même par monter une boîte de nuit à Aix avec son copain de l’époque sur le Cours Sextius, le « Fever ». Mais ses papiers n’étaient pas en règle et un jour elle reçoit une amende avec l’ordre de retourner en Angleterre… Elle part alors à Paris et arrive à obtenir enfin un permis de séjour correct. « Je ne suis pas restée longtemps dans la capitale, je n’aimais pas tellement cette ville. Quand je suis redescendue à Marseille j’ai travaillé comme hôtesse sur des bateaux de croisière. J’ai beaucoup voyagé en Méditerranée, une période que j’ai adoré », dit-elle. Elle retourne quand même une fois par an en Angleterre par « bonne conscience » et pour voir sa mère, même si ce n’est pas la joie à la maison… Ses parents qui détestent la France et les français, ne l’aident pas financièrement et n’approuvent pas du tout ses choix.
C’est en se mariant à Marseille, à 27 ans, que Janet a obtenu la nationalité française. Après avoir fait les « 400 coups » avec des garçons souvent instables, elle a eu besoin de se poser, de mettre sa tête sur une épaule solide, un homme bien, gentil. Il s’appelle Gilbert Soleil… « On peut dire que j’ai quitté l’Angleterre pour venir à la rencontre du Soleil », s’amuse-t-elle. Janet est devenue une femme mariée épanouie et une maman comblée avec trois beaux enfants qu’elle a élevés en leur parlant en français. Elle a choisi de ne plus travailler pour passer tout son temps à dorloter sa petite famille dans une jolie maison du Roucas-Blanc. Aujourd’hui elle est même la grand-mère d’un petit Jules. Janet ne retourne pratiquement jamais en Angleterre. Ses parents sont décédés, elle a sa sœur là-bas mais en règle générale c’est plutôt elle qui vient la voir à Marseille. De l’Angleterre, il ne lui reste qu’un petit accent (totalement craquant) et les trois prénoms de ses enfants : Daisy, Tim et Bonnie. Et aussi une langue qu’elle parle maintenant à son petit « chubby » quand elle le garde, une langue comme un secret entre tous les deux…

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