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Le compositeur Benjamin Dupé libère son « fantôme » au Festival d’Aix-en-Provence

lundi 23 juin 2014

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Benjamin Dupé, impatient d’activer son instrumentarium entre les murs de la salle du Bois de l’Aune (Photo M.E.)

"Fantôme, un léger roulement, et sur la peau tendue qu’est notre tympan" : drôle de titre pour un concert spectacle, non ? Et pourtant, si proche de la réalité. "Fantôme…" a été créé en 2012 au théâtre du Merlan à Marseille et, depuis, s’est promené dans de nombreuses salles. Pour le Festival d’Aix-en-Provence, l’ectoplasme virtuel recouvre ce 25 juin sa liberté entre les murs de la salle du Bois de l’Aune, au Jas de Bouffan, pour une vingtaine de représentations programmées à cheval entre "Aix en juin" et "le" Festival.

Rencontre avec Benjamin Dupé, l’homme à qui l’on doit cette composition pour sons électroacoustiques, instruments mécaniques et objets sonores pilotés

"Ca va être très beau dans cette salle !" Benjamin Dupé est visiblement satisfait des installations du Bois de l’Aune alors qu’il débute, avec ses collaborateurs, l’installation d’un dispositif sonore extraordinaire, au sens propre du terme. Et il poursuit : "Ici, ça va respirer. On peut s’installer au milieu de la salle, confortablement, et il y a des points de fuite. C’est vraiment différent que lorsqu’on est collé aux murs d’un théâtre". Avant de poursuivre, essayons d’expliquer rapidement le dispositif. Un grand carré, au centre de la salle, entouré de rideaux noirs. Un espace où sont installés les instruments et mécanismes qui vont générer les sons. Et au cœur de cet espace, assis, allongés, les 50 spectateurs auditeurs acceptés à chaque séance vont vivre un moment sonore exceptionnel.
"Ce concert spectacle, confie Benjamin Dupé, est le prolongement d’un travail que je mène depuis des années sur la situation de l’écoute. Ce qui m’intéressait, c’était de refuser la situation frontale entre le spectateur et l’orchestre, mais de placer le spectateur à l’intérieur même de la production sonore. Ainsi installé en situation d’immersion, le spectateur vit une expérience différente où son corps devient partie prenante du spectacle. Le phénomène vibratoire est très lié au corps et si le titre du spectacle est celui que vous citez plus haut, c’est parce que le tympan est un prolongement de la peau du corps. La deuxième idée était de travailler sur la proximité, sur l’intime, sur une esthétique de l’infime, du bruissement du grain qui s’écoule, de la caresse. Un travail sur l’impalpable, sur le fantomatique. C’est la recherche d’une esthétique musicale qui ne fonctionne pas sur un découpage agressif, incisif, mais sur le caressant, l’envoûtant, l’effleuré…"

Une fois le projet posé sur le papier, Benjamin Dupré s’est attaqué à la réalisation d’un instrumentarium improbable avec des écoulements de graines, de sable, des vibrations de métal ou de papier… "De A à Z, il a fallu deux bonnes années de travail, à Olivier Thomas, le scénographe, et à moi-même, pour finaliser la mise en place du dispositif et débuter trois semaines de vérification de l’œuvre, de répétitions, en quelque sorte…" Car ce qu’il faut savoir c’est qu’ici aussi tout est écrit. La seule différence avec ce que l’on a l’habitude de voir, c’est que la partition est lisible sur un écran d’ordinateur, pas sur le papier.

"Tout est écrit à la milliseconde près. Il n’y a aucune place pour l’aléatoire. Tout est contrôlé et contrôlable. Et je peux prendre la main à n’importe quel moment du spectacle si besoin est. Comme un pilote d’avion passe du pilotage automatique au manuel. Enfin, il y a une vraie dimension plastique de ce projet ; il y a des moteurs cachés, des dispositifs particuliers afin que chaque spectateur vive quelque chose
de personnel et que pour chaque place il y ait un rendu cohérent et intéressant. Tout ceci se pense, se travaille…
"

En parlant de travail, signalons que la mise en œuvre du dispositif nécessite pas moins de neuf services de techniciens et musiciens. Élève au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Benjamin Dupé reconnaît avoir bénéficié de l’ouverture des enseignements et aussi d’avoir pu étudier et être formé par Alain Savouret "un maître de l’électroacoustique". Alain Savouret enseignait au CNSM où il avait créé la classe d’improvisation générative, classe expérimentale et interdisciplinaire. Il a développé une pensée et une pratique musicales s’appuyant sur "l’auralité" (du latin auris ; l’oreille), dans une perspective qu’il nomme phonoculturelle".

Benjamin Dupé n’a pas pour autant renié les instruments traditionnels. Son premier spectacle intitulé "Comme je l’entends" était un duo enregistré de guitare et voix. Et le prochain, intitulé "Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupière" est une œuvre pour quatuor à corde et comédien. Le prélude, pour altiste et comédien, devrait être créé en juillet au festival d’Avignon.

Explorateur du son, architecte de spectacles uniques, le compositeur, qui n’a pas encore 40 ans, n’oublie pas ses bases. "Bach, je l’aime. Je l’ai joué à la guitare, c’est une musique que je connais assez bien. La dimension architecturale de ses œuvres est très intéressante. Mais on peut le dire pour de nombreux autres compositeurs. Chez Bach c’est la dimension religieuse et spirituelle qui me pose le plus de questions. Je vis dans une société multiculturelle et c’est cette dimension multiculturelle qui moi, m’intéresse aujourd’hui…" Passé, présent, avenir. Pour "Fantôme, un léger roulement, et sur la peau tendue qu’est notre tympan" on reconnaîtra quelques phrases musicales de l’Orféo de Monteverdi, le père éternel de l’opéra. "Une référence au fantomatique" s’amuse Benjamin Dupé.

Michel EGEA

Pratique
Représentations du 25 juin au 5 juillet, salle du Bois de l’Aune au Jas de Bouffan.
Le spectacle dure une heure et est accessible avec le Pass.
Des séances sont organisées pour les scolaires. Vu le nombre de place limité, il est conseillé de réserver au 0820 922 923.
Festival d’Aix

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