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Marseille. "Des masques pour nos soignants" - Fabrice Raffo : "Nous, les entrepreneurs, sommes différents, peut-être, mais dans l’urgence, on sait faire vite et bien !"

mercredi 17 juin 2020

Tout a commencé le 19 mars dernier. Jour de lancement de la cagnotte « Des masques pour nos soignants ». L’action se voulait être dès le départ « solidaire et citoyenne » pour offrir des masques aux personnels de santé qui en manquaient tant. Au final, 72 344 € ont été récoltés pour l’achat de 52 300 masques (14 500 masques FFP2 et 37 800 masques chirurgicaux). Des masques qui ont fait le bonheur de 2 698 soignants venus de toute la région, comme d’Occitanie. Fabrice Raffo, chef d’entreprise du 12e arrondissement de Marseille, meneur de jeu de l’opération en compagnie d’une dizaine d’amis entrepreneurs, nous dresse le bilan de la belle aventure.

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Fabrice Raffo en polo bleu clair, et sa dream team de bénévoles à l’origine de la cagnotte " des masques pour nos soignants ", lors de la remise des masques le samedi 9 mai dans le village de Saint-Barnabé, à Marseille (Photo Olivier Mezadourian)

Infirmiers en majorité, dentistes, kinés, médecins libéraux, auxiliaires de vie, sages-femmes, mais encore des personnels d’Ehpad, de maisons d’enfants à caractère social, d’instituts pour jeunes handicapés… Tous ont fait souvent des centaines de kilomètres pour se voir doter de masques alors introuvables. Des masques considérés, il y a quelques semaines encore, comme « des bijoux précieux » pour la majorité des soignants en première ligne dans la crise sanitaire. « Nous sommes peut-être arrivés trop tard sur le dernier drive », explique Fabrice Raffo, dans le sens où un grand nombre de soignants nous ont dit lors du dernier rendez-vous, le 9 mai : encore heureux que vous soyez encore là ! Car ils savaient que les dentistes allaient désormais être prioritaires dans la dotation des masques de catégories 2 et 3. Les médecins libéraux que l’on avait encore équipés n’avaient toujours pas de dotation précise. Je pense qu’on aurait pu faire un drive 4, et même 5, face à la demande. » Ils sont donc venus de Marseille, Martigues, Toulon, Montpellier, Lunel… De tout le grand Sud Est pour avoir accès aux masques obtenus par les efforts d’une bande de potes entrepreneurs des 11e et 12e arrondissements de Marseille. Les trois « drive » de l’opération organisés le 11 avril, 18 avril, puis le 8 mai, ont permis successivement de distribuer 7 500, 14 800 et 30 000 masques chirurgicaux et FFP2. Fabrice et ses amis auraient donc pu continuer et reconnaissent aujourd’hui « un petit goût d’inachevé » au regard du retour en force médiatique d’une actualité qui en écrase aussi vite une autre… « Les derniers jours, je lis et j’écoute qu’on serait passé en surstock de masques », indique Fabrice, « mais je précise une chose, pas assez dite : on parle, là, de masques textiles réutilisables, et non pas des masques de catégorie FFP2 ou FFP3, les plus efficaces dont ont besoin les personnels de santé. D’après nos retours auprès des soignants, il y a toujours un gros manque de masques dans ces catégories, qui permettent à la fois de ne pas contaminer et de ne pas être contaminés. Mais nous ne parlons plus de ce problème aujourd’hui…  »

711 donateurs dont 680 particuliers

La faute à des informations et esprits tous concentrés, depuis peu, sur la suite et fin du déconfinement, comme sur l’urgence économique de rebondir et reprendre le boulot. Face à la demande du personnel libéral en masques chirurgicaux, d’autres « drive » auraient sûrement connu du succès. Mais l’heure pour chaque membre de l’équipe constituée pour la cagnotte est également de reprendre le boulot et remettre sur les bons rails chacune de leur boîte. « Nous avons vécu ensemble une formidable histoire de solidarité locale, avec ces 711 donateurs, dont 680 particuliers. Et la somme finale, incroyable, de plus de 70 000 € récoltés. Avec le confinement qui a en même temps coïncidé avec une situation de grosse incertitude sur le plan économique, il faut souligner la bienveillance témoignée par les citoyens. » Avec son équipe, Fabrice considère aujourd’hui avoir été « chanceux d’avoir pu piloter une telle opération ». Avec des dons allant de 20 à 500 € pour les particuliers. Et des personnes âgées qui ont souvent beaucoup donné pour la cagnotte, jusqu’à 500 €.

Nous avons connu des donations savoureuses : le site Pornhub a consenti 15 000 € pour la cagnotte !

« Il y a eu deux vitesses dans le développement de la cagnotte, précise-t-il, au début, tout est parti de notre équipe et des particuliers, avant que les entreprises privées nous rejoignent dans le cadre de l’appel à donations. Et le mouvement a pris, s’est intensifié. Les entreprises locales ont pris le relais, petit à petit. » Avec Pascal Lagier ou Christophe Guien, Fabrice Raffo avait vite mis des sous personnels pour lancer l’aventure. Ils sont sept - avec Jean-Max Ferré, Olivier Mezadourian, Marie Guien et Julien Palmaro - à avoir constitué l’équipe active de la belle épopée. Sept à avoir fait le pari et pris le risque quand d’autres n’y croyaient pas. Et inciter par leur attitude tant d’anonymes par la suite à faire confiance et donner. « Nous avons connu des donations savoureuses, remarque l’entrepreneur, dans un sourire, avec le site Pornhub qui a consenti 15 000 € pour la cagnotte ! J’ai reçu très vite un appel d’une fille de la communication du site, avec un charmant accent, et j’ai cru à une blague au départ ? Et puis non, pas du tout, c’était très sérieux ! Nous avons eu aussi d’autres donateurs plus consensuels, comme la BNP, le CIC, la Banque Populaire… les autres m’excuseront, mais je ne peux pas tous les citer. Pour attirer à nous et bien communiquer, nous avons utilisé des services de nos entreprises pour filmer les drive, alimenter les réseaux sociaux, prendre les photos. C’était une façon de créer un lien réel autour de ces actions. Infostrates, par exemple, la société de Pascal Lagier et Julien Palmaro, a tourné les vidéos. Cela a été bénéfique pour communiquer sur des choses positives. »

« On a découvert que la France ne savait pas faire confiance dans l’urgence à des entrepreneurs comme nous. »

Question géographique, Saint-Barnabé et son village ont constitué le « cœur du réacteur » du projet. Avec des dons initiaux souvent partis du 12e arrondissement de la ville, pour s’étendre tout autour, au fur et à mesure, « mais cela est toujours resté très marseillais. » Fabrice poursuit son raisonnement : « Cette initiative et cette crise ont révélé des choses à faire pour l’avenir. Elles ont révélé surtout que c’est la bonne intelligence qu’il va falloir mettre en route entre le public et le privé. Les pouvoirs publics croient trop souvent qu’ils savent faire, mais ce n’est pas ça… Si tu n’as pas compris comment acheter des masques, comment vite payer un acompte pour cela, comment avoir ton propre réseau sur place en Chine pour vérifier la qualité des produits, tu ne sais pas faire… Et là, dans cette urgence sanitaire, il fallait aller très vite. Savoir comment acheter bien et au meilleur prix ? Il fallait connaître des gens sur place dans les usines pour savoir boucler l’opération en J+1, en 72 heures maximum. Car l’opportunité sinon ne se représentait pas et un autre pays passait devant. » Il insiste, sans énervement, le ton posé : « On a découvert qu’en ce qui concerne ce côté-là, la France ne savait pas faire. Ou plutôt ne savait pas faire confiance dans l’urgence à des entrepreneurs comme nous. La vérité, dans notre pays, c’est que ça bloque. On va s’entêter malgré une telle urgence à respecter des systèmes qui sont établis, les appels d’offres… et on va aller au moins disant plutôt qu’au mieux disant.  »

« Normalement, dans ma vie d’entrepreneur, je mise mon argent. Là, je devais miser l’argent des autres, et je ne devais pas me manquer ! »

Pour Fabrice, la France et ses pouvoirs publics doivent savoir tirer les conclusions des ratés de cette crise. Et réfléchir à mettre en place des plans d’actions, avec plus de coordination entre le public et le privé. « Ce que je viens d’expliquer n’est pas de la démarche publique. Il faut aussi créer des relais, ce peut-être des personnes de la société civile, entre les deux mondes pour faciliter les choses. La force politique doit être là, à l’avenir, pour savoir trouver et vite des solutions malgré la défaillance du système. Car nous, les privés, on s’en fout un peu d’être dans l’ombre. On dit même aux collectivités locales : instrumentalisez-nous, si vous voulez, on est d’accord ! Nous avons été en colère au tout début de l’opération. Cela a duré 24 heures, nous n’avions pas eu de réponse des collectivités ici et notamment de la mairie de secteur dans les 11e et 12e pour savoir quoi faire ? Alors, on a monté la cagnotte. » Pour la bande réunie autour de Fabrice, un constat apparaît clairement : les décideurs politiques ne connaissent toujours pas le monde de l’entreprise. Elle fait ainsi des propositions : organiser des tables rondes régulières, chaque mois, réunissant public et privé. L’idée est de savoir anticiper, désormais, ce genre de situations exceptionnelles, qui devraient se répéter. « Nous sommes différents, peut-être, mais on sait faire vite et bien. Et là, pendant cette crise, dans l’urgence, il fallait faire vite et bien ! On a pu voir beaucoup de personnes crapuleuses qui se sont servies de donations de solidarité pour surtout faire parler d’elles… On a aussi entendu dire que ce n’était pas à nous de mener une telle action, mais à l’État. Et pourtant, s’il y a une carence, il faut bien savoir y répondre, non ? » Le fait d’avoir participé à la cagnotte a rendu Fabrice et chacun de ses potes « actif et surtout utile » pendant les deux mois de confinement. « Cette cagnotte, cela a été du concret. Une cause permet de créer du lien. Cela m’a fait un bien fou de participer à cette aventure. Je suis issu d’une école privée, suis allé à Lourdes, continue toujours à être engagé dans des actions catholiques. Mais là, avec le moteur bienveillant de cette cagnotte, c’était une satisfaction différente. A part. Et puis il y avait la pression qui pesait sur mes épaules. Normalement, dans ma vie d’entrepreneur, je mise mon argent. Là, je devais miser l’argent des autres, et je ne devais pas me manquer. » Il en a éprouvé du plaisir. La sensation de « la bonne boule au ventre », au départ, qui a évolué, au fil des semaines, « sur un plaisir décuplé  ». Il avoue : « Je pense qu’on a tous changé avec cette aventure, et je me permets de parler au nom de mes amis. Je suis certain qu’on fera d’autres choses similaires ensemble. Cela partira de l’un ou de l’autre, et on devrait suivre, recommencer, à nouveau. » Il conclut : « Si je ne suis pas très optimiste pour le fameux monde d’après, dont on parle et espère tant, je le suis pour cette idée. Pour notre bande, oui, il y aura un avant et un après. »
Bruno ANGELICA

La belle équipe
Aux côtés de Fabrice Raffo pour avoir participé à l’organisation de la cagnotte, on peut citer Solange et Jean-Max Ferré, de la Brasserie « Le Terminus » qui a servi de base logistique à l’opération pour les « drive ». Christophe Guien, qui a eu l’idée de la cagnotte avec Pascal Lagier. Mais encore : Olivier Mezadourian, Marie Guien, Julien Palmaro, Célia Carolin et Ariane De Maistre.

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