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Le Coin Lecture de Régine : "Directrice de prison" de Christelle Rotach

mercredi 16 octobre 2019

Tant de questions subsistent à la lecture de "Directrice de prison" ! L’expérience du monde carcéral de Christelle Rotach en fait un témoin essentiel et dérangeant, rappelant que l’on juge aussi une nation à la façon dont elle traite ses prisonniers. Assurément, et malgré tout l’investissement de cette directrice, la France ne peut tirer orgueil de ses centres pénitentiaires.


Ce livre est une plongée unique dans le quotidien de Christelle Rotach, la directrice de la prison de la Santé. De son métier, Christelle Rotach ne parle jamais, sauf pour en citer quelques anecdotes qui ne sont que des bribes, des éclats de vécu, une réalité qui n’en est pas une et qui reste méconnue. Impossible de se représenter l’amplitude des situations auxquelles peut être exposé un directeur de prison sur un terreau aussi explosif où tout peut basculer, à tout moment, dans des établissements où la surpopulation est aujourd’hui à son comble. La gestion d’une prison, c’est de la sismologie. Une affaire à la fois logistique, humaine et politique. A force de marcher sur un volcan avec des bouts de ficelle, la charge mentale est sans doute devenue trop lourde. A force d’arpenter la noirceur, on finit par avoir l’impression de vivre la nuit. La prison avale tous ceux que la société vomit - les criminels, les fous et, fait nouveau, les terroristes, face auxquels la pénitentiaire n’est pas préparée. Et pourtant, ils vont tous sortir. Un jour. Sans éluder aucune question, Christelle Rotach raconte, de l’intérieur, le cambouis, le rythme infernal de la maison d’arrêt, les questions, l’inquiétude, le règne des injonctions paradoxales, la violence, la mort. Elle nous parle d’elle, de nous, de ce miroir dans lequel la société ne veut plus se voir.

Voilà plus de vingt ans que Christelle Rotach est immergée dans le monde carcéral, pour le meilleur, bien trop rare, et surtout pour le pire. Dans "Directrice de prison", elle revient sur son expérience, avouant ses faiblesses et ses limites, ou plutôt ceux de l’administration pénitentiaire, en toute objectivité. Un état des lieux sinistre et pour le moins inquiétant pour les détenus et pour la société. Des établissements délabrés, des responsables qui n’en ont que le titre, des surveillants découragés quant ils ne sont pas corrompus, et des prisonniers violents, suicidaires ou déséquilibrés mentaux. Ces hommes, ces femmes sont au cœur de ce livre terriblement humain, ce qui le rend, sans aucun doute, encore plus révoltant. Derrière les murs de la Santé, des Baumettes ou d’ailleurs, des hommes et femmes vivent dans un monde si loin du nôtre et pourtant, il en est également le reflet. Ce livre a le mérite de témoigner de l’impact du milieu carcéral tant sur la population détenue que sur ceux qui y travaillent.

Régine ZOHAR

"Directrice de prison", de Christelle Rotach. Éditions Plon. 224 p. 19,90 €.

Extrait :
Les Baumettes, le soleil et la mer. J’aurais dû bondir de joie, après la banlieue parisienne. En l’occurrence, je me doutais de ce qui m’attendait. Mon prédécesseur était parti depuis déjà six mois. Le contrôleur général des lieux de privation de liberté était passé en octobre 2012, il en était sorti horrifié, concluant à une "violation grave des droits fondamentaux" et appelant à un plan de recommandations d’urgence longues comme le bras. Les détenus vivaient au milieu des détritus, les rats avaient la taille de chats, les cafards pullulaient en deux ou trois espèces différentes, les douches, les escaliers et les cours de promenade étaient des coupe-gorge… Les Baumettes, cette prison réputée pour ses trafics de drogue et sa violence, c’était la honte de la République. Le symbole de la vétusté et de l’inhumanité. En 1991, le Comité de prévention de la torture dénonçait un "traitement inhumain et dégradant" des détenus. En 2006, le Conseil de l’Europe parlait d’"endroit répugnant", appelant à la rénovation. Il avait fallu attendre la venue du contrôleur général, six ans plus tard, pour que tout le monde fasse mine de découvrir le scandale.
2017 (…) Baumettes 2 vient d’ouvrir. Le bâtiment flambant neuf se dresse face au ciel avec sa façade couleur sable et ses oliviers plantés à l’entrée. On aurait pu penser que tout allait bien se passer, après tant d’années de travaux. Mais non. L’ouverture du nouvel établissement a créé un appel d’air, le personnel affecté là-bas a été ravie de quitter les vieux bâtiments, encore en service… Et les Baumettes historiques se sont effondrées. Littéralement. Les détenus sont devenus sans limites, les agents ont lâché. Le bateau a commencé à prendre l’eau de partout. Tout le monde, détenus et personnel, a eu le sentiment d’être oublié, relégué au Moyen Age. C’est l’effet d’abandon des choix politiques. Je subis moi-même.

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