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Les livres de la rentrée dans la Bibliothèque de Mireille : Entretien avec Mark Zellweger pour son dernier opus "XTrème préjudice"

dimanche 10 septembre 2017

Apportant sa touche très personnelle, "pure helvétique" à ses récits, l’auteur suisse nous entraîne dans une succession d’aventures entre intrigues et suspenses. Spécialiste de stratégie marketing dans l’industrie internationale et de géostratégie auprès de certains services secrets pendant de longues années, Mark Zellweger se sert aujourd’hui de son expérience unique pour rendre ses romans crédibles et plus proches que jamais de l’actualité. Inaugurant en 2014 avec la parution de "L’envol des Faucons", le "Réseau Ambassador et l’agence de services secrets le Sword", l’auteur propose à chaque fois une intrigue totalement indépendante des autres. Ainsi chaque tome de la série peut se lire distinctement. Fort du succès de ses premiers opus, Mark Zellweger publie aujourd’hui XTrème préjudice, confirmant sa place d’auteur de best-sellers dans le monde francophone !

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Photo Mark Zellweger/Eaux Troubles
(photo MZ)

Rencontre avec l’auteur…

Destimed : Bonjour Mark Zellweger. Diriez-vous que l’écriture est un exercice stratégique ?
Mark Zellweger : Je dirais qu’écrire des livres de suspense d’espionnage demande de bien doser les ingrédients qui entrent dans la composition de l’ouvrage afin de ne pas lasser son lectorat. Il y a donc une partie stratégique pour les intrigues.

Ce temps de solitude et d’isolement que nécessite l’écriture n’est-il pas antagoniste avec vos activités professionnelles passées ?
Pas vraiment, car j’ai eu mes périodes ascétiques dans mes diverses fonctions. On ne peut pas toujours être au front. Il faut aussi des moments de réflexion.

Avez-vous un rituel pour écrire ?
J’écris tous les jours de 5h30 à 10h. Ensuite, je passe une partie de la journée en recherches complémentaires. Je me détends aussi.

Pensez-vous comme Pessoa que "la littérature est la preuve que la vie ne suffit pas" ?
La littérature, pour moi, fait partie de la vie ! C’est, en tout cas, un élément fondamental de la mienne.

La thématique de vos livres est récurrente et s’inscrit comme une série, comment se présente l’avenir pour "le Sword" et pour le "réseau Ambassador" ?
Le Réseau Ambassador se nourrit des crises réelles ou potentielles. Dans le prochain on va aller au Cachemire, alors que le Pakistan et l’Inde se surarment !

Votre personnage principal, Mark Walpen, porte votre prénom, exerce la profession qui a été la vôtre… vous avez eu besoin de recourir à ces similitudes ?
En fait Mark Walpen monte un service d’espionnage idéal qui correspond à mes convictions profondes et, certainement s’oppose à ce que j’ai vécu sur certains points. Il y a donc là, une certaine logique.

Action, suspense, sont au cœur de vos romans au demeurant fort plaisants à lire, la distraction du lecteur est-elle votre seule préoccupation ou pensez-vous l’amener à une réflexion sur la géopolitique internationale ?
Je ne souhaite donner aucune leçon, mais j’offre, il me semble, la possibilité au lecteur d’avoir une grille de lecture des événements géopolitiques moins conventionnelle que dans la presse ou ailleurs.

S’il en est une, quelle a été la difficulté rencontrée au commencement de l’écriture de "L’Envol des Faucons" ? Et qu’en est-il aujourd’hui alors que vous publiez depuis, un roman par an ?
Avec le premier livre, j’ai dû apprendre à écrire, car pour moi, devenir écrivain a demandé un apprentissage. Aujourd’hui, c’est bien plus aisé à réaliser !

Le Sword, le service secret et d’action imaginé dans vos romans, n’intervient-il pas sur le terrain dans des cadres quelquefois "borderline" ?
Borderline, par rapport à ce que font les États, oui ! Mais dans la réalité, un bon service d’espionnage est toujours borderline s’il veut être efficace. La problématique aujourd’hui, c’est que les pouvoirs veulent de plus en plus des services secrets à leurs bottes et c’est antinomique !

Le dysfonctionnement du monde géopolitique comme terrain de jeu du romancier ? Où s’arrête la réalité, où commence la fiction ?
La réalité dépasse souvent la fiction. Regardez l’assassinat du demi-frère de Kim Jong-un, je ne l’avais pas prévu dans Xtrême préjudice et pourtant je parle des armes chimiques et bactériologiques de la Corée du nord !

Vous avez déclaré sur une chaîne de TV (TV5MONDE) "Les Occidentaux se mêlent d’affaires qui ne les regardent pas", vos romans réajustent-ils certaines vérités ou contre-vérités ?
Je dirais plutôt que je remets parfois l’église au milieu du village, comme on dit chez nous. Je m’intéresse à l’envers du décor ou à la partie immergée de l’iceberg.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous intéresse dans la sphère mondiale de la géopolitique, dans les jeux stratégiques de pouvoir ?
Ce qui m’amuse, c’est ce jeu de dupe des pouvoirs, quels qu’ils soient.

Le romancier a-t-il une liberté de "parole" que n’avait pas le consultant ?
Le romancier a une liberté très élevée, c’est le charme du genre. Quand j’ai été amené à exprimer mes visions des choses, j’étais aussi extrêmement libre de mes propos, mais la décision politique m’échappait totalement !

Et dans vos romans, la réalité dépasse-t-elle la fiction ou est-ce l’inverse ?
Elles se rejoignent la plus part du temps ou se chevauchent.

Un mot pour les lecteurs de Destimed ?
Heureux d’avoir participé à cette interview ensoleillée et bonne lecture de mes aventures !

Propos recueillis par Mireille SANCHEZ

Xtrême Préjudice

C’est avec le même talent d’écriture que Mark Zellweger met en scène son nouvel opus, confirmant son acuité et sa réelle connaissance géopolitique du monde, et jouant de l’actualité sans jamais de départir d’une pointe d’humour et de son flegme helvétique. Ce nouveau roman, comme les précédents, est tout à la fois léger et sérieux, captivant, laissant à chaque fois le lecteur dans l’attente impatiente d’une nouvelle histoire.


On retrouve la BMW du président du CIO toutes portes ouvertes au bord du lac à Lausanne. Où est passé le président ? Pendant ce temps le professeur Ayer, grand ponte de virologie et d’épidémiologie à l’OMS, n’a plus donné de signes de vie alors qu’il était en Afrique de l’Ouest afin de comprendre l’épidémie d’Ebola qui l’intriguait au plus près. La situation internationale se tend considérablement avec des tentatives de lancement de missiles de moyenne portée et des essais nucléaires par la Corée du nord. Mark Walpen est alerté par son père : lui et les enfants de Mark, Zoé et Elliott, ont été victimes d’un acte terroriste barbare et innommable. Mark vit un nouveau drame dans sa vie ! Un rapport confidentiel américain dénonce l’Arabie Saoudite comme commanditaire des attentats du 11 septembre. Quel rapport avec nos protagonistes ? Une fois de plus les stratèges du Sword vont devoir dénouer les intrigues et trier le vrai du faux. Les Faucons partiront en quête des différents responsables. La sanction risque d’être terrible. Un suspens incroyable par le nouveau maître du roman d’espionnage !

Extrait :
15 septembre 1990. En ce samedi de fin d’été, une Mercedes 600 S Pullman noire des années soixante, chromes rutilants, se présentait discrètement devant une enceinte militarisée à l’extrême. Il était onze heures du matin à peine. Une belle journée ensoleillée s’annonçait, balayée par un léger vent de nord à nord-est. La voiture du président Kim Il-sung venait de parcourir les cinquante-cinq kilomètres entre la capitale Pyongyang et le port de Nampo au sud-ouest, malgré l’état des routes qui laissait à désirer.
Le véhicule traversa la base navale qui s’étalait sur des centaines d’hectares, pénétra dans la zone réservée au camp d’entraînement d’un des bataillons de Forces spéciales de Corée du Nord et, finalement, se présenta devant un portail qui s’ouvrit aussitôt.
Le chauffeur avança de quelques mètres et se gara. Un général au garde à vous, comme figé dans l’acier, attendait qu’on ouvre la portière du véhicule du chef suprême du Parti et de la République démocratique de Corée. Kim Il-sung, le sourire aux lèvres, sortit lentement et s’approcha. Il salua son subordonné qui se mit au repos :
– Monsieur le Président.
– Général, ravi de vous rencontrer en de telles circonstances. Veuillez me faire visiter les lieux et me présenter vos fameuses recrues.
Les deux hommes, côte à côte, marchèrent lentement vers un ensemble de constructions modernes dont une immense tour se distinguait de loin.
Kim Il-sung se retrouva soudainement en plein cœur d’une réplique à échelle réduite du centre de Séoul. Tout avait été minutieusement copié à l’identique.
– C’est impressionnant, avoua le président dont les yeux ne savaient plus sur quoi s’attarder.
– Je vous en prie, suivez-moi, invita le général Park en empruntant une rue commerçante où s’alignaient de nombreux restaurants portant le nom de grandes enseignes américaines et sud-coréennes.
La mise en scène préparée par le commandant des Forces Spéciales et le chef des Armées nord-coréennes comportait une mise en situation totale. On pouvait remarquer de jeunes gens habillés à l’occidentale, assis à une terrasse d’un McDonald’s ; d’autres se promenaient dans la rue. On se serait cru à s’y méprendre dans la capitale ennemie.
Le président était radieux, les résultats de son projet secret s’étalant là sous ses yeux. Il poursuivit son parcours dans cette ville ultramoderne, en comparaison avec Pyongyang, en écoutant t attentivement les explications du général Park.
Après une promenade d’une heure dans ce Séoul miniature, le président rencontra quelques-unes des nouvelles recrues qui venaient d’achever leurs deux années de formation dans ce centre ultrasecret. La première promotion comptait une dizaine d’hommes et de femmes âgés de dix-sept à vingt ans. Ils représentaient le fer de lance de l’unité d’infiltration de dernière génération. Le but était de les envoyer en Corée du Sud où ils se fonderaient totalement dans la population et y effectueraient des études universitaires. Ils y seraient des agents dormants jusqu’à ce que le pouvoir se décide un jour à les réveiller.

L’Envol des Faucons


Comme suite à la crise libyenne, Mark Walpen a complété son entreprise de consulting en marketing par un département de géostratégie, le Sword. Celui-ci, devenu le seul service secret non gouvernemental, indépendant et neutre au monde, est renforcé par une unité de combattants issus des meilleures forces spéciales, les "Faucons". Une prise d’otages a lieu. En même temps, une série d’attentats touche différentes ambassades européennes, créant ainsi la panique. Ces événements sont revendiqués par une mystérieuse "Armée de Libération Arabe". Les Faucons traquent les auteurs de cette vague d’attentats et recherchent surtout leurs têtes pensantes de l’Égypte à Dubaï en passant par Oman et Montreux. Le "réseau Ambassador" est une toile d’araignée de renseignements gérée par le père de Mark Walpen, Ralf Walpen, ambassadeur et directeur de la cellule de crise aux affaires étrangères suisses.

Extrait :
Ralf résuma ce qu’il avait appris durant la journée. Le Conseil fédéral avait décidé de lancer une opération de récupération des deux otages. Ulrich Weber, conseiller fédéral à la Défense, avait garanti que la force spéciale, le DRA10, possédait toutes les compétences pour une telle intervention clandestine à l’étranger. Une opération de sauvetage avait donc été mise sur pied dans le plus grand secret. Malheureusement, avant d’envoyer la patrouille dans le sud de la Tunisie, Weber avait appelé Alger pour demander son soutien et l’autorisation de traverser son territoire. Le président Ahmed Boukhedmi s’était empressé de prévenir son ami, le général Foudaff. Résultat, les soldats helvétiques étaient tombés dans un guet-apens avec pour bilan un mort et cinq prisonniers dont trois étaient blessés.
— Inutile de te dire que nos sept otages sont à présent parfaitement cachés. Les libérer sera presque impossible.
— De la part de Weber, plus rien ne me surprend ! Son incompétence est de notoriété publique. Ce qui m’attriste, c’est qu’il a envoyé au casse-pipe de braves types. Ce sont d’excellents militaires. Néanmoins, ils ne possèdent aucune expérience pour ce genre d’opération extérieure.
La Suisse étant neutre, son armée n’avait aucune compétence en matière d’intervention hors de ses frontières, contrairement aux Navy SEALs, SAS, COS*, ou les services action des Mossad, CIA, MI6 ou DGSE**.
— Si tu te souviens, Ralf, je t’avais déjà dit, il y a quelques semaines, que seule une stratégie très affûtée serait couronnée de succès.
— Je m’en souviens très bien. La conseillère fédérale des Affaires étrangères, Simona Zanetta, sachant que Weber allait présenter un projet d’intervention, m’avait demandé de m’informer sur le sujet. Je t’ai donc interrogé en raison de ton expérience de professeur invité de stratégie. Mark Walpen l’enseignait depuis plus de dix ans à l’académie militaire de West Point, au Royal College of Defense Studies de Londres, l’École de commandement de Tel-Aviv et à l’École de Guerre à Paris, en plus de ses activités de marketing.
— Et tu t’imagines que je ne m’en étais pas douté ? répliqua Mark, souriant à son père.
Depuis plusieurs années, les deux Walpen avaient établi une relation de complicité filiale et intellectuelle. Chacun éprouvait pour l’autre une réelle affection et un profond respect.
— Bien sûr que si, répondit Ralf. Mais je ne pouvais pas t’en dire plus. Je me doutais que tu en tirerais les conclusions toi-même.
— Et ta conseillère fédérale, qu’est-ce qu’elle a fait de tes informations ?
— Elle m’a confirmé ce matin qu’elle s’était opposée à toute intervention précipitée. Elle a exigé un audit externe avant toute décision. — Je te parie que le brillant Weber a refusé et que les autres l’ont suivi.
— Tous, sauf Simona Zanetta et son collègue de l’Économie. Le Conseil fédéral a décidé de lancer l’opération qui s’est soldée par la « Bérézina » que tu connais.
— On est maintenant dans de beaux draps ! Récupérer nos otages ne sera pas une mince affaire.
— Mais toi, saurais-tu quoi faire pour libérer nos sept prisonniers ?
— Écoute Vati, je n’y ai jamais réfléchi. Ce qui est certain, c’est qu’après ce fiasco, toute tentative classique d’exfiltration sera impossible. Seul un plan audacieux et diabolique pourrait encore nous laisser une chance de réussir. Je n’ai aucune idée pour le moment. Je suis désolé pour nos otages.
Mark et Ralf avaient tous deux gardé leur verre d’armagnac à la main tout en dissertant. Une légère exhalaison d’alcool et de fût de chêne mêlée à l’odeur âcre et pesante du Montecristo flottait dans l’air de ce petit fumoir. Mark se leva et entrouvrit la porte-fenêtre afin d’aérer la pièce. Un silence pesant envahit l’espace, chacun étant absorbé par ses réflexions. Seul le bruit des gorgées ponctuait le calme pesant du fumoir. Ralf posa son cigare dans le grand cendrier en faïence pour le laisser s’éteindre et se leva.
— Mark, on doit faire quelque chose. On ne peut abandonner ces gens sans agir, réussit à dire le vieux diplomate dans un râle grave révélant son émotion et son amertume. Promets-moi de réfléchir à un plan. On leur doit bien ça !
— Je veux bien. Mais à quel titre ? Je ne suis ni membre du gouvernement, ni de la haute administration.
— Ne t’inquiète pas pour ça. Je trouverai une solution avec ma ministre. N’oublie pas que je suis son directeur de la Task Force. Tu es notre seul recours.
— OK, je vais m’y mettre au plus vite. Bonne nuit. — Toi aussi. Merci pour eux.

Panique au Vatican


En renforcement des Faucons, les combattants du service secret indépendant et neutre, le Sword s’installe à Zermatt dans un nouveau centre d’entraînement. Ralph Walpen, directeur de la Task Force diplomatique suisse, doit rencontrer une VIP australienne à Berne qui vient lui demander secours pour sa fille. Après noël, le nouveau pape réformateur Anastase V d’origine chinoise se lance dans une tournée dans le Pacifique et en Asie afin d’expliquer sa nouvelle politique. Il tombe malade à Hong Kong et devient invisible, est-il vraiment malade ? A t-il disparu ? Est-il mort ? Le monde s’inquiète. Pendant ce temps des attentats touchent la Chine dans les régions où résident de nombreux Tibétains. Le président chinois désigne son successeur qui est à la surprise de tous un réformateur. Son avion est la cible d’un missile au-dessus de l’Everest. Est-il vivant ? Sont-ce vraiment les Tibétains qui sont responsables de l’attentat ? Les Faucons partent à la recherche de l’avion présidentiel. Une course contre la montre avec les militaires chinois s’engage... 520 pages de rebondissements à souhait !

Extrait :
Pour Mark, un service de renseignement à l’étranger était nécessaire et indispensable pour la sécurité et la défense des intérêts vitaux d’un pays. Il regrettait que la Constitution helvétique et sa neutralité l’empêchent d’en être pourvu. Seulement, il ne lui aurait pas donné les mêmes prérogatives que celles des agences célèbres comme la CIA, la DGSE, le MI-6, le Mossad, etc.
Il pensait qu’un tel service devait informer de tous les dangers en préparation à l’étranger, qu’il s’agisse de l’enlèvement d’une personnalité ou de tout autre ressortissant, de terrorisme, d’espionnage en générale industriel... Un service Action était, par conséquent, nécessaire et indispensable pour délivrer des otages, protéger des expatriés en danger, et intervenir dans certaines situation du même type.
Mais l’utiliser pour faire pression sur des gouvernements, assassiner des chefs d’État qui déplaisent et donc ainsi influencer la politique intérieure d’autres pays, ou pour soutenir des guérillas, ne faisait pas partie de la conception que Mark se faisait de l’espionnage.
D’autre part, soutenir des rebelles se payait toujours très cher. C’était parfaitement contreproductif. Il ne pouvait oublier qu’Israël avait favorisé l’éclosion du mouvement Hamas dans l’espoir d’affaiblir le Fatah de Yasser Arafat. Comme à chaque fois, pour Mark, le calcul était faux : le Hamas était devenu le pire ennemi de l’État hébreu.
Après l’affaire libyenne, on lui avait fait des propositions alléchantes pour diriger des agences de premier plan. Il les avait toutes déclinées, considérant que, par essence, ses principes moraux ne seraient jamais garantis.
Totalement imprégné de cet esprit d’indépendance, de neutralité et de cette éthique, il avait créé le Sword International Consulting Board, que tous nommaient le Sword : le seul service de renseignement totalement autonome, même si la récolte des informations dépendait du travail des ambassades suisses, sous la direction de son père qui supervisait le réseau Ambassador.
— Bon, je crois que nous avons beaucoup avancé, ce matin. Avant d’aller manger, y a-t-il des questions ?
— Oui, moi j’en ai une. Vous avez parlé de membres de votre équipe issus de services de renseignement. Si j’ai bien compris entre les lignes, certains ont l’expérience des actions clandestines. Pourriez-vous nous en dire plus sur eux ? interrogea, sûre d’elle, le très séduisant amiral américain.
— Madame, vous êtes mieux placée, comme vos collègues d’ailleurs, pour connaître ma réponse.
— Vous voulez parler du secret-défense ? demanda-t-elle avec un sourire malicieux, usant de tout son charme avec une parfaite maîtrise.
— En termes militaires, oui, lui répondit Mark tout sourire. Une autre question ? Personne n’intervint, ils se levèrent tous pour rejoindre le buffet qui les attendait.
— Mesdames, messieurs, il est temps à présent de vous libérer, notre première Master Class s’achève. J’espère que vous avez apprécié ce moment en notre compagnie. Je ne saurais assez vous conseiller, encore une fois, de rester en contact : cela vous sera très vraisemblablement utile un jour ou l’autre. Enfin, si cela vous a plu, nous nous reverrons pour la seconde Master Class of Strategy, mais je n’ai encore aucune idée du lieu où nous l’organiserons car, comme vous l’avez vu, nos contingences de sécurité sont importantes.
— On peut la refaire ici, à l’Ashford Castle, en Irlande, répondirent en chœur la majorité des officiers généraux, faisant rire Mark et son équipe.
Mark Walpen était heureux de la manière dont cette première Master Class of Strategy s’était déroulée. Réunir un auditoire d’une vingtaine de généraux et d’amiraux de diverses nations n’était pas si courant. Certes, donner des cours de stratégie dans les écoles de guerre les plus prestigieuses expliquait certainement son succès.

Double Jeu


Mark Zellweger mène son lecteur au cœur d’une intrigue où les enjeux géopolitiques internationaux sont élevés. Sa connaissance parfaite du domaine et son expérience auprès de services de renseignements prestigieux rendent le récit d’une troublante véracité. L’Afrique est agitée de toutes parts par des mouvements rebelles sur armés. En République démocratique du Congo des populations sont victimes de malformations crâniennes et neurologiques dont l’origine est inconnue. Le général Avram Leibowitz, père du Faucon Rebecca, a disparu. Une fois de plus, le Sword est sur tous les fronts. Car le Secrétaire général de l’ONU lui demande également un coup de main pour résoudre des crises en Syrie et en Ukraine.

Extrait :
Juin 1985
Le soleil rougeoyait de plus en plus intensément, comme s’il allait embraser la brousse. La nuit prendrait bientôt le pas sur le jour et sa chaleur typiquement africaine. Elle apporterait enfin une fraîcheur, toute relative, fort appréciée tant des habitants des alentours que des animaux, qui en profiteraient pour se désaltérer à la première source d’eau.
Au fur et à mesure que la luminosité diminuait, des lampes à gaz s’allumaient et laissaient apparaître un immense campement militaire au cœur même de la savane. De nombreuses tentes vert kaki faisaient office de logements. Au centre se trouvaient les services principaux : une cantine, un arsenal, les tentes des chefs d’unité... Un peu à l’écart, une infirmerie était installée sous une tente arborant un cercle blanc et une croix rouge, peints maladroitement à même la toile.
À l’intérieur, plusieurs lits de camp étaient occupés par des hommes visiblement dans un état préoccupant. De toute façon, ceux qui n’étaient que légèrement blessés reprenaient leur poste aussitôt les premiers soins prodigués.
Il n’y avait ni infirmière ni médecin au chevet de ces hommes plus proches de la mort que de la guérison. À la lumière d’une des lampes, on pouvait discerner un personnage longiligne, de type occidental, vêtu d’une chemise blanche presque immaculée et d’un pantalon gris anthracite, suivi comme son ombre par un jeune Africain dans un habit militaire trop grand pour lui. Cela aurait paru parfaitement incongru pour qui ne connaissait ni le lieu ni le contexte dans lesquels tout ceci se passait.
Cette tente était le fruit d’une longue tractation entre un jeune prêtre tout frais émoulu du séminaire de Lisbonne et le chef attitré de ce camp de l’UNITA, situé dans la province du Kwando Kubango en Angola, aux confins des frontières avec la Zambie et la Namibie.
Le père Joao de Queiros Alvès, de l’ordre des frères spiritains, avait demandé à servir en Angola, en proie depuis 1975 à une guerre civile des plus terribles qui opposait le MPLA à l’UNITA . Si l’ordre des Spiritains avait pour mission de partir à travers le monde afin d’évangéliser les diverses populations, le Père Joao pensait que son devoir premier était d’apporter de la compassion, du réconfort et un peu d’humanité là où celle-ci semblait avoir totalement déserté.
Alors qu’il était encore à Menongue, capitale de la province, et qu’il s’apprêtait à rejoindre le sud de celle-ci, il avait été molesté par toute une troupe de mercenaires peu recommandables accompagnés d’une nuée de gamins hauts comme trois pommes, débraillés et dépenaillés, casquettes de travers, des kalachnikovs en bandoulière.
Le père Joao avait, certes, entendu parler de ces enfants enrôlés de force et transformés, la drogue aidant, en machines à tuer. Mais il n’en avait encore jamais rencontrés et le choc fut terrible.
À cet instant précis, il avait su, en son for intérieur, que sa mission serait d’accompagner ces jeunes enfants soldats et d’essayer de leur apporter la parole du Christ, non à dessein de prosélytisme, mais pour soulager au mieux leurs souffrances physiques, psychiques et spirituelles, par l’exemple de son vécu de l’Évangile au jour le jour.
C’est ainsi qu’en accord avec son responsable local, il avait finalement suivi cette horde jusqu’à l’extrémité sud-est de l’Angola où une grande partie des troupes des rebelles de l’UNITA, sous les ordres de Jonas Savimbi, leader historique du mouvement, s’était établie. C’était leur base de repli. Le MPLA, quant à lui, avait ses quartiers dans la capitale, Luanda.
Cela faisait maintenant sept ans qu’il les accompagnait, et il ne regrettait à aucun moment son choix, même s’il lui avait fait vivre des périodes difficiles. De fait, un jeune séminariste n’était pas préparé à être confronté aux horreurs de la guerre. Cependant, il avait la conviction qu’il était d’un soutien important pour ces enfants, à la fois victimes et bourreaux.

Les livres de Mark Zellweger sont tous publiés aux éditions Eaux Troubles.
L’Envol des Faucons (2014, 340 pages, 21 €), Panique au Vatican (2015, 626 pages, 23 €), Double Jeu (2016, 312 pages, 21 €), Xtrême Préjudice (2017, 304 pages, 21 €).

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