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Libre entretien avec Fabien Gilot le metteur en scène Marseillais de la natation française

jeudi 19 novembre 2015

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(Photo Robert Poulain)
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A 31 ans, Fabien Gilot est fier de confier qu’il est déjà dans une étape de transmission (Photo D.R.)

En sport comme dans de nombreux champs d’activités, l’humilité et l’excellence font souvent bon ménage dès lors que le talent ne tient pas comme l’unique levier de réussite. Les exemples de champions talentueux aux comportements colériques et aux parcours bipolaires sont légion, à la différence de ceux, qui par une progression constante et tassée à l’épreuve des efforts, ont su départir les bons grains de l’ivraie. La corrélation entre la performance spectaculaire d’un sportif et sa capacité à digérer le trop vite, trop plein est manifeste pour beaucoup. Les premiers explosent jeunes les compteurs mais peinent à rester longtemps dans le très haut niveau, à la différence des perfectionnistes de l’ombre qui maitrisent peu à peu le jeu de lumière.
En ce sens, Fabien Gilot n’est pas un sportif de très haut niveau comme un autre, a l’instar d’un sport pratiqué qui n’est pas non plus comme un autre. Vêtu d’un maillot et d’une paire de lunettes de bain 4 heures par jour, l’eau modifie lentement les repères, accoutumant le corps à frayer un passage au plus simple de l’équation mécanique qui lui est demandée, allégeant le cerveau des contraintes terrestres inutiles. Le monde de la natation est comme la traversée par étape d’un désert, l’eau et le sable sont en mouvement perpétuel, jouant les compagnons de route infinis et divins. Nietzsche disait que la marche permettait le bon ordre dans les pensées ! Je dirais pour ma part que la nage vous donne une hauteur céleste incomparable, fusionnant corps et esprit à l’unisson d’un roulis métallique et lancinant.
Nous avions rendez-vous avec Fabien Gilot au Cercle des Nageurs de Marseille, l’enseigne internationale mais vintage de la natation française pour parler Sport, Bien être, insertion, performance, entreprise, communication. La vie en dehors des bassins est pour un nageur un moment singulier, une métamorphose vers la verticalité, le frottement et l’instabilité.

« Le relais est un Graal pour un nageur »

Fabien Gilot a davantage adopté Marseille que Marseille ne l’a adopté mais il ne s’en soucie guère car il sait que le temps alignera les planètes tôt ou tard, comme il a su, année après année, engranger la confiance de son club, de son entraîneur, de l’équipe de France. A 31 ans, il est fier de confier qu’il est déjà dans une étape de transmission. S’il vise encore une médaille individuelle au 100 libre, il sait que le défi est immense mais son instinct de gagner des titres est intact. A choisir entre une médaille individuelle et une médaille en relais, il signerait de suite pour le relais à condition de ramener l’or. Le relais est un Graal pour un nageur, car seule discipline individuelle qui se meut en un sport collectif en un temps record et une intensité sans égale. Le collectif n’est pas chez Fabien une déclaration d’amour fulgurante, c’est un processus lent et cumulatif, un aboutissement personnel et une recherche de perméabilité entre l’inconsistance de l’eau d’un côté, la vulnérabilité matérielle du monde extérieur de l’autre. Le relais est un partage d’émotion, un moment unique dans la carrière d’un nageur, qui en s’élançant d’un plot prolonge le mouvement de son coéquipier comme s’il lui redonnait vie.
A ce sujet, la finale du 4 X 100 de Kazan en août 2015 est une invitation au champ choralistique, tant elle traduit assez fidèlement la puissance vitale mais généreuse du champion marseillais. Fabien Gilot : « La partition se joue avant c’est certain mais il faut quand même répéter 4 fois quatre courses de 100 mètres car vous avez 4 mecs qui ne sont pas du même bloc ; n’ont pas partagé les mêmes trajets personnels, ne s’émeuvent pas à l’identique ; alors mon job est de stimuler chez chacun le point sensible capable de déclencher l’impact maximal lorsqu’ils s’élancent du plot le jour J ».

L’audace et la stratégie en sport c’est comme dans la vrai vie, ça passe ou ça casse

Dans l’ordre des départs du relais, vous avez Mehdy Metella, Florent Manaudou, Fabien Gilot, et Jeremy Stravius, ligne numéro 7. Les français sont invaincus depuis les JO de 2012, mais sur le papier ce jour, seulement le 3e temps du relais. A gauche à la ligne 5 le relais russe, et à la ligne 4 le relais Italien avec des icônes comme Morozov côté Russe et Magnini coté Italien... « Comme chaque fois, j’émets deux ou trois idées avant course mais je n’aime pas préparer un discours, je suis plutôt dans l’intuition : Avec le départ de Mehdy Metella en premier relayeur, c’est lui qui lance le premier dé tricolore. Les Russes sont à la maison, alors ça s’entend ! On ne nageait pas contre quatre Russes, plutôt contre vingt mille personnes, mais j’aime ça et c’est pour ces contextes que je continue la natation, et le sport de haut niveau. L’audace et la stratégie en sport c’est comme dans la vrai vie, ça passe ou ça casse mais, quand ça passe, le moment est magique ! »
Fabien Gilot n’est pas du genre à recréer a posteriori une histoire à son avantage, le rétroviseur est un outil pour se projeter vers le futur, les histoires d’hommes l’intéressent, pas le marketing. Cette épreuve de Kazan, il nous en reparle volontiers comme s’il la vivait une 2e fois. « On avait cette boule au ventre, mais le temps passe très vite au bord du bassin et, le temps de l’analyse est over, faut envoyer mais rester lucide et clairvoyant, pas évident ! Mehdi, c’est comme un œuf qui éclot au contact du bruit et de l’humeur ambiante, il aime se nourrir de tension et d’excitation, il est capable de muter très vite et se transformer en une boule de feu. A l’arrivée du 1er 100 M : record personnel en 48,37, la France vire en tête. Florent se jette à son tour. Il n’était pas le plus motivé car focalisé sur le 50, mais il lui est impensable de ne pas aider l’équipe ».

« Le bruit indescriptible dans le bassin de Kazan ferait déguerpir le plus nonchalant des gibiers »

Florent est un être hors norme, au-dessus même de sa sœur Laure, mais il ne fait pas dans la surenchère, car il n’a pas encore toute la conscience de son potentiel. Fabien avait passé un deal avec lui pour ce relais, une histoire entre deux champions.
« Une fois acté, Florent est le type qui va vous faire le job car il n’a pas besoin de grand-chose au point où il se permet encore quelques imprécisions sans conséquences. Il a raté un peu son départ, sinon il serait allé beaucoup plus vite. Florent accentue encore un peu l’avance de Mehdi mais rien n’est gagné ! Les Russes font leur course et restent à portée de bras de Florent. Son départ en seconde position était un pari risqué. »
En natation le relais se joue aussi sur la compo. et les ordres de passage comme deux formules 1 gérant leur passage au stand pour changer les pneumatiques. Sortir en tête est un avantage psychologique mais chaque course est différente !
« … Puis c’est mon tour, tout va très vite, je flashe la fin du 2e 100 mètres, je fais d’habitude, une prise de relais à 0"10-0"15, Florent a contenu sa légère avance sur le Russe, l’Italien est un peu plus loin, je me dis que tout va se jouer maintenant avec les Russes, alors à 10 mètres du toucher de Florent, je suis dans la posture du fauve prêt à se jeter sur sa proie…sauf, que le bruit indescriptible dans le bassin de Kazan ferait déguerpir le plus nonchalant des gibiers. »
Le départ en relais, nécessite une phase courte de replis sur soi, le tronc détaché, la tête pendante, le souffle lent et éruptif, les doigts de chaque main se touchant comme pour signifier qu’ils sont unis pour le grand soir ; la mise en tension du corps est un mécanisme d’horlogerie, à la disposition du centre de commandement : le cerveau, qui déclenchera la touche "ON" du départ du plot.

« Je suis en l’air, tendu comme une flèche sur son arc »

« Quand Florent envoie son dernier jeté d’épaule, je donne mon impulsion car le temps de réaction entre ma tête et mon corps est d’environ un dixième.. »
L’écume générée par la progression du corps dans l’eau précède toujours la phase du toucher mais le tempo est critique car seule la frappe de la main sur le mur signalera le point de départ du relayeur, alors attention au départ au seul écho de la mousse projetée au mur ! « Je suis en l’air, tendu comme une flèche sur son arc, les doigts de pieds sont déjà en position de rétractation prêts à entamer l’approche dans l’eau, la phase du plongeon et de l’impact est brutale et difficilement contrôlable, mais une fois sous l’eau, je reprends tous mes sens, cette situation je la connais par cœur, je ne regarde ni à droite ni à gauche, …. je devine le sillon et la mousse de Morozov sur ma gauche…. Quand vous nagez, vous savez si vous êtes en train de devancer ou de vous faire distancer au dixième prés. Je préserve mon avance alors que Morozov revient très fort. Mon temps est de 47,08, contre 48,01 en série la veille ! J’apprends mon départ à zéro de réaction, c’est très rare, incroyable ! Le scénario idéal pour cette course, comme quoi, la baraka est une science qui se recherche. Au tour de Jéjé (Jérémy Stravius), c’est la valeur sûre du relais, capable de signer aux dixièmes prés son temps d’engagement, il part avec une légère avance. Pas besoin de faire des proses avec Jéjé, il surprend toujours par sa régularité déconcertante, un atout pour le 4e relayeur car c’est peut-être aujourd’hui l’homme le plus rapide sur la dernière longueur d’un 4x100m  ».
Jeremy ne dévie pas et termine en 47,36, creusant l’écart sur Sukhorukov, la France est Championne du monde et reste invaincue.
Cette épreuve rangée dans le tiroir souvenir restera pour Fabien une marche pour le prochain véritable enjeu que seront les jeux de Rio en 2016. Il y pense tous les jours et il endosse volontiers son statut de capitaine et de meneur d’hommes en or. Le relais sera sa fixation mais avant le relais il y aura la construction d’un environnement humain et sportif favorable. Comme un acteur devient parfois au fil des ans metteur en scène, Fabien est devenu un metteur en scène de la natation française, il sait écrire les dialogues et sait composer le casting. Il excelle dans ce champs et les entreprises ne s’y trompent pas, il est la synthèse de l’expérience, la prise de risque, le management et la communication.

Fabien Gilot a accepté de devenir l’ambassadeur de l’association Provence Sport & Lifestyle

Perfectionniste, curieux, ambitieux, généreux, Fabien Gilot prépare déjà sa reconversion professionnelle, un master en poche délivré par la fac des sciences du sport de Marseille Luminy, une formation en psychologie, il est invité plusieurs semaines par an par des entreprises du CAC 40, à transmettre ses clefs de la réussite collective en natation. Plus récemment, il a accepté de devenir l’ambassadeur de l’association Provence Sport & Lifestyle, une association domiciliée au Nouveau Vélodrome et fondée par 7 chefs d’entreprises d’Aix/ Marseille en juin 2015, a l’occasion de Marseille Capitale Européenne du Sport 2017, en vue de faire progresser la notoriété de notre territoire en matière de qualité de vie au travail, un vrai enjeu de compétitivité des entreprises publiques et privées.
Le Bien-être au sein d’un projet sportif de très haut niveau est une composante majeure de la réussite, comme le bien-être au travail est indissociable de la performance d’une entreprise. Dans les deux cas, la mise en scène est une fonction qui ne s’improvise pas. Les passerelles entre le monde du sport et de l’entreprise ne sont qu’au début d’une nouvelle ère et nul doute que Fabien saura être aussi, un magnifique metteur en scène au bénéfice de la communauté économique Provençale.
Pierre DISTINGUIN

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