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Livre. "Le sel de tous les oublis" de Yasmina Khadra : Une méditation romanesque sur la possession, la rupture et la méprise

vendredi 18 septembre 2020


Déjà dans « L’outrage fait à Sarah Isker », son précédent roman, l’écrivain Yasmina Khadra proposait en filigrane de son récit une méditation sur la place qu’occupent les femmes dans les mentalités obtuses. Avec « Le sel de tous les oublis » qu’il publie fidèlement chez Julliard il enrichit cette réflexion par le biais d’une sorte de road-movie mettant en scène un antihéros mélancolique en quête d’apaisement. Il s’appelle Adem Naït-Gacem. Instituteur il enseigne le calcul aux élèves de CP et les leçons de choses aux CE1. Mais, aujourd’hui, il a décidé de ne pas retourner à l’école. Raison invoquée : aucune ! Simplement une sourde dépression liée au départ de sa femme qui l’a brusquement quitté. Inconsolable, Adem s’affaisse, se réduit, devient « un ivrogne débraillé, au teint cireux et aux lèvres encombrées d’écume » à force d’avoir trop bu. Mais peut-être poussé par un instinct de survie, ou simplement mû par une solide propension au rachat, notre homme abandonné prend la route. Il élit d’abord domicile « dans un conteneur sur une aile de la gare, de l’autre côté des hangars et des ateliers, là où les chiens errants, las d’être lapidés, s’accordaient un hypothétique répit », gravitant la journée à la périphérie des quartiers populeux et réintégrant le soir « son sarcophage en chavirant. Puis ce sera le professeur Ilyès Akerman qui lui ouvrira les portes de son centre. Là encore sans véritable succès. Alors Adem marche, et tel Don Quichotte il poursuivra des chimères. Et fera une belle et tragique rencontre en la personne d’un nain se prénommant Michel, et préférant qu’on l’appelle Mika. L’intérieur d’une grotte qui était une casemate occupée durant la guerre par des maquisards lui sert de ce qu’il définit comme son « palais d’été ». Et Yasmina Khadra qui multiplie les rencontres faites par Adem d’offrir là le plus riche portrait d’homme du roman. Pas forcément le plus reluisant mais le plus complexe en tout cas. Bouleversant « Le sel de tous les oublis » qui s’apparente à une littérature de conteur et de moraliste proche de Kateb Yacine ou Driss Chraïbi, fait entendre des chants de poète. « Aime-moi une fois par hasard laisse-moi croire de temps en temps que je suis vivant  », peut-on lire, tandis que monte la parole d’un cul-de-jatte philosophe ayant oublié un soir de beuverie ses jambes sur la voie ferrée. Un pauvre bougre disant avec justesse : « Les hommes sont plus injustes que le mauvais sort. Ils te condamnent sans procès et te livrent aux enfers avant que tu sois mort. Mais si tu arrives à trouver du sens à ton malheur, tu mettras tes démons à genoux ». Poignante déclaration qui convient parfaitement au parcours d’Adem dont l’épilogue des aventures nous clouera d’émotion. Et Yasmina Khadra de dénoncer la barbarie que les hommes s’administrent entre eux, dans un roman où il semblerait que le monde puisse être sauvé par les femmes de bonne volonté.
Jean-Rémi BARLAND
« Le sel de tous les oublis » par Yasmina Khadra aux éditions Julliard- 255 pages -19 €

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