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Jacques Boulesteix et Jean Viard formulent 10 propositions pour faire gagner la gauche à Marseille

jeudi 13 février 2014

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Jean Viard (Photo Philippe Maillé)
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Jacques Boulesteix (Photo Philippe Maillé)

Jacques Boulesteix et Jean Viard, conseillers municipaux de Marseille, Porte-parole des Groupes d’Actions Métropolitain (GAM), co-signent un texte dans lequel ils formulent 10 idées neuves pour Marseille et la métropole.
Ils reviennent sur le contexte : «  Nous nous sommes fait élire en mars 2008 pour porter des projets. Nous en rendons aujourd’hui compte. En espérant que chacun fasse la même démarche démocratique. Nous parlerons du Conseil de développement de MPM et de son rôle dans la construction métropolitaine, des technopôles, du Vieux-Port et du tri sélectif. Pour 2014, notre démarche est la même. Nous sommes disposés à porter de nouveaux projets, à achever les anciens. Nous les précisons aujourd’hui. Notre famille politique est la gauche, le rassemblement de toute sa diversité est notre volonté  ».

« Nous ferons notre possible pour faire gagner la gauche à Marseille »

Ils rappellent : « Le PS n’a plus dirigé la ville de Marseille depuis 1989. La gauche n’est plus aux manettes depuis 1995. C’est une des raisons de l’état actuel de cette ville. Nous comprenons que cette longue abstinence, renforcée par la logique des primaires, a fait primer dans cette campagne le rassemblement des diverses composantes du PS  ».
Pour Jacques Boulesteix et Jean Viard : « Il reste maintenant peu de temps pour ouvrir aux autres attentes politiques la liste de gauche Verts/PS. Le départ solitaire du Front de Gauche, de certains écologistes, du Modem, puis de Pape Diouf en témoigne ; nous apprécions la symbolique de cette candidature et le geste qu’elle représente dans l’ancienne capitale coloniale mais, trop tardive, elle divise plus qu’elle n’ouvre le débat. Marseille peut encore basculer à gauche. Plus la campagne avance, plus les extrêmes et l’abstention progressent ; et progresseront, compte tenu du contexte national. Patrick Menucci nous a proposé des places sur ses listes. Mais nous voulons d’abord des projets à porter. Nous ferons notre possible pour faire gagner la gauche à Marseille ». Dans ce cadre ils formulent 10 idées neuves pour Marseille et la métropole.

« Nous ne souhaitons pas nous limiter au maniement des idées »

Ils préviennent immédiatement : « Sans la société civile engagée, sans les créateurs, les entrepreneurs..., il ne nous paraît pas possible de porter une nouvelle utopie urbaine apte à affronter et aménager une ville en crise si forte. Universitaires, quand nous nous engageons dans la bataille politique, c’est pour réaliser du concret au côté des professionnels de la politique. Nous ne souhaitons pas nous limiter au maniement des idées. La prochaine mandature sera celle de l’intégration du succès de Marseille Provence capitale européenne de la Culture 2013 à la vie publique et au développement économique et social, et celle de la construction, autour d’un projet rassembleur, de la métropole. Là sont les deux axes nécessaires d’un projet politique. Au-delà des discours, il faut des contenus, des porteurs de projet et une appropriation démultiplicatrice par le plus grand nombre ».

« Une nouvelle vision pour Marseille peut créer l’enthousiasme de la jeunesse et des abstentionnistes »

Ils lancent : «  La droite peut écrire un programme intéressant, elle a un faible bilan ». C’est pour mieux ajouter : « La gauche, notre gauche, ne doit pas seulement promettre ce qui aurait dû être fait depuis 20 ans ; elle doit capitaliser sur les initiatives urbaines que l’on observe partout dans le monde pour rêver le futur et entraîner les Marseillais à le bâtir ensemble. Marseille peut devenir une ville innovante dans le domaine social, économique et culturel sur des bases de justice, d’éducation et de sécurité. Une nouvelle vision pour Marseille peut créer l’enthousiasme de la jeunesse et des abstentionnistes  ».

« Il s’agit essentiellement d’une vision complémentaire »

Enfin, Jacques Boulesteix et Jean Viard considèrent : « Aucune des propositions que nous faisons ici n’est incompatible avec le programme qui portera l’ensemble de la gauche aux destinées de cette ville., d’une ouverture décuplée sur un monde et des projets en constantes mutations. Nous souhaitons porter un bouillonnement, des interrogations, des projets, des expérimentations qui feront des Marseillais eux-mêmes les acteurs de la métropole qu’ils attendent  ».

Luc CONDAMINE

Groupes d’Actions Métropolitain : 10 idées neuves pour Marseille et la métropole

Jacques Boulesteix et Jean Viard précisent, en présentant leurs 10 idées nouvelles pour Marseille et la métropole : « Ce texte n’est pas un programme. Seulement une contribution et des ajouts liés à notre expérience, nos métiers, le débat avec nos amis, l’observation de ce que nous voyons ailleurs. Les élections sont dans un peu plus d’un mois. Le délai est court mais suffisant pour insuffler, au-delà des partis, l’enthousiasme qui permet de gagner. Le maire sortant est à la tête d’une équipe usée. Les grands projets qui ont changé la ville- Euroméditerranée, le Mucem, le Vieux-Port, les zones franches- ont rarement été insufflés par lui. L’alternance, hors contexte national, serait dans l’ordre des choses. Patrick Mennucci est un rude combattant. Son programme est un bon programme de gauche, classique et solide. Certaines des propositions détaillées ici y figure déjà. Nous lui proposons une plus large ouverture à la société civile et lui tendons ici la main pour une utopie réaliste, faire de Marseille post 2013 le moteur innovant de la future métropole maritime monde que nous devons bâtir ensemble. Nous sommes prêts à relever ensemble ce défi  ».

La construction d’une métropole internationale

Le principal enjeu des prochaines années à Marseille est la construction d’une métropole puissante, cohérente, solidaire, démocratique et qui s’insère dans le jeu européen et mondial.
Cette métropole devra développer une vision neuve de l’économie, passer d’une culture de la redistribution de l’argent public à une culture de l’investissement et du résultat dans les domaines sociaux, économiques et environnementaux. Et ce avec un cadre politique métropolitain simplifié (fusion métropole, département), élu au suffrage direct dès 2020 et fiable pour les investisseurs. Le lien avec la Région y sera prioritaire. Sans un nouveau pacte de confiance autour du politique, l’énergie dépensée sera perdue.
Nous proposons la création dès avril 2014 d’un Club des 100 décideurs métropolitains qui lie par quarts grands élus, chefs d’entreprise, responsables d’institutions (Université, Port, technopôles, aéroport, CCI, CIQ, Iter, Marseille 2013, services publics...), syndicalistes, artistes et universitaires. Dès 2014, les Marseillais de ce club devraient devenir la « garde économique rapprochée  » du prochain maire.
Marseille est la dernière ville méditerranéenne où la mixité culturelle reste vivante et productive de liens et de biens communs. Faisons de notre ville une porte de la France vers le monde.

Capitaliser sur Marseille-Provence 2013

Capitaliser les effets bénéfiques de Marseille-Provence capitale européenne 2013 est le deuxième enjeu de la prochaine mandature. Si l’événement 2013 doit rester unique, de multiples innovations observées en tous lieux méritent développement. Une idée devrait être retenue : la fête des Équinoxes, que la ville fêtera tous les ans sur le Vieux-Port, comme Lyon organise la fête des Lumières, Lille, la grande Braderie, Strasbourg, le marché de Noël... Et ce dès 2015. Une réflexion sera engagée pour créer chaque année une avant-saison autour de Pâques, période libre pour ce genre de manifestations, qui positionnerait notre territoire en ouverture de l’été et de la période des festivals.
La culture doit se penser à la fois comme le lieu de la création et des artistes, mais aussi comme le lieu d’expression des arts de vivre ouvert à l’innovation sociale et à la diversité. Marseille doit réintégrer l’innovation sociale à son capital culturel.
En outre, on ne peut plus séparer la vie culturelle du rayonnement de la ville et du développement économique. Le marketing territorial est devenu un enjeu majeur de développement. Aussi nous suggérons l’engagement de chaque liste à désigner dès maintenant leur futur adjoint à la Culture et à l’Innovation. Sa légitimité dans ces domaines devra être incontestable.

Le territoire au secours de l’économie

Chacun enfin reconnaît dans cette ville que les grands entrepreneurs doivent entourer le maire au plus près durant son mandat. Celui-ci doit être l’ambassadeur économique de la cité. Ce qui impose une fiabilité et une transparence fortes des processus de décision publique et de travail en commun des élus. Comme chaque programme le dit, il y a urgence à créer un incubateur économique qui rassemble autour du maire, ou du président d’Euroméditerranée, les décideurs économiques de la cité. À terme, cet incubateur devra être transféré au niveau de la métropole. Le maire sortant ayant une vision un peu dépassée du développement, comme d’ailleurs de la sécurité, il n’a pas intégré cette logique présente à Lyon comme à Bordeaux, et même à Aubagne, depuis des années.
Mais il faut aussi changer le regard sur l’économie dans une période de frugalité publique et de faible croissance. Il manque dans cette métropole 60 à 100 000 emplois par rapport à des cités de tailles comparables. Aussi, le territoire doit venir au secours de l’économie. Notre objectif est que 20 % du PIB de la ville soit produit à terme par la production locale d’énergie, d’aliments, de services liés à l’accueil et au tourisme urbain.
L’économie localisée doit être un axe majeur de croissance. Une SEM pour la production locale d’énergie devrait être créée (objectif 2 % PIB urbain en 2020) et une politique pour la production alimentaire locale pour les écoles et les restaurants d’entreprises favorisée (objectif 1% du PIB). Chaque circuit court sera valorisé, en particulier dans le tri des déchets et leur réutilisation ; et dans l’amélioration de la qualité résidentielle, qui devrait être traitée au niveau des arrondissements par un marché du travail local. L’innovation passe aussi par la mise en place d’outils fonciers et financiers, intelligents et efficaces, dont une grande métropole ne peut plus se passer.
Nous avons été à l’origine du projet de Technoport ( technopôle portuaire et maritime), repris aujourd’hui par les différents programmes municipaux. Cette ville, en décalage avec ce qu’il se passe dans toutes les grandes métropoles européennes, n’a pas créé de technopôle depuis 30 ans ! L’offre de formation aux métiers de la mer est très faible. Même pas un IUT. Marseille semblait imperméable à l’idée de faire converger la recherche et l’innovation avec les activités portuaires. Toulon ou Sète avaient déjà pris des initiatives intéressantes, pas Marseille. C’est ce type de projet qu’il faut favoriser, ce sont ces types d’acteurs universitaires et économiques qu’il faut accompagner. La maîtrise des coûts, en particulier par un blocage des impôts, une politique foncière
copilotée avec la Région, des transports de plus en plus collaboratifs et des initiatives en matière de consommation doivent être au cœur du projet pour la ville. Il y a urgence sur le court terme pour des dizaines de milliers de Marseillais. Enfin il faut accélérer la polarisation des richesses dans notre ville. Le port et la métropole sont ici des atouts potentiels considérables. Des spécialistes comme Skatia Skassen estiment que ce sont dans les métropoles de 1 à 3 millions d’habitants que la croissance peut être la plus forte car il y a moins d’effets négatifs. Pour ce faire, il faut renforcer la masse critique de compétences, de financements, de terrains... et parallèlement favoriser les relations en réseau dans la proximité , dans la métropole, tout comme avec Nice, Avignon, Toulon, et Lyon, Grenoble et bien sûr Genève et Paris. Il faut mener cette double stratégie en même temps. La métropole, par sa cohérence, permettra enfin de développer des stratégies d’alliances à la carte pour son développement. Avec d’autres grandes villes françaises, comme Lyon pour la biologie et le médical, Toulouse pour l’aéronautique. Mais aussi avec d’autres métropoles étrangères, dans le domaine portuaire, universitaire, méditerranéennes comme Barcelone, Gènes ou Alger, mais aussi bien au-delà. Il n’y a pas de développement économique d’une grande métropole sans stratégie d’alliances.

L’urgence jeune

Marseille souffre d’abord par sa jeunesse. Décrochage scolaire, absence de formation, de travail, de vie privée, de logements, racisme... opportunité de la drogue, insécurité. Il faut un grand adjoint à la Jeunesse qui rassure et propose. Pour une part c’est la responsabilité de l’Éducation nationale, de la police, des institutions en place. Mais il faut renouveler la perspective et partir du désarroi de ces milliers de jeunes plus ou moins flottants. Et gérer l’immédiat. Pape Diouf pourrait avoir là une mission à sa taille.
On pourrait créer un campus de la deuxième chance. On y rassemblerait les écoles de la deuxième chance publiques ou privées, une zone en libre accès à internet, l’ensemble des services à destination des jeunes, permis de conduire aidé, aide aux logements, médecine, services sociaux, assistance judiciaire, offre d’emplois publics, en particulier dans l’armée et la police, Pass transport pour des lignes à usage éducatif, Pass culturel... et pourquoi pas une école numérique comme à Paris, une rue de la mode comme à Lille, et une pépinière d’entreprises de récupération et de réparation des objets numériques... On pourrait y intégrer une seconde école de la deuxième chance, voire une troisième privée, une cité, un restaurant... sur le J1 peut-être.
Ce campus de la deuxième chance pourrait être relayé par des micro campus, dans les quartiers où les jeunes en difficulté sont nombreux, nouvelle sorte de Maison des jeunes, nouvelle « friche » de l’innovation et de l’écoute. Le social doit changer de nature, intégrer la deuxième chance, le droit à la décohabitation familiale avant l’emploi, la société collaborative. Chaque jeune, à 16 ans, recevrait un Pass transport et hébergement national pour visiter la France, voire l’Europe, découvrir le train, Paris, en huit jours semi organisés. La fondation Vacances ouvertes pourrait être conseillère sur ce projet.
Parallèlement, l’Université unique devrait se doter de bus de transport pour organiser un gigantesque ramassage étudiant. Chaque étudiant a un portable : les repérer dans l’espace et structurer la mobilité de l’ensemble n’est pas compliqué. On pourrait aussi envisager dans des tours Labourdette peu à peu rachetées, concentrer les étudiants dans des appartements partagés et des studios de cité universitaire. On pourrait végétaliser les façades pour augmenter l’isolation et lier par bus ce grand campus étudiant Haute Canebière à Saint-Jérôme, Luminy et Aix.

Une intervention massive dans les quartiers Nord

Les problèmes des quartiers Nord sont multiples, accentués par la crise et par le départ régulier des habitants les mieux intégrés dans le tissu économique. Mais beaucoup de ceux qui y vivent y sont attachés. D’un point de vue géographique métropolitain, ces quartiers sont centraux. Nous avons dit que la jeunesse doit être première. Il faut aussi y penser mieux les personnes âgées et favoriser les proximités familiales dans le parc HLM. Nous devons lutter contre l’insécurité dans ces quartiers, certes par des moyens publics supplémentaires, mais aussi par une mise en débat de la première insécurité quotidienne qui est induite par la vente massive du haschich. Certains États américains, le Portugal, la Hollande, la Belgique expérimentent une légalisation encadrée. Cela devrait être débattue puis expérimentée sur Marseille. La France voit sa consommation augmenter alors qu’elle a fait le choix de l’interdiction dure ! Avec cette expérimentation locale, dont il reste à définir le contexte réglementaire, la légalisation progressive du haschich, notamment dans des produits dérivés comme le savon, créerait une nouvelle économie légale et intégrerait des compétences actuellement rejetées dans l’illégal. Cela ne résoudrait pas tous les problèmes de violences, mais dans une politique globale, ce serait un atout important de reprise de confiance.
Ensuite il faudrait créer une coopérative territoriale d’aménagement, peut-être par arrondissement, pour rassembler tous les acteurs réels de ces territoires – mairie, Conseil général, Région, État, Europe, Agence nationale pour la rénovation urbaine, Éducation nationale, police, justice, logeurs... mais aussi, et c’est essentiel, entreprises et associations dynamiques locales. Tous financements, y compris vers les associations, devraient passer devant cette instance de débat et d’information.
Machine à créer du lien par territoire, ces coopératives pourraient ensuite être généralisées à toute la ville sur le modèle des « communities » anglais. Il faut cesser que chacun travaille et dépense dans son coin.
Les services publics eux-mêmes doivent et peuvent être des acteurs de cette grande ambition. Santé, éducation, culture, transports et habitat sont au centre des difficultés de ces quartiers. Il faut réaffirmer la visibilité des services publics et la reconnaissance aux fonctionnaires qui s’engagent dans ces quartiers. Par exemple, des centaines de voitures de la ville pourraient être affectées aux enseignants de ces quartiers comme avantage en nature avec une couleur « éducation » comme la Poste est en jaune, les pompiers en rouge.
Il faut retisser la ville dans la proximité et dans ces liens avec les divers lointains. Par exemple, nous étudierons la réutilisation dans les cités des rez-de-chaussée pour y installer des open stores organisés en libre accès à internet pour que les habitants y viennent travailler, jouer, finir leur journée de travail.
La mixité des temps et des espaces est l’avenir de la ville. Cela doit commencer dans les quartiers les plus en difficulté. Le numérique est aussi un moyen de désenclavement. Partout il crée de nouvelles mobilités physiques, plus riches et plus profitables. Internet doit jouer le rôle qui fut celui du train au XIXe siècle dans les campagnes mais pour « les quartiers ».

Réinventer la fluidité et la mobilité

Marseille doit devenir un lieu d’expérimentation de la ville collaborative du XXIe siècle. Elle est en retard sur bien des plans : elle est immense, intégrée dans un espace métropolitain qui va de Fos à Cadarache et Bandol, parcouru par plus de 100 000 salariés par jour. Faisons de ces retards, qui paradoxalement nous ont évité bien des erreurs, des atouts. Et d’abord en matière de transport. Par exemple, les principaux moyens de déplacement à Marseille et dans la métropole sont la marche à pied et la voiture. Cela ne va pas changer beaucoup dans les 20 ans qui viennent. Même s’il faut miser aussi sur les transports en commun et le vélo. On peut augmenter la marche à pied comme l’a fait MPM avec la semi-piétonnisation du Vieux-Port, élargir les trottoirs, augmenter la sécurité des passants par des caméras et des agents en bleu. Il faut développer les pistes cyclables - mais c’est dans une ville en pente plus un loisir qu’un moyen massif de déplacement. On peut projeter d’allonger lignes de tram et de métro, de bus en site propre. Mais la voiture restera reine car le territoire est diffus.
Or les embouteillages gâchent notre temps et ralentissent l’économie. Au-delà des investissements publics indispensables mais lents à mettre en place, il faut penser la mobilité collaborative et en faire un immense chantier.
Soutenir l’auto-partage, favoriser l’arrivée de Uber (ce service de covoiturage urbain) à Marseille, autoriser les voitures avec quatre passagers dans les voies bus sauf sur le Vieux-Port, ralentir les entrées de ville à 50 km/heure sur les autoroutes et passer à quatre voies avec une voie bus/taxi/auto-partage à quatre, sans doute créer aux heures de pointe des voies à sens inversable comme aux USA ou à Montréal... L’avenir de la mobilité urbaine est largement dans l’automobile, mais avec d’ autres autos, d’autres usages.
Choisissons ce thème comme premier projet de la ville innovante. Bus universitaires, construction de parkings à étage sur ceux des supermarchés de périphérie et relais bus. Commençons par Plan de Campagne et Aubagne. Ligne bus SNCF direct de banlieue à banlieue dans la métropole : cela marche très bien en Île-de-France. Il y a mille idées tentées partout. Il faut aller voir et expérimenter, puis choisir.

Un modèle social collaboratif

Ce qui est vrai pour les mobilités n’est qu’une illustration des possibilités d’une ville pensée sur le modèle collaboratif. On peut favoriser les bibliothèques numériques moins coûteuses, les équiper de liseuses, on peut mettre en réseau les parents d’une même classe pour garder mutuellement leurs enfants voire se poser des questions sur les devoirs ou les problèmes de la classe. On peut avoir un site culture où les spectacles sont en accès direct et continu, on peut penser le haut débit comme devant d’abord se mettre en place dans les quartiers en difficulté avec une zone Franche numérique gratuite à Saint-Joseph...
La ville numérique se dessine comme une ville souple, où le partage qui améliore la qualité de vie, et parfois un peu le revenu, se répand. Marseille doit anticiper le XXIe siècle.
Il faut donc continuer la démocratisation des ordinateurs initiée par le Conseil général auprès des collégiens, réorganiser peu à peu les services publics pour que notre modèle social se régénère sur un modèle de plus en plus collaboratif et de moins en moins lourd en personnel technique. Par contre, le rôle d’animation et de rencontre du personnel doit être valorisé comme on le fait dans les aéroports et les gares.
L’enjeu n’est pas seulement d’améliorer la vie de la part très majoritaire de la société qui est connectée, mais aussi d’utiliser cette connexion pour déplacer l’effort vers ceux qui ne le sont pas et initier les jeunes de tous milieux à cette société collaborative émergente.
On devrait pouvoir dans le même axe de réflexion ouvrir à un marché d’échange de logements, y compris sociaux, pour ceux qui désirent changer de quartier. Et les habitants qui demandent un logement social, au-delà du numéro anonyme unique des dossiers, devraient pouvoir suivre leur candidature sur le net.

Une autre idée des espaces publics

Les structures des espaces publics sont en pleine transformation. La vie familiale s’est repliée quand elle le peut dans la maison avec jardin ou la double résidence. Plus de 100 000 jardins dans la ville ; des milliers de résidences secondaires. Et des quartiers entiers où les espaces publics sont insécurisés, voire captés par les dealers et la violence. Nous sommes face à une immense inégalité dans l’accès à la ville et aux loisirs urbains. Sans reparler des transports. Pour créer une ville fluide, il faut intégrer que de plus en plus de pratiques sportives, culturelles, festives aient lieu en dehors des bâtiments dédiés. Le jogging, la baignade, la lecture, l’ écoute de la musique, les rassemblements... échappent aux bâtiments publics. Aussi faut-il favoriser des lieux décalés, à usage divers, style J1, des zones de bancs denses comme à Strasbourg, des piscines flottantes dans les ports, à L’Estaque, au J4, à la Pointe rouge -comme à Lyon... Il faut multiplier des usages marginaux des institutions officielles de la culture. On doit pouvoir aller lire l’après-midi dans la salle de l’Opéra- comme à Nantes...
L’avenir de la ville est dans la souplesse, le partage et la frugalité. Nous devons construire cette ville ouverte par des usages variés et irréguliers. Remettre à plat l’ensemble du parc des bâtiments publics et associatifs. Il ne faut pas toujours rajouter mais réutiliser, transformer, connecter. Nous l’avons fait avec le Vieux-Port.
Le premier succès de 2013, c’est la réappropriation populaire du centre-ville. Il faut continuer, achever cet immense chantier avec un grand jardin jusqu’aux Catalans et en dessous de Saint-Victor - et y intégrer la réplique de la grotte Cosquer. Il faut aussi lier la mer à Borély : c’est une bonne idée. Mais il faut faire pareil à l’Estaque et vers l’Ouest.
Marseille est une ville où la nature est omniprésente et où elle pénètre le tissu urbain sous de multiples formes. Félicitations au Parc national des Calanques. Il ne faut pas banaliser la ville style « moderne convivial ». Il faut une pensée marseillaise des espaces, des jardins, des bancs, des bâtiments...

Une vie moins chère

On a inventé au XXe siècle le parc social du logement. Certes trop institutionnalisé, il coûte cher et pour un résultat insuffisant. Mais la démarche est bonne. Il faut aujourd’hui faire la même chose pour la consommation.
Il y a beaucoup à faire dans les économies d’énergie, le transport partagé, les gardes réciproques d’enfants. Deux exemples ont retenu notre attention. Aux USA, 16 000 clients ont racheté leurs supermarchés et chacun y travaille quelques heures par mois en échange de bons d’achat. Cela fait fortement baisser les prix. Les plus grands groupes français observent ce cas avec intérêt.
En Angleterre, autre exemple : une chaîne de supermarché ne vend que des produits à consommer dans les deux jours, pour des prix très faibles. Cette chaîne est réservée aux gens défavorisés. Souvent, ils ont malheureusement beaucoup de temps disponible et ils peuvent aller faire leurs courses tous les deux jours. Les supermarchés y gagnent car ils ne doivent pas financer le tri sélectif des produits jetés. L’économie circulaire offre d’extraordinaires opportunités. Vivre mieux avec des revenus modestes doit devenir un enjeu collectif dans une société à la croissance plus lente.

Une ville innovante et fiable qui écoute, agit et réagit

La fiabilité de la vie publique et le redressement de l’image des élus sont des enjeux premier. Les élus devraient individuellement signer la charte Anticor 2014 (engagement anticorruption), et les candidats s’engager à soutenir financièrement, s’ils sont élus, l’association dans la ville et la région. L’adjoint à la Culture et à l’Innovation pourrait créer un observatoire des pratiques innovantes (en France et dans le monde). On pourrait le créer avec Lyon, Lille, Toulouse, Paris... et fonder autour de lui un réseau des grandes métropoles monde. Partout les villes innovent, Et après il faut mettre en débat, instaurer une culture de panels qui travaillent sur les sujets novateurs comme à Lille, créer des coopératives territoriales d’aménagement par arrondissement, favoriser la naissance de sites de débat participatif, intégrer les CIQ et les associations représentatives, les syndicats dans les processus de décision. Chaque mairie de secteur doit devenir une
maison du débat public et de la participation citoyenne. Il faut y créer des conseils de jeunes Il faut y intégrer la ville des enfants de Marcel Ruffo. Le projet de « Davos de l’environnement » de Stéphane Paoli à l’Hôpital Caroline...
La démocratie et le débat doivent devenir des manières de vivre ensemble. Le conseil de développement de la métropole devra jouer un rôle dans le développement de ces nouvelles formes de démocratie. Tant par ses outils d’aide à la décision publique et les moyens dont il doit disposer, que par sa capacité à contribuer à l’évaluation des politiques publiques. Car si le débat doit être permanent et concerner le plus grand nombre, la démocratie locale doit être interactive et se nourrir des retours d’expériences. Reconnu légalement, le conseil de développement peut jouer ce rôle de facilitateur de débat public par de multiples acteurs en s’appuyant sur son indépendance en dialogue avec les élus. Nous prônons depuis longtemps une plus grande implication de la société civile dans la chose publique. Depuis Dubedout à Grenoble en 1971, à chaque fois que la société civile a participé à la vie municipale, cela a été l’occasion d’un réel renouveau des idées et des projets. Marseille l’a montré avec Robert Vigouroux entre 1989 et 1995. La société civile, organisée, indépendante, constitue les forces les plus actives et innovantes de la cité. Cette ouverture est toujours difficile, mais elle est aujourd’hui indispensable à Marseille.

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