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Le Coin Lecture de Régine : "Renaître" de Marion Bartoli

dimanche 1er septembre 2019

Pour la première fois, la championne de tennis Marion Bartoli, vainqueur du tournoi de Wimbledon 2013, se raconte dans une autobiographie, écrite avec la collaboration de Géraldine Maillet. Un récit unique et bouleversant.


« C’est mon histoire et je la raconterai de la même façon dans vingt ans. Ça me fait même du bien de plonger dans mes souvenirs. Je remonte des pentes depuis toute petite. Parfois je glisse, parfois je tombe, parfois je me casse, j’ai même connu plusieurs brancards et réanimations effrayantes mais je finis toujours par me relever et par remonter la piste ». Marion Bartoli

Le 6 juillet 2013, c’est fait ! Marion Bartoli vient de concrétiser son rêve : gagner Wimbledon ! La championne se confie et raconte son parcours pour le moins atypique entre sacrifices et entraînements difficiles jusqu’à l’épuisement parfois, elle ne cesse d’évoquer sa relation très forte nouée avec son père... De ses premières sensations sur les courts jusqu’à sa victoire à Wimbledon ; Marion Bartoli n’esquive aucune étape de sa carrière. Toutes les difficultés pour y parvenir semblent dérisoires face aux jours sombres qui vont suivre. En août de la même année, à la stupéfaction générale, la championne tout juste âgée de vingt-huit ans, annonce sa retraite à Cincinnati ne pouvant plus endurer souffrances et blessures : « Le moment est venu. (...) Mon corps est juste à bout, je n’y arrive tout simplement plus. » Puis vient le récit d’une relation amoureuse toxique qui l’entraîne dans les affres d’un amaigrissement inquiétant, une histoire qui l’abimera ; la consumera. Là encore, elle triomphera, gagnant le dernier set mais à quel prix…

Sans pudeur, en 300 pages, Marion Bartoli raconte cette part de sa vie, vie de championne blessée et de femme meurtrie. Un récit bouleversant !

Régine ZOHAR

"Renaître", de Marion Bartoli, avec Géraldine Maillet. Éditions Flammarion. 300 p. 19,90 €.

Extrait :
Préambule. 6 juillet 2013
Je suis logée à Wimbledon, sur Draxmont, dans la même rue que Serena et Venus Williams. Dans un petit appartement qui me protège de tout. Je fais mes courses, toute seule, je dîne toute seule, je dévore mon bol de porridge face à mon ordinateur et mon cumul de développés couchés, grand dorsal gainé, trapèzes toniques, deltoïde postérieur tendu, biceps saillants, pectoraux de bonhomme, récupération, série de pompes, récupération, série de squats, je gagne facile, je frôle l’acide lactique, je transpire, je sèche, je souffre, je performe, je suis sereine. Depuis le début de cette quinzaine, je n’ai aucun stress. Je suis arrivée du tournoi de Eastbourne, souffrante, je me suis auto-diagnostiquée un virus de fatigue. Une épave sans but précis à part celui de n’avoir rien à perdre.
Hier soir, j’ai encore mangé un filet de saumon et des légumes, le même menu depuis deux semaines et je me suis endormie d’une traite. La séance de musculation de mon jour off m’a déchiquetée, mais je suis rassurée par ma fatigue, j’ai le sentiment du travail bien accompli, du bon petit soldat en ordre de marche, ce que je sais faire de mieux depuis que j’ai touché une raquette.
Il ne peut rien m’arriver. Cet après-midi, c’est ma seconde finale de Wimbledon après celle ratée de 2007. Je connais ce court central par cœur, la peur de ce jour J, la frustration d’avoir manqué ce rendez-vous avec mon destin de joueuse. Je connais l’échec mieux que n’importe qui.
Aujourd’hui, c’est ma dernière chance. J’aime ce Wimbledon sans repère. Je n’ai plus ma structure habituelle, je n’ai plus mon père qui m’entraîne, je n’ai jamais été aussi isolée et solide.
Sabine Lisicki est mon adversaire du jour. Je suis mieux classée qu’elle à la Women’s Tennis Association (WTA), 15 et elle 22, mais les bookmakers me voient outsider. La dernière fois, ici, en 2011, elle m’a sortie en quart. Je n’ai pas la cote. Je suis à 2,60. Nos dernières rencontres leur donnent raison. Je respire pour qu’ils aient tort. Ça donne quoi la frustration d’une finale gâchée exprimée en cote ? Je suis là, je vis pour ça, je vieillis pour ça, c’est mon ring plus que le sien.
À Wimbledon, il y a deux vestiaires femmes. Le luxueux du premier étage pour les anciennes gagnantes, ou celles du Top 15, et un plus anonyme au rez-de-chaussée pour toutes les autres joueuses.
Je suis en haut, elle est en bas. C’est un signe, Marion. Le vestiaire est vide, il est à toi. Tous ces fantômes me donnent de la force. Je veux faire partie d’eux, je veux hanter les lieux à jamais, je veux côtoyer Suzanne Lenglen, Billie Jean King, Martina Navrátilová, Steffi Graf, Jana Novotná… C’est ma journée. J’ai rendez-vous avec mon histoire et celle de Wimbledon.
Faire descendre la pression. Ne pas reproduire la fessée de 2007. Je rigole avec mon équipe du moment supervisée par Amélie Mauresmo. Il y a Thomas Drouet mon sparring-partner et Nicolas Perrote mon préparateur physique et Antonin Mouchet mon kiné. Je ne dois pas m’enfermer dans l’événement, dans cette ambiance feutrée et protégée. J’imagine Lisicki en train de faire des allers retours et jouer le match cent fois dans sa tête. Mon expérience me tient chaud.
Allez, Marion. Je dois être prête, sur le qui-vive comme pour un dernier combat de boxe. Prête à jaillir et à bondir à la gorge. Peu importe mon look, ma tronche, ma coiffure. Je serai belle ou pas, décoiffée ou pas, désirable ou pas, élégante ou pas, boudinée ou pas. Je veux juste l’atomiser et inscrire mon nom sur la coupe.
Ma tenue est rodée. C’est la même depuis le premier jour. Le shorty blanc Wimbledon et les poignets en éponge que j’ai achetés la veille de l’ouverture du tournoi dans une des boutiques des produits dérivés. La robe Lotto de mon sponsor. J’ai besoin de porte-bonheur...

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