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Le Coin Lecture de Régine : "La mémoire des vignes" d’Ann Mah

lundi 9 septembre 2019

En Bourgogne, les caves n’abritent pas que des bons crus, elles se révèlent être également de parfaites cachettes en temps de guerre. C’est ce que nous dévoile l’auteur, Ann Mah, dans ce livre mariant les vins et les secrets de famille avec talent. Le passé peut s’éventer à l’ouverture d’un carton mais doit quelquefois se décanter pour mieux en apprécier ses valeurs…


Pour faire partie des rares experts en vins certifiés au monde, Kate doit réussir le très prestigieux concours de Master of Wine. Elle fait pour cela le choix de se rendre en Bourgogne, dans le domaine appartenant à sa famille depuis des générations. Elle pourra y approfondir ses connaissances sur le vignoble et se rapprocher de son cousin Nico et de sa femme, Heather, qui gèrent l’exploitation. La seule personne que Kate n’a guère envie de retrouver, c’est Jean-Luc, un jeune et talentueux vigneron, son premier amour. Alors qu’elle se lance dans le rangement de l’immense cave, elle découvre une chambre secrète contenant un lit de camp, des tracts écrits par la Résistance et une cachette pleine de grands crus. Intriguée, Kate commence à explorer l’histoire familiale, une quête qui la mènera aux jours les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale et à des révélations très inattendues.

Au fil des pages, Ann Mah nous confirme que l’œnologie est une science exacte qui impose connaissance, patience et passion. Souvent, elle se transmet de génération en génération, faisant corps avec l’histoire familiale. Ce roman joue avec le temps, il revient sur les épisodes les moins glorieux de la guerre tout en maintenant le lecteur dans le présent. L’auteur nous invite dans un domaine viticole où traditions et modernisations s’affrontent pour mieux se compléter. Grâce à ce mariage entre dégustations de bons vins et saga familiale, Ann Mah parvient à nous faire croire que cette histoire pourrait être vraie tant elle en a la saveur et l’amertume.

Régine ZOHAR

"La mémoire des vignes" d’Ann Mah. Éditions Le Cherche Midi. 475p. 22 €.

Extrait :

Cher journal,
Je me demande si c’est vraiment aussi idiot que j’en ai l’impression… Est-ce qu’il y a réellement d’autres filles qui écrivent ce genre de chose ? Je ne sais pas trop comment commencer, alors je commencerai par les faits, en bonne scientifique. Je m’appelle Hélène Charpin et, aujourd’hui, j’ai dix-huit ans. Je vis à Meursault, un village de la Côte-d’Or, en Bourgogne. Papa dit que notre famille fabrique du vin ici depuis que le duc de Bourgogne a planté des pieds de chardonnay sur les coteaux, il y a au moins cinq cents ans. En même temps, on sait que papa est prêt à exagérer un peu les références historiques si cela permet de vendre un ou deux tonneaux de plus. Il y a à peine quelques semaines, il a même raconté à un importateur américain que Thomas Jefferson avait introduit le vin de notre famille aux États-Unis. "C’est vrai ! a-t-il soutenu. Le gouttes-d’or était le bourgogne blanc préféré de Jefferson." Je ne sais pas trop si l’autre l’a cru, mais il a ajouté trois tonneaux à sa commande ; papa m’a fait un clin d’œil. Après le départ du client, qui a sauté dans son automobile pour filer dans un bruit de crécelle vers un autre domaine, papa a passé son bras sur mes épaules. "Léna, tu es mon porte-bonheur !" s’est-il exclamé.
(…)
"Une grande société reprenant une entreprise familiale de vins" Est-ce ainsi que se présenterait le destin du domaine de Jean-Luc ? Un conglomérat international s’en emparerait, le gérerait uniquement à coups de marges bénéficiaires et de surcoûts ? Je fis tourner le liquide doré dans le verre pour que l’alcool se dépose et coule le long de la paroi, et soudain, je compris que la chose la plus merveilleuse à propos du vin n’était pas sa beauté souple, ni la marque de son terroir ; non, c’était l’amour que son vigneron y avait inséré à chaque étape, un engagement qui remontait, sans faille, jusqu’à la naissance du vin. Si j’avais appris une chose de l’histoire d’Hélène, c’était que la gestion de cette terre était un privilège, que la responsabilité était une forme de liberté. Liberté. Ce mot pouvait avoir tellement d’interprétations différentes. Liberté devant l’oppression. Liberté devant le passé. Liberté de s’élever contre l’injustice. Rester et se battre pour ses valeurs était un héritage certainement aussi important que le terroir lui-même.

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