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Les primeurs aussi font leur tour de France : Étape témoignage d’Eugénie Maurin :"On est bien plus que des vendeurs de patates"

mardi 23 juillet 2019

Ils ramènent leur fraise pour déclarer qu’ils ne comptent pas pour des prunes : huit primeurs se sont en effet mobilisés pour réaliser un tour de France en 16 étapes et mieux faire connaître leur métier. Loin de l’image réductrice que le commun des consommateurs se fait de ces commerçants, ces derniers sont tenus à de nouveaux impératifs, et parmi ceux-ci, IN-NO-VER. Témoignage avec Eugénie Maurin, créatrice d’entreprise depuis tout juste trois mois.

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Eugénie Maurin a créé voilà trois mois son entreprise à 23 ans, en se positionnant sur la fraîche découpe (Photo D.R.)

A la clé de ce tour de France, non pas une coupe ou un maillot jaune, mais la satisfaction de mieux faire connaître les nouvelles facettes de leur métier aux consommateurs : telle était la volonté de ces sept primeurs, menés tambour battant par Atef Barbouche, dirigeant de la Ferme de Longchamp, sise dans le XVIe arrondissement de Paris. Un pari fou proposé par « l’artisan fruitier » -et roi de la fraîche découpe- de Paname à ses comparses. Car il s’agit, ni plus ni moins, que de sillonner le pays tout le mois de juillet au cours de 16 étapes (dont une marseillaise, les 17 et 18 derniers), à bord d’un camping car. Et rencontrer leurs confrères dans leurs commerces, mais aussi les fournisseurs grossistes et les producteurs. Des échanges qui se sont déroulés non seulement sur les marchés de gros, mais aussi sur les points de ventes et les exploitations. Et si les primeurs ont décidé de se décarcasser ainsi, c’est pour plus d’une raison. La première étant qu’ils veulent illustrer qu’ils sont « bien plus que des vendeurs de patates », proclame Eugénie Maurin, l’une des huit, officiant à Roquevaire (13). En effet, un primeur se doit aujourd’hui à plusieurs impératifs : « Sélectionner les meilleurs fruits et légumes, les mettre en place... Il faut également distiller des conseils au consommateur et lui expliquer ce qu’est chaque produit, comment on le consomme, pourquoi il a ce goût-là...  » Des conseils bien utiles par exemple lorsque l’on se retrouve comme deux ronds de flan face à un étal de tomates, dont les variétés ne cessent aujourd’hui de se multiplier. Cœur de bœuf, verte, noire, jaune ou Crimée, laquelle choisir pour quel usage ? Et justement par rapport à toutes ces nouvelles tendances, il importe d’effectuer de la veille pour se tenir à la page. Car il en est chez les primeurs comme dans le prêt-à-porter : l’effet de mode est là, et bien là. Illustration avec cette vogue des légumes d’autrefois, revenus subitement sur le devant de la scène... Et puis, lorsque l’on serine la nécessité de « manger au moins cinq fruits et légumes par jour », encore faut-il avoir du répondant pour rendre l’offre attractive, alors que le besoin de revenir à la naturalité s’affirme d’année en année.

Une notion de service, en BtoB ou BtoC

Et cela signifie notamment innover. Oser le positionnement original. Ce qu’ont fait Eugénie Maurin, et avant elle Atef Barbouche, spécialisé dans les corbeilles de fruits prêts à consommer. Un glissement pas forcément illogique pour cet ancien pâtissier reconverti en primeur : ce qu’il propose, via ses compositions, ce sont ni plus ni moins que des gâteaux 100% fruits... Et c’est donc également ce créneau qu’a investi Eugénie Maurin, formée par Atef Barbouche. Fille et petite-fille de primeur, Eugénie Maurin « avait baigné dans ce milieu sans toutefois en être passionnée ». Mais comme on dit, bon sang ne saurait mentir... Touchant au monde du travail depuis ses 16 ans, elle termine ses études avec l’obtention d’un BTS et une certitude : elle veut créer son entreprise. C’est ainsi qu’à 23 ans, elle donne le jour, il y a trois mois aux Paniers d’Eugénie... Elle propose ainsi, elle aussi, des corbeilles de fruits fraîchement découpés ou de légumes, pour l’anchoïade, qu’elle livre ensuite à demeure. En adressant tout à la fois les marchés BtoB et BtoC. Sa valeur ajoutée ? Son créneau d’abord, puisqu’elle est seule sur le territoire... « Dans les Bouches-du-Rhône, les paniers de crudités et les corbeilles de fruits classiques existent, bien sûr. Mais personne ne s’illustre comme moi dans la fraîche découpe ». Outre le fait qu’elle ait... la primeur de ce positionnement, Eugénie Maurin privilégie le goût. « Je sélectionne mes produits chez les meilleurs fournisseurs, notamment Blampin, qui a une large gamme de fruits exotiques. Car j’ai notamment fait le choix de beaucoup travailler ce type de produit. Je choisis donc de la belle qualité pour que les papilles explosent ... Et pour le reste, je me focalise sur les fruits et légumes locaux et de saison, cultivés selon les préceptes de l’agriculture raisonnée ». Elle transforme le tout dans son laboratoire à Lascours, près de Roquevaire. Et se charge ensuite des livraisons... « Je travaille beaucoup sur la région marseillaise et sa périphérie, comme à Cassis par exemple. Je suis en train d’établir des partenariats avec les primeurs, afin qu’ils jouent le rôle de points relais. Ce sera bientôt le cas avec l’un d’eux, dans le quartier de Mazargues (9e arrondissement de Marseille, NDLR). Les clients viendront y chercher leur commande et pourront par la même occasion compléter leurs courses chez le commerçant en question ».

Une aventure humaine, un partage

Parce que parmi les évolutions observées en termes de consommation, et dont il a été question lors des visites et des échanges lors de ce tour de France, il y a celle-ci : le Français veut bien faire ses courses chez son commerçant de proximité, ici son primeur. Mais s’il peut par la même occasion remplir totalement son caddy et acheter chez ce dernier des produits complémentaires, histoire de ne pas multiplier les haltes, c’est mieux. Ainsi, les primeurs sont-ils de plus en plus nombreux à proposer dans leur boutique fromages de pays, œufs, jus de fruits et autres viandes... « C’est une tendance que l’on constate un peu partout. En revanche, il y a aussi des disparités, d’une région à l’autre, dans la façon de travailler, dans les rythmes...  » C’est déjà le cas du fait des horaires imposés par les marchés de gros, tous différents : « 3h du matin au MIN de Marseille, 14h à Montpellier...  ». Et puis, selon les régions, les positionnements divergent aussi. « A Paris, par exemple, on ne travaille pas sur le légume, mais seulement sur le fruit, en matière de fraîche découpe ». Mais au-delà de ces découvertes, la valeur ajoutée de ce tour de France, c’est aussi « l’aventure humaine et le partage. Il est important de ne pas faire cavalier seul, de ne pas rester seul dans son coin mais d’interagir avec les autres afin de transférer son expérience. Par exemple, expliquer comment communiquer sur les réseaux sociaux, pour ceux qui s’investissent dans ce type de promotion. » Car de nombreux commerçants sont encore coupés de cette nouvelle réalité digitale... Autre souci, ils se heurtent à un manque de main d’œuvre qualifiée. Et justement, l’autre but de ce Tour de France, c’était de susciter des vocations en montrant un métier en pleine évolution. D’autant que maintenant, les cursus existent... Ce n’est pas vieux : après plusieurs années de mobilisation de la Fédération Saveurs Commerce, le CAP Primeur a vu le jour en septembre 2018. Ainsi en septembre 2019, plus de 20 centres de formation accueilleront des apprentis en CAP Primeur sur l’Hexagone... Dans l’académie d’Aix-Marseille, il se préparera au lycée Corot. Paris sera le sprint final de ce Tour de France des Primeurs le 26 juillet.
Carole PAYRAU

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