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Marseille. Fondation des Apprentis d’Auteuil : Le Cloître, exemple réussi de l’utilisation des fonds européens

vendredi 6 décembre 2019

Est-ce si simple d’actionner le levier des fonds européens ? Pas vraiment, si l’on en juge par les chiffres. Pour autant, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, on sait solliciter cette manne. Présent à Marseille pour une réunion nationale visant à établir un bilan en la matière, Marc Lemaître, directeur général de la politique régionale et urbaine de la Commission européenne, a pu le constater lors de la visite du Cloître, pôle entrepreneurial d’innovation sociale sis dans le 13e.

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(Photo Mireille Bianciotto)
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De gauche à droite, Bruno Galy, directeur régional Paca de la Fondation des Apprentis d’Auteuil, Arnaud Castagnède, directeur du cloître et Marc Lemaître, directeur général de la politique régionale et urbaine de la Commission européenne (Photo Mireille Bianciotto)
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Le cloître, c’est 1 400 m² sis dans le 13e arrondissement de Marseille (Photo Mireille Bianciotto)

C’est l’histoire d’un cloître qui changea de karma. De religieux, il devint en janvier 2019 un pôle entrepreneurial... mais pas un pôle lambda. Visant l’innovation sociale, c’est à la Fondation des Apprentis d’Auteuil, rachetant les lieux, qu’il doit cette nouvelle vocation. Puisque ce qui était aux prémices du projet, un seul établissement de formation des jeunes fragiles et de leurs familles, se fait fort aujourd’hui d’accueillir les entreprises et start-up qui partagent cette vision sociale et ce goût pour l’insertion. Parmi ces dernières, Totem Mobi par exemple. Plus largement, c’est tout un écosystème qui permet de (re)mettre le pied à l’étrier de ces jeunes âgés de 18 à 30 ans, in situ au nombre de 250 (soit 50 de plus que l’objectif de départ) depuis 11 mois. Mais aussi, de lever tous les freins à leur embauche future et de les inviter à la table d’une véritable culture de l’économie sociale. Skola, la fabrique numérique Simplon, l’Ouvre-Boîte (structure d’appui à la création d’entreprise des jeunes du territoire), Le paysan urbain (ferme urbaine bio), la Tablée des chefs (visant l’éducation culinaire), œuvrent par exemple en ce sens en s’étant établis au Cloître... qui de son ancienne vie religieuse, n’a conservé que le nom. Ces 1 400 m² sis dans le 13e arrondissement de Marseille auraient difficilement pu voir le jour sans un faisceau de financeurs, notamment publics. Les fonds européens ayant justement contribué à ce succès, à hauteur de 1,3M€ (la fondation ayant quant à elle mis 2,2 M€ sur la table) pour les travaux et le bâti, sans compter l’octroi d’enveloppes régulières au titre de l’accompagnement de ces jeunes. Et justement, ce 21 novembre, Marc Lemaître, directeur général de la politique régionale et urbaine de la Commission européenne, avait fait le déplacement dans la cité phocéenne pour mesurer les effets sur le terrain de ladite politique. Sur le Cloître dit-il, le bilan est « positif », puisque entre autres constats, « 80% de ceux qui sont passés par ici ont trouvé ensuite un emploi ».

Des passerelles facilitées, des parcours plus complets

Des résultats dont se réjouit forcément Bruno Galy, directeur régional Paca de la Fondation des Apprentis d’Auteuil. Et ce dernier sait rendre à César, quand il s’agit d’expliquer ce qu’a permis de réaliser la manne européenne. « Grâce à l’aide aux travaux nous avons pu rendre les lieux jolis, dignes, pour renvoyer comme message à ces jeunes qu’ils sont importants. Finançant par ailleurs les dispositifs d’accompagnement, les fonds européens nous permettent d’aller sur de l’innovation, d’essayer de nouvelles formes de travail et de pouvoir justement expérimenter des solutions. Elles sont peut-être plus courtes pour certains, plus longues pour d’autres, mais avec en priorité un suivi sur les freins périphériques », qu’il s’agisse de mobilité, de santé, de situations familiales particulières, de besoins d’alphabétisation... L’innovation sociale, c’est donc le fil directeur commun à tous les résidents du Cloître, puisque toute personne qui le rallie contribue à la mise en œuvre de ce projet commun. Exemple avec L2Phone, « plateforme de formation pour les centres d’appel. Elle forme des jeunes justement et les emmène vers l’insertion mais en même temps, c’est une vraie entreprise qui a elle-même son marché ». Ainsi, les passerelles existent entre ces PME et les jeunes accueillis. Passerelles multidimensionnelles parfois, puisque la diversité des structures présentes permet aussi d’apporter à ces derniers plus d’une corde à leur arc, illustre encore Bruno Galy. « On peut très bien imaginer qu’un jeune qui a un parcours de formation dans la restauration puisse bénéficier aussi d’une formation en anglais, de quelques heures chez le paysan du coin pour voir ce que c’est que l’agriculture. Puis qu’il puisse aussi aller au restaurant... Plus un jeune aura un parcours complet, plus il aura de facilités à s’insérer dans la vie ». Sans oublier la force du réseau au Nord de Marseille, en dehors du Cloître, qui lui aussi œuvre à l’insertion de ce public. Exemple avec « "Cap au Nord Entreprendre", un des premiers partenaires qui a signé un accord avec nous ».

Entretien avec Bruno Galy, directeur régional Paca de la Fondation des Apprentis d’Auteuil

De la difficulté à actionner le levier européen

Ainsi, Marc Lemaître a pu approuver toutes les spécificités du modèle mis en œuvre sur ce pôle entrepreneurial du 13e arrondissement. Mais il se déplaçait aussi à Marseille pour faire le bilan annuel des fonds structurels européens lors d’une réunion nationale portant sur leur réexamen, ce aux côtés de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, Jacqueline Gourault, et du président de l’association des Régions de France, Renaud Muselier. « Cette réunion annuelle rassemble les autorités de gestion de toutes les régions de France qui ont leur propre programme de mise en œuvre de la politique de cohésion financée, co-financée par le budget de l’Union Européenne », précise-t-il. L’occasion donc de dresser un état des lieux de l’utilisation des fonds européens par ces dernières. Plus précisément en Provence-Alpes-Côte d’Azur, explique Marc Lemaître, la collectivité « en fait une excellente utilisation. Elle est fortement axée sur l’innovation dans les entreprises, sur le développement durable et comme nous le voyons ici, avec le projet du cloître, sur l’intégration sociale et sur l’emploi ». Bilan positif donc pour le directeur, qui souhaite « le plus rapidement possible discuter concrètement de la future période de programmation qui pointe à l’horizon et couvrira la période 2021 à 2027 ».
Il est à noter que, si Renaud Muselier se fait fort d’actionner le levier européen -et il n’hésite pas à communiquer sur les réalisations que cela permet de constater en Région - ce n’est pas le cas dans toutes les collectivités françaises...

« Choc de simplification »

Justement, la secrétaire d’État chargée des affaires européennes Amélie de Montchalin a déclaré au journal Les Échos que la France aurait plutôt tendance à sous-exploiter les fonds structurels européens (elle n’utilise que 75% de son enveloppe globale). Ce qui a motivé une proposition au Congrès des maires sur « une simplification des procédures de paiement des fonds européens au profit des porteurs de projets ». Concrètement, il s’agirait de « regarder où ça coince, de comprendre pourquoi c’est plus compliqué en France qu’ailleurs », puis d’opérer ce qu’elle appelle « un choc de simplification ». Pour autant, Marc Lemaître nuance tout d’abord ce constat au micro de notre rédaction... « Ce que je retiens, c’est que d’abord, l’état de la mise en œuvre des fonds en France aujourd’hui correspond à peu près au degré de mise en œuvre européen moyen, donc la France ne sort pas particulièrement du lot ». Puis il rebondit ensuite dans le sens d’Amélie de Montchalin. « Aujourd’hui, nous entendons beaucoup que nombre de porteurs de projet se détournent des financements européens de par la perception de complexité, de risque d’encourir des corrections financières et de par la charge que représente le contrôle financier qui accompagne les soutiens ». S’il y a consensus sur le diagnostic, il y a aussi accord sur le traitement à prescrire : « Il y a un impératif de simplification et elle passe par deux niveaux. Le premier c’est celui des règles communes qu’on se donne pour la politique de cohésion et nos propositions pour l’avenir ont pleinement convaincu. Il y a un deuxième niveau indispensable, celui des règles d’accompagnement qui sont décidées par ceux qui mettent en œuvre la politique ». Il s’agit donc ici de réglementations nationales et de règles décidées au niveau régional par les autorités de gestion. Et en la matière, il y a nécessité d’« analyser et d’identifier ensemble les mesures indispensables pour alléger les règles et pour faciliter l’accès aux financements. » Outre ces moments d’étude, le directeur souligne enfin l’importance de s’inscrire dans une démarche d’innovation dans les projets visant un financement par l’Europe. « Cela signifie, bien entendu, soutenir l’évolution de nos sociétés, de nos économies vers un développement pleinement durable. C’est indispensable pour assurer l’avenir. Et cela signifie aider les jeunes à trouver leur place dans ces transformations, qui vont être des transformations profondes ». Ce, qu’il s’agisse de numérique, de transition écologique, de nouvelles tendances sociales, sociétales ou économiques.

Entretien avec Marc Lemaître, directeur général de la politique régionale et urbaine de la Commission européenne

Carole PAYRAU (Rédaction) - Mireille BIANCIOTTO (Son)

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