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Le Coin Lecture de Régine : "Murène" de Valentine Goby

mercredi 9 octobre 2019

Avec son livre "Murène", Valentine Goby aborde sans fausse pudeur le monde du handicap, disséquant minutieusement le basculement d’un destin ordinaire. Et l’apprentissage d’une nouvelle vie faite d’astuces et de défis humains mais aussi, et surtout, sportifs.


Hiver 1956, François a vingt-deux ans quand un accident le prive de ses bras. Bien au-delà de l’effroi, ce livre puissant raconte le combat de ce garçon, sa force et ses difficultés pour réintégrer non pas sa vie, mais une autre vie. Jusqu’au jour où, par-delà la vitre d’un aquarium, une murène lui réinvente un avenir et lui ouvre les portes d’une aventure singulière : les balbutiements du handisport.

Dans "Murène", l’écriture de Valentine Goby joue avec les styles pour mieux rythmer les évènements. Pour cette passionnée de transmission et d’histoire, ce treizième roman est l’occasion de soulever le voile sur le handisport, un sujet encore trop souvent méconnu voire ignoré lors des grands rendez-vous sportifs. Ce roman, parfaitement documenté, prouve que ces hommes et femmes ont dû affronter leur propre regard et jugement avant de se frotter à celui de la société. Mais quel chemin de souffrances, de vexations, de frustrations avant de plonger dans un bassin ! Et que dire de l’ingéniosité que chacun doit employer pour remplacer une partie de son corps, en l’occurrence des bras, dans la vie de tous les jours… Valentine Goby nous invite dans le quotidien d’un jeune homme entouré d’amour, elle nous incite à prendre inconsciemment la place de François, son héros. Comme lui, nous devons enfiler une chemise, un pantalon, manger ou bien nous laver. Comme lui, nous nous heurtons à une porte fermée, aux regards des passants et à cette impossibilité d’indépendance. Jusqu’à ce qu’enfin, après avoir fait le deuil d’un "avant", un autre monde s’ouvre, une renaissance indispensable pour ne pas sombrer, couler au fond d’un abîme. Fussent-ils sportifs ou pas, les handicapés physiques ne sont pas des invalides de la vie, et "Murène" leur rend un magnifique hommage…

Régine ZOHAR

"Murène", de Valentine Goby. Éditions Actes Sud. 384 p. 21,80 €.

"À l’origine du roman, l’image du champion de natation Zheng Tao jailli hors de l’eau aux Jeux paralympiques de Rio en 2016, qui flotte en balise cardinale parmi les remous turquoise. Je contemple l’athlète à la silhouette tronquée, son sourire vainqueur, sa beauté insolite. Autour, les gradins semi-vides minorent cette victoire. Je m’aperçois que j’ignore tout de l’histoire du handisport, ce désir de conformité avec les pratiques du monde valide en même temps que d’affirmation radicale d’altérité, qui questionne notre rapport à la norme. À travers le personnage de François, sévèrement mutilé lors d’un accident à l’hiver 1956, Murène en restitue l’étonnante genèse.
Mes romans s’attachent souvent à des personnages en résistance, luttant obstinément contre les obstacles, dont ils viennent à bout. François est de ceux-là, seulement la volonté ne suffit pas. À une époque où balbutie encore la rééducation, et où l’appareillage ne parvient pas à compenser les manques de son corps, l’imagination est encore le plus puissant recours contre le réel, que François tente de plier à ses désirs. Mais Murène est moins l’histoire d’un combattant que d’un mutant magnifique : la transformation profonde d’une identité et d’un rapport au monde quand l’obstacle devient chance de métamorphose. Le handisport en sera l’artisan, qui substitue alors à l’idée de déficience celle de potentiel, une révolution du regard et de la pensée. Dans l’eau des piscines, François devient semblable aux murènes, créatures d’apparence monstrueuse réfugiées dans les anfractuosités de la roche, mais somptueuses et graciles aussitôt qu’elles se mettent en mouvement.
L’œuvre d’Ovide évoque tour à tour les métamorphoses punitives qui emmurent les êtres et celles qui les délivrent. François connaît l’une puis l’autre, l’impuissance face à la tragédie que l’existence lui impose, mais aussi et surtout une mutation patiente, solaire, qui l’ouvre à des possibles insoupçonnés.’’

Valentine Goby

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