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"Made in Algeria Généalogie d’un territoire" au MuCEM du 20 janvier au 2 mai 2016

mardi 19 janvier 2016

Parallèlement à la conquête de l’Ouest en Amérique du Nord, la France, après les épopées Napoléoniennes, va connaître sa ruée vers le sud de 1830 à 1870, sous la Régence puis Louis Philippe, la seconde République et le Second Empire. Une conquête qui se fera en aveugle, sans carte, et une colonisation par des ouvriers et artisans incités financièrement à quitter la misère pour s’installer dans un territoire aux frontières mal définies et encore alors inconnues au Sud. Un territoire peuplé d’habitants ignorés ou fantômes outre les combattants locaux s’opposant à l’avancée des Français envoyés sur ce territoire. Une conquête destinée à « régénérer la jeunesse française » sous Charles X en 1830 selon la commissaire générale Zahia Rahmani de l’exposition « Made In Algeria , une Généalogie d’un territoire ». Ouverte au public ce mercredi 20 janvier jusqu’au 2 mai 2016, cette exposition a été inaugurée mardi au MuCEM (Musée des Civilisations de l’Europe & de la Méditerranée) à Marseille par la ministre française de la Culture Fleur Pellerin et son homologue algérien Azzedine Mihoubi.

Mais rien, même pas un trait sur la carte, au Sud

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(Photo Robert Poulain)

A la lecture de cette exposition lors de sa visite l’auteur de ces lignes aurait été tenté de l’intituler « La Carte et le Territoire » -si ce titre n’avait été déjà pris par le romancier Michel Houellebecq pour un autre propos-. Ceux qui ont visité l’exposition « J’aime les panoramas » au MuCEM (4 novembre 2015 jusqu’au 29 février 2016) découvriront là l’autre face de la cartographie, celle qui est en pleine élaboration par des conquérants qui ne savent pas bien où ils mettent les pieds. De la bande littorale d’Alger, d’Oran, et de Constantine, les troupes françaises s’avancent vers le sud dont la carte administrative des territoires ne sera dressée qu’en 1927, soit près d’un siècle après le début de la conquête et qui restera celle de l’Algérie indépendante. Une carte de la fin du XIXe montre les zones administratives de l’Oranais, de l’Algérois et du Constantinois avec la Méditerranée au Nord et des limites à l’Est et à l’Ouest. Mais rien, même pas un trait sur la carte, au Sud.

Un clin d’œil au titre "Made in Algeria" qu’elle définit aussi comme un jeu de mot avec "Médina’lgérie"

Il ne s’agit pas là d’une histoire de la colonisation qui irait jusqu’à la guerre d’Algérie et l’indépendance ni « d’une question simplement franco-algérienne mais de cartographie », précise Zahia Rahmani. Cette exposition montre bien le déroulement de ce que ses initiateurs appellent l’histoire de « la fabrique coloniale d’un territoire » qui inaugure « une nouvelle histoire de la représentation de l’Algérie en France ». Il s’agit là du récit par des cartes et documents d’une expansion sur des territoires considérés comme vides dans des « espaces blancs ». Une colonie dont les colonisés n’accepteront pas la création de villes modernes avec des noms français en lieu et place de villages ou de cités détruites pour faire place au modèle d’urbanisme occidental et « la création de villes modernes sur des habitats traditionnels rasés », ajoute Mme Rahmani. Il fallait dire « en quoi cette chose a été » et faire un rappel des origines, dit-elle avec un clin d’œil au titre « Made in Algeria » qu’elle définit aussi comme un jeu de mot avec « Médina’lgérie »…
En quatre phases l’exposition déroule la découverte d’un territoire par les militaires français en mal de conquêtes et d’actes de bravoure : « vu de loin » du large avant 1830 avec un rappel de l’histoire de l’Algérie « avant » et son approche par les marchands ; « tracer le territoire » de la conquête à la colonisation avec le tracé des frontières et l’occupation ; « capter l’Algérie » ; et enfin « au plus près » donnant des aperçus de l’Algérie après 1962. Les difficultés pour la scénographe Cécile Degos a été de faire un parcours permettant au public de « comprendre le propos scientifique des deux commissaires et la construction de la carte à travers l’espace » dans le cadre de cette exposition. Des ponctuations de textes historiques et d’affiches publiques avec in fine des interventions d’artistes contemporains d’après 1962 permettent, espère-t-elle, « une redécouverte de l’Algérie ». Il s’agit pour les commissaires de l’exposition de « présenter au public un patrimoine sensible et unique qui ne peut que permettre une meilleure compréhension du présent ».

La guerre d’Algérie n’est pas le sujet de l’exposition

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Adrien Dauzats, Le passage des Portes de fer, 1841 © RMN-Grand Palais-Château de Versailles-Gérard Blot

« Made in Algeria, généalogie d’un territoire est une exposition dédiée à la cartographie et à son développement dont la conquête et l’expansion française en Algérie ont été le moteur. Au-delà de l’intérêt topographique et de la beauté esthétique des cartes présentées dans l’exposition, la nécessité de rendre compte de la généalogie de cette aventure et de la subjectivité politique qui s’y est inscrite s’imposait », déclarent dans leur avant-propos les deux initiateurs Zahia Rahmani, responsable du domaine Arts et mondialisation, à l’Institut National d’Histoire de l’art, INHA et Jean-Yves Sarazin, directeur du département des Cartes et plans de la bibliothèque Nationale de France (BNF). « L’espace blanc de la carte joua un rôle majeur quant à l’invention d’un territoire, de son orientation culturelle et du récit qui a été fait de lui. Ce dernier recouvrira longtemps la possibilité d’appréhender autrement le mode d’être et le passé des habitants de ce pays », précisent-ils.
« La guerre d’Algérie n’est pas le sujet de l’exposition », rappellent-ils. C’est ce qui s’est passé en amont de cette guerre qui est présenté. « Made in Algeria, généalogie d’un territoire veut rendre compte, par les images, la cartographie et les relevés de terrain, de ce long et singulier processus qu’a été, à dire vrai, l’impossible conquête de l’Algérie. Les conflits même résiduels n’y ont jamais cessé durant toute la période de la colonisation. » Il faut noter à ce sujet de très belles toiles de peintres français venus spécialement sur le terrain pour la gloire des armées et en particulier le « passage des portes de fer » (1841) vers Constantine par Adrien Dauzats. Une conquête du constantinois en 1839 par le duc d’Orléans, fils de Louis-Philippe, qui mettra fin à l’accord de 1837 avec l’émir Abd El Kader stabilisant pour un temps la situation militaire avant la reprise de la guérilla.

Cette colonisation planifiée sera instaurée sous Louis-Philippe dès 1842

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Colonisation de l’Algerie. Avis aux ouvrier - 1848 © FR ANOM Aix-en-Provence

Concernant la « captation » du territoire dont les limites sud ne sont pas encore connues, une affiche adressée aux Ouvriers est particulièrement intéressante et replace cette aventure dans son contexte franco-français comme si le territoire à coloniser était vide. Cet « avis aux ouvriers » affiché sur les murs, datant du 20 septembre 1848 reproduit un décret de l’Assemblée Nationale de la brève la seconde République, incite les ouvriers à s’établir comme paysans dans des colonies agricoles en Algérie. Celui-ci précise dans son article 3 que le nombre des colons ne pourra excéder 12 000 en 1848 et que les colonies seront fondées par des citoyens français cultivateurs « ou qui déclareront vouloir le devenir ». Ceux-ci recevront de l’État des concessions de terre « d’une étendue de 2 à 10 hectares par famille » et les « subventions nécessaires à leur établissement ».
Cet appel aux ouvriers, est une réponse à la révolution de juillet 1848 et la volonté de donner des gages à la population misérable, notamment parisienne. Les Colons devront par ailleurs concourir « aux travaux d’utilité publique reconnus indispensables pour le développement des colonies ». Les « ouvriers d’art » ou artisans qui voudront se fixer dans les centres de ces colonies recevront comme les premiers « un lot à bâtir, un lot de terre et les prestations nécessaires pour faciliter leur établissement ». Cette colonisation planifiée sera instaurée sous Louis-Philippe dès 1842 dans des zones « pacifiées ». D’autres documents montrent aussi que la Commission d’Afrique « instaurée en 1833 avait pour mission de remédier aux erreurs de la conquête » suivie de la Commission d’exploration scientifique fondée en 1839 sur le modèle de l’expédition d’Égypte par Bonaparte avec pour objectif de traiter de tout ce qui compose le territoire algérien. Une recherche des origines chrétiennes de l’Algérie « qui va de pair avec la dévalorisation des savoirs autochtones », écrivent les commissaires d’exposition dans le catalogue.

Un aperçu de l’Algérie d’après 1962 avec des faits, seulement des faits

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Katia Kameli, L’oeil se noie - photographie tirée du film "Le roman algerien" 2015 © Katia Kameli

Cette présentation se termine avec un aperçu de l’Algérie d’après 1962 avec des faits, seulement des faits, en image et sans polémique de l’Algérie d’après 1960, faisant d’Alger la capitale culturelle des mouvements tiers-mondistes dans la mouvance de Frantz Fanon accueillant notamment l’architecte Oscar Niemeyer exilé du Brésil et auteur de belles réalisations en cours de réfection.
Le catalogue rend compte de l’histoire du territoire algérien par un ensemble de textes et d’essais inédits de Nacéra Benseddik, Hélène Blais, Daho Djerbal, François Dumasy, Nadira Laggoune, Zahia Rahmani, Jean-Yves Sarazin, Nicolas Schaub, Todd Shepard, Fouad Soufi et Sylvie Thénault.
Une collaboration exceptionnelle s’est exercée pour Made in Algeria entre trois institutions nationales : la BNF, l’INHA et le Mucem. L’exposition a bénéficié au cours de son élaboration du soutien bienveillant des autorités de la République algérienne démocratique et populaire, de son ministère de la Culture et de l’ambassade de France à Alger, rappellent les commissaires d’exposition.
Antoine LAZERGES
Plus d’infos mucem.org

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