Retrouvez-nous sur :  
Suivre la vie du site
DestiMed
L’info des deux rives


Accueil > Culture > Littérature > Les livres de l’été dans la Bibliothèque de Mireille : "L’île au rébus" de (...)

< >

Les livres de l’été dans la Bibliothèque de Mireille : "L’île au rébus" de Peter May

dimanche 16 juillet 2017

Avec "L’île au rébus", Peter May, formidable écrivain, livre une enquête passionnante, un roman de très grande qualité. Tout en détails et en précisions, tenant en haleine tout en offrant des pauses pour reprendre sa respiration, l’auteur nous entraîne (une fois encore) dans un récit captivant.


Voilà vingt ans qu’Adam Killian est mort sur Groix, cette île où jamais aucun crime n’avait eu lieu de mémoire d’homme mais où ce retraité anglais, passionné d’entomologie, a été brutalement assassiné. Et depuis vingt ans sa belle-fille tient scrupuleusement le serment qu’elle lui a fait de ne rien déplacer dans son bureau, là où le défunt a laissé des indices qui permettraient à son fils de confondre son meurtrier, sans imaginer que celui-ci trouverait la mort quelques jours après lui ni que personne ne parviendrait à identifier le coupable. Tenu par sa promesse d’élucider cette quatrième affaire non résolue du best-seller Assassins sans visages, Enzo Macleod, le spécialiste des scènes de crime, débarque sur la petite île bretonne où nul ne souhaite voir ressurgir ce fait-divers infamant. Dans le bureau d’Adam Killian l’attendent un étrange rébus et les plus insondables secrets de la vie d’un homme. Avec cette nouvelle énigme de sa série française, Peter May nous invite à un huis clos oppressant sur l’une des îles les plus fascinantes du littoral breton.

Six semaines plus tard.
Killian ferma la porte de son bureau et gravit l’escalier dans le noir. Lorsqu’il arriva dans la mansarde, il alluma la lumière et reçut un choc en voyant un vieillard voûté au visage gris le regarder dans le miroir de la coiffeuse. L’épaisse chevelure blanche avait disparu. Des cernes sombres enfonçaient les yeux, une peau flasque pendait des joues et du cou. Il se demanda où était passé l’homme encore jeune qui, voilà bien des années, avait débarqué le cœur plein d’espoir sur les côtes du vert pays anglais.
Désormais, son cœur était rempli de peur. Pas la peur de mourir, car c’était inévitable. Mais la peur de ne pas pouvoir achever ce qu’il avait commencé. La peur que son persécuteur demeure impuni. Il avait eu le tort de se fier à quelqu’un d’autre et s’était rendu compte trop tard de son erreur. Il regarda par la fenêtre, vers la maison, au-delà de la pelouse. Il n’y avait pas de lumière. Mais il lui sembla apercevoir un mouvement au milieu des arbres. Une silhouette qui se déplaçait d’ombre en ombre. Après avoir scruté l’obscurité pendant une minute, il décida que son imagination lui jouait des tours. Se détournant de la fenêtre, il traversa la pièce d’un pas incertain, appuyé sur sa canne, un bâton de noisetier dont la poignée sculptée en forme de tête de hibou s’adaptait parfaitement à sa paume. Le lit plia sous son poids lorsqu’il s’y assit avant de décrocher le téléphone. Si seulement Peter était rentré, il lui aurait tout raconté. Il se maudit de ne pas l’avoir fait plus tôt.
La sonnerie aiguë du téléphone résonna au loin jusqu’à ce qu’une voix aux accents familiers réponde :
– Allô ?
Comme il aurait voulu pouvoir poser la tête sur la poitrine de la jeune femme et pleurer, se rouler en boule, retrouver la sécurité du ventre maternel.
– Jane, c’est Papa. Ne dis rien, écoute-moi.
D’une voix inquiète, elle demanda aussitôt :
– Que se passe-t-il, Papa ?
– Je t’ai dit de m’écouter, Jane, reprit-il en s’efforçant de garder son calme. J’ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi, et je ne veux surtout pas qu’il y ait de méprise.
Il marqua une pause et n’entendit que le silence à l’autre bout de la ligne. Enfin, presque. Il percevait le son d’une respiration courte, saccadée. Il avait toute son attention.
– Bien. Je sais que Peter ne rentre pas d’Afrique avant le mois prochain. Si je suis toujours là, je lui parlerai moi-même. Mais, sinon… s’il m’arrive quelque chose… je veux que tu lui dises de venir ici immédiatement.
– Pour l’amour du ciel, Papa, de quoi parlez-vous ? Vous vous sentez plus mal ?
– Jane ! Si pour une raison ou une autre, je ne suis plus là, il faut qu’il vienne ici. Je lui ai laissé un message. Il le trouvera dans mon bureau. Mais, écoute bien, Jane… en attendant son retour, tu dois absolument veiller à ce qu’on ne touche à rien dans la pièce, qu’on n’enlève rien. Je veux que tu me le promettes.
– Mais, Papa…
– Promets-le, Jane !
– Je vous le promets. Mais… quel genre de message ?
– Un message qui n’a de sens que pour Peter, Jane. Il saisira tout de suite ce que ça signifie.
Il savait que son fils comprendrait. De cette compréhension jaillirait la lumière. Quelle ironie que ce soit au fils d’achever le travail.

"L’île au rébus", un livre de la sélection d’été de la Bibliothèque de Mireille.

Mireille SANCHEZ

"L’île au rébus", de Peter May. Éditions Le Rouergue. 304 pages. 20,00 €.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Signaler un contenu ou un message illicite sur le site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.