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Les livres de l’été dans la Bibliothèque de Mireille : "Je te vois" et "Te laisser partir" de Clare Mackintosh

dimanche 23 juillet 2017

Je te vois

Je te vois est le nouveau thriller psychologique de Clare Mackintosh. L’auteur, aujourd’hui journaliste indépendante et écrivain, après douze ans dans les forces de police, confirme avec ce roman son habilité à élaborer des intrigues saisissantes.

Zoe Walker découvre par hasard son portrait dans les petites annonces d’un journal londonien. Pour ses proches, c’est la photo d’une femme qui lui ressemble vaguement, rien de plus. L’image floue illustre une publicité pour un site internet. Apparait dessus un simple numéro de téléphone et un site web. Les jours passent et d’autres photos de femmes se succèdent à tel point qu’elle décide de mener l’enquête. Qui sont ces femmes ? S’agit-il d’une erreur ? D’une coïncidence ?

Extrait : Je continue à feuilleter mon journal mais le sport ne m’intéresse pas et, au point où j’en suis de ma lecture, il reste surtout des publicités et des critiques de pièces de théâtre. À ce rythme, je ne serai pas chez moi avant dix-neuf heures : il faudra se contenter de quelque chose de vite fait ce soir au lieu du poulet rôti que j’avais prévu de préparer. Simon est aux fourneaux en semaine et moi, le vendredi soir et le week-end. Il s’en chargerait aussi si je le lui demandais, mais il n’en est pas question. Je refuse qu’il cuisine pour nous – pour mes enfants – tous les soirs. J’achèterai peut-être un plat chez le traiteur.
J’évite la rubrique économique et considère les mots croisés, mais comme je n’ai pas de crayon sur moi je lis les petites annonces en me disant que je trouverai peut-être un emploi pour Katie – ou pour moi, pourquoi pas ? Même si je sais pertinemment que je ne quitterai jamais Hallow & Reed. Je gagne bien ma vie, je maîtrise ce que je fais maintenant, et s’il n’y avait pas mon patron, ce serait parfait. La plupart des clients sont gentils. En général, ce sont des start-ups en quête de locaux, des entreprises prospères prêtes à s’agrandir. Nous gérons peu de biens à usage d’habitation, mais les appartements situés au-dessus des commerces conviennent aux primo-accédants et à ceux qui cherchent quelque chose de plus petit. Je rencontre pas mal de personnes récemment séparées. Parfois, quand le cœur m’en dit, je leur avoue que je sais ce qu’ils traversent.
— Vous vous en êtes bien sortie, au final ? demandent toujours les femmes.
— C’est la meilleure décision que j’aie jamais prise, réponds-je avec assurance.
C’est ce qu’elles ont envie d’entendre.
Je ne trouve pas de boulot pour une aspirante actrice de dix-neuf ans, mais corne une page où j’ai repéré un poste de responsable administrative. Il ne fait pas de mal de savoir ce qu’offre le marché de l’emploi. L’espace d’un instant, je me vois entrer dans le bureau de Graham Hallow pour lui remettre ma démission, lui annoncer que je ne supporte plus qu’il me parle comme à un chien. En remarquant le salaire imprimé au bas de l’annonce, je me souviens du temps qu’il m’a fallu pour gravir peu à peu les échelons avant de gagner de quoi vivre décemment. Faute de grives, on mange des merles, comme dit le proverbe.
Les dernières pages de la Gazette sont consacrées aux demandes d’indemnisation et aux informations financières. J’évite soigneusement les annonces de prêts bancaires – vu les taux d’intérêt, il faudrait être fou ou désespéré – et jette un coup d’œil au bas de la page où sont regroupées les publicités pour le téléphone rose.
Femme mariée recherche plan sexe discret. Contacte ANGEL par SMS au 69998 pour photos.
Ce sont les tarifs exorbitants des SMS qui me font tiquer plus que le service proposé. Qui suis-je pour juger les mœurs des autres ? Je m’apprête à tourner la page, résignée à lire le compte rendu du match de foot d’hier soir, quand l’annonce au-dessous de celle d’Angel attire mon attention.
L’espace d’un instant, je me dis que je dois avoir la vue fatiguée : je cligne fort des paupières sans que cela change quoi que ce soit.
Je suis si absorbée par ce que j’ai sous les yeux que je ne remarque pas que le train redémarre. Il repart brusquement et, projetée de côté, je tend la main par réflexe, touchant la cuisse de mon voisin.
— Excusez-moi !
— C’est rien, pas de souci.
Il m’adresse un sourire que je me force à lui rendre, même si mon cœur bat la chamade et que je ne peux pas détacher les yeux de l’annonce. Elle comporte les mêmes mises en garde à propos des tarifs d’appel que les autres encarts publicitaires et, en haut, se détache un numéro en 0809 et une adresse Internet : www.trouvel-amesœur.com. Mais c’est la photo qui m’interpelle. Cadrée tout près d’un visage féminin, elle permet pourtant de voir distinctement des cheveux blonds et de deviner un haut noir à bretelles. Plus âgée que les autres femmes qui étalent leurs charmes sur la page, il est difficile de lui donner un âge précis tant la photo est médiocre. Mais il se trouve que je connais son âge. Je sais qu’elle a quarante ans. Parce que c’est une photo de moi.

"Je te vois", un livre de la sélection d’été de la Bibliothèque de Mireille.

Mireille SANCHEZ

"Je te vois", de Clare Mackintosh. Éditions Marabout. 462 pages.19,90 €.


Te laisser partir

Ce premier roman magistral, écrit par une ex-commandant des forces de police britanniques, est un thriller psychologique d’une rare intensité, aux rebondissements à couper le souffle.
Une mère accablée par la mort de son enfant. Un capitaine de police déterminé à lui faire justice, jonglant entre tensions familiales et obligations professionnelles. Une femme fuyant son passé, résolue à construire une nouvelle vie.


Un accident tragique. En une fraction de secondes, le monde de Jeanna Gray’s s’est brisé. Prête à tout pour échapper à son passé, son seul espoir est de refaire sa vie ailleurs. Elle s’installe sur la côte galloise, mais Jenna reste hantée par ses craintes, sa douleur et le souvenir de cette nuit de novembre qui a changé sa vie pour toujours.

Extrait : Je ne sais pas combien de jours ont passé depuis l’accident, ni comment j’ai fait pour tenir toute la semaine alors que j’ai l’impression d’avancer dans le brouillard. Je ne sais pas ce qui me fait penser qu’aujourd’hui, c’est le bon jour. Mais c’est comme ça. Je ne prends que ce qui tient dans mon fourre-tout, sachant bien que si je ne pars pas maintenant, je ne partirai sans doute jamais. J’erre dans la maison en essayant d’imaginer que c’est la dernière fois. Cette pensée est à la fois terrifiante et libératrice. Est-ce que je peux vraiment faire ça ? Est-il possible de simplement abandonner une vie pour en commencer une autre ? Je dois essayer : c’est mon unique chance de m’en sortir en un seul morceau.
Mon ordinateur portable est dans la cuisine. Il contient des photos, des adresses, des informations importantes dont je pourrais un jour avoir besoin et que je n’avais pas pensé à conserver ailleurs. Je n’ai pas le temps de le faire maintenant, et bien qu’il soit lourd et encombrant, je le mets dans mon sac. Il ne me reste plus beaucoup de place, mais je ne peux pas partir sans une dernière relique de mon passé. Je me débarrasse d’un pull et d’une poignée de tee-shirts pour pouvoir emporter le coffret en bois où je cache mes souvenirs, entassés les uns sur les autres sous le couvercle en cèdre. Je ne regarde pas à l’intérieur, c’est inutile. Il renferme des journaux intimes de mon adolescence, tenus de manière irrégulière et avec certaines pages arrachées après les avoir regrettées ; un élastique avec des places de concerts ; mon diplôme de fin d’études ; des coupures de journaux de ma première exposition. Et les photos du fils que j’aimais de toutes mes forces. De précieuses photos. Si peu pour quelqu’un de tant aimé. Un si petit impact sur le monde, et pourtant le centre du mien.
Incapable de résister, j’ouvre le coffret et sors la photo du dessus : un Polaroïd pris par une sage-femme à la voix douce le jour de sa naissance. C’est un tout petit bout de rose, à peine visible sous la couverture blanche de l’hôpital. Sur la photo, mes bras sont figés dans la position maladroite de la jeune maman, submergée d’amour et épuisée. Tout avait été si précipité, si effrayant, si différent des livres que j’avais dévorés pendant ma grossesse, mais l’amour que j’avais à donner n’avait jamais faibli. Soudain incapable de respirer, je remets la photo à sa place et glisse le coffret dans mon fourre-tout.
La mort de Jacob fait la une des journaux. Elle me poursuit à la station-service que je croise, à l’épicerie du coin et dans la queue de l’arrêt de bus où j’attends comme si je n’étais pas différente des autres. Comme si je ne m’enfuyais pas.
Tout le monde parle de l’accident. Comment cela a-t-il pu arriver ? Qui a pu faire ça ? Chaque montée apporte son lot de nouvelles fraîches, et des bribes de conversations auxquelles je ne peux pas échapper me parviennent.
C’était une voiture noire.
C’était une voiture rouge.
La police est sur le point d’arrêter quelqu’un.
La police n’a aucune piste.
Une femme s’assoit à côté de moi. Elle ouvre son journal et j’ai soudain l’impression qu’on m’appuie sur la poitrine. Le visage de Jacob me fixe, ses yeux meurtris me reprochant de ne pas l’avoir protégé, de l’avoir laissé mourir. Je me force à le regarder et un nœud se forme dans ma gorge. Ma vision se trouble et je ne parviens pas à lire le texte, mais cela n’est pas nécessaire, j’ai vu une version de cet article dans tous les journaux devant lesquels je suis passée aujourd’hui. Les déclarations d’enseignants bouleversés, les mots sur les fleurs déposées au bord de la route, l’enquête ouverte puis suspendue. Une deuxième photo montre une couronne de chrysanthèmes jaunes sur un cercueil effroyablement petit. La femme pousse une exclamation indignée et se met à parler ; elle parle toute seule, selon moi, mais elle s’attend peut-être à ce que je donne mon avis.
— Affreux, non ? Et juste avant Noël, en plus.
Je ne dis rien.
— S’en aller comme ça sans s’arrêter ! s’indigne-t-elle à nouveau. Remarquez, il avait cinq ans. Quel genre de mère laisse un enfant de cet âge traverser la route tout seul ?
C’est plus fort que moi, je laisse échapper un sanglot. Sans que je m’en aperçoive, des larmes chaudes coulent le long de mes joues puis dans le mouchoir gentiment placé dans ma main.
— Pauvre chou, dit la femme comme si elle consolait un enfant. (Je ne sais pas très bien si elle parle de moi ou de Jacob.) Personne ne peut imaginer une chose pareille, non ?
Moi si, et j’ai envie de lui dire que peu importe ce qu’elle imagine, c’est mille fois pire. Elle me tend un autre mouchoir, froissé mais propre, et tourne la page de son journal pour lire un article sur les illuminations de Noël à Clifton.
Je n’ai jamais pensé que je m’enfuirais un jour. Je n’ai jamais pensé que j’en aurais besoin.

"Te laisser partir", un livre de la sélection d’été de la Bibliothèque de Mireille.

Mireille SANCHEZ

"Te laisser partir", de Clare Mackintosh. Éditions Marabout. 320 pages.19,90 €.

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