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Le Coin Lecture de Régine : "Peut-on parler des religions à l’école ?", d’Isabelle Saint-Martin

jeudi 12 septembre 2019

Au fil des pages, Isabelle Saint-Martin dresse un bilan des actions menées dans les écoles pour tenter de concilier religion et laïcité. Deux termes antinomiques dont la définition semble quelquefois à géométrie variable.


En 2002, le rapport Debray affirmait l’importance de reconnaître et d’enseigner le fait religieux. Pourtant, plus de quinze ans après, alors que la question a resurgi avec les attentats de 2015, le sujet revient à échéance régulière dans les discours politiques et l’on s’affronte encore sur les manières de s’y prendre ou sur le risque d’une atteinte à la laïcité. Au-delà de la chronique du débat sur l’enseignement des faits religieux, l’ouvrage propose une lecture distanciée des résistances et des difficultés mais aussi des avancées réalisées au fil des réformes successives des programmes. Que sont les "faits religieux" et en quoi est-il laïque de les aborder en classe ? Comment respecter le principe de neutralité sans esquiver le sujet ? Si l’histoire est souvent en première ligne, un plaidoyer particulier est consacré ici à l’approche par les arts, tant leur étude donne accès aux univers symboliques des religions, en favorisant tout à la fois une fine contextualisation et la sensibilité du regard.
Directrice d’études à l’EPHE-PSL, Isabelle Saint-Martin fut, dès 2002, associée à ces réflexions et a dirigé l’Institut européen en sciences des religions (IESR) au sein de l’Ecole pratique des Hautes Etudes.
Dans son livre, Isabelle Saint-Martin ne prétend pas détenir la solution à cette question maintes fois posée et commentée : comment concilier laïcité et religion dans les établissements scolaires. L’auteur fait un état des lieux des différentes étapes et décisions prises par les gouvernements successifs. Puis évoque les moyens mis en œuvre pour intégrer dans les programmes scolaires le fait religieux de façon à intéresser l’élève sans jamais dépasser les limites de l’objectivité. Préciser la frontière entre mythe et réalité, marier l’histoire aux croyances, mais aussi depuis la rentrée 2019, géopolitique et religion. Le but étant d’amener la jeunesse à davantage de tolérance, d’acceptation de "l’autre" et d’ouverture d’esprit. L’essentialité de ce défi en fait toute sa complexité tant il ne peut y avoir de généralité quant au résultat, dont Isabelle Saint-Martin doute qu’il soit positif d’un bout à l’autre de la France. Désirant apporter sa pierre à l’imposant édifice, l’auteur semble quant à elle convaincue que l’art pourrait apporter un autre regard sur la religion, désacralisant ce sujet sensible pour mieux en apprécier la beauté. Décidemment, les idées ne manquent pas tout comme les débats qui en découlent, preuve que la question reste toujours sans véritable réponse…

Régine ZOHAR

"Peut-on parler des religions à l’école ?" d’Isabelle Saint-Martin. Éditions Albin Michel. 224 p. 18 €.

Extrait :

Cependant, si un enseignement concernant les religions est régulièrement mentionné dans les discours officiels lors de la Journée de la laïcité organisée chaque année pour commémorer la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, la place que doit lui consacrer l’école continue de faire débat. Alors que les sondages montrent une France en tête des pays les plus sécularisés, pourquoi faudrait-il enseigner les "faits religieux" à l’école de la République ? Qu’entend-on par cette expression ? Quels sont les objectifs avoués ou supposés de ceux qui militent en faveur d’un tel enseignement et de ceux qui le redoutent ? Que se cache-t-il derrière ce serpent de mer pour lequel ont finalement plaidé des ministres de gauche comme de droite, mais qui semble se heurter à la rigidité du cadre scolaire ? Pourquoi ces propos récurrents si tout est déjà dans les programmes ? S’agirait-il plutôt d’une arlésienne ou, si l’on pose, comme le disent certains, que rien ne s’est fait ou presque depuis près de deux décennies, quels sont les freins ? En dépit de progrès réels qu’il faudrait évaluer, beaucoup reste à faire pour répondre aux attentes de connaissances (culturelles, historiques…) et de compétences (prise en compte de la diversité des croyances et convictions, place des religions dans la laïcité) espérées d’un enseignement qui croise des attentes multiples, demandant à être clarifiées, tant il est censé tout à la fois remédier à la perte d’une culture humaniste et renforcer le respect mutuel dans une société pluraliste…

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