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Marseille. "14 juillet" Fabrice Adde seul en scène aux Bernardines : un délirant feu d’artifices de mots

samedi 16 novembre 2019

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Fabrice Adde dans "14 juillet " : un spectacle en forme d’Himalaya du burlesque. (Photo Alban Van Wassenhove)

« 14 juillet »…un titre qui claque comme une fête unitaire. A l’arrivée un spectacle foutraque, extrêmement drôle, délirant même par lequel Fabrice Adde nous invite à rendre hommage aux écrivains qu’il admire et sans qui la parole et le théâtre ne seraient pas. Des auteurs maîtres artificiers du verbe dont il cite quelques titres, avec lecture d’extraits à l’appui. Défilent dans une présentation apparemment anarchique beaucoup de belles plumes telle que Calderon, qui signa « La vie est un songe » abondamment cité, Shakespeare, Paul Claudel, Didier-Georges Gabily, qui dans « Cadavres si on veut » écrivit : « Il ne se passe rien, c’est bien connu. Ou il se passe trop de choses auxquelles, c’est bien connu, nous ne pouvons rien. Nous marchons sur des cadavres et continuons à tenter d’agir et de penser comme si nous n’étions pas ces marcheurs piétinant les cadavres de plus d’un demi-siècle de catastrophes, de défaites et d’abdications en tout genre. », Philip Roth, ou encore l’immense auteur et metteur en scène Claude Régy. Un géant (né en 1923) à qui l’on doit « La brûlure du monde » où il affirmait que « la circulation de l’esprit est plus durable que la circulation du sang , et qui créa d’après « Les oiseaux  » de Trajei Vesaas le spectacle « Brume de dieu » (dieu étant inscrit en minuscule) interprété par l’exceptionnel Laurent Cazanave. Faut-il alors apparenter ce « 14 juillet  » à une visite guidée d’un panthéon littéraire particulier ? Certainement pas…... Iconoclaste, teigneux, au bon sens du terme, dézingueur du snobisme culturel, et du théâtre contemporain dit d’urgence, où personne ne vomit mais où le cœur y est, passionné insolent, révolté par réflexe, poil à gratter du politiquement correct, Fabrice Adde envoie du lourd et le fait avec légèreté et classe. Détournant les objets du quotidien pour les transformer en personnages fantasques, il traîne par exemple en laisse un radiateur qu’il a prénommé Pierrot et à qui il récite du Louis Jouvet. Un simple projecteur vidéo devient une arme de destruction massive de la morosité, les plans inclinés dont on recouvre aujourd’hui les scènes de théâtre sont sujets à persiflage, la banane Chiquita qui finance le trafic de drogue jugée aliment non-grata, et de puzzles narratifs en portraits iconoclastes, Fabrice Adde fait le show. Et cible ses victimes. En premier lieu le directeur du théâtre qui l’accueille. Ici aux Bernardines, c’est Dominique Bluzet, (au Gilgamesh d’Avignon dans le Off 2018 c’en était un autre) dont il lit une lettre d’avertissement. En effet pour continuer à pouvoir jouer et honorer son contrat l’acteur explique que le patron de la structure prévient en quelques lignes que le spectacle auquel on va assister n’a rien à voir avec celui qu’il avait programmé et qui se résumait à une conférence sur « comment apprendre à parler en public ». Adde en conférencier se détournant de son sujet d’études…. une aubaine pour l’auditeur malmené et complètement conquis, secoué de rire par moments… L’enfant Fabrice, fils de cultivateurs normands se raconte alors avec accent, mimiques, moult détails croustillants et savoureux où il est aussi beaucoup question de la solitude humaine dans le monde moderne. Son personnage de Jacky Sauvage, narrateur fort peu héros au moment où on parle de lui (comme l’aurait signalé Stendhal), nous touche également. Véritable comédien à la Buster Keaton, auteur inventif dont la collaboration avec Olivier Lopez son metteur en scène qui a concocté avec lui les phrases de « 14 juillet  », Fabrice Adde postillonne, grimace, se déplace, prend la parole pour faire défiler images chocs et une pensée en appelant une autre, fustige Isabelle Adjani qui, coincée dans son personnage de Camille Claudel sculpta longtemps après le tournage du film des cendriers en glaise. Ça va vite, et très musical « 14 juillet  » fait entendre la chanson « El pueblo unido jamas sera vencido  » du groupe chilien des Quilapayun, des combattants de la liberté qui firent escale à Aix-en-Provence dans les années 1980 dans la salle aujourd’hui disparue du Rex, invités en concert par le Secours populaire français. Magnifique moment d’absurdité maîtrisée, la pièce de Fabrice Adde et Olivier Lopez est un régal, une fête de l’intelligence, un Himalaya du burlesque !
Jean-Rémi BARLAND
"14 juillet" Les Bernardines - 17, Boulevard Garibaldi - 13001 Marseille jusqu’au 23 novembre à 20 heures. Le mercredi 20 à 19 heures. Plus d’info et réservations : lestheatres.net -bernardines

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