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Migrants en Méditerranée : Entretien avec l’historien et sociologue Benjamin Stora

vendredi 17 juillet 2015

Destimed : Une possibilité de quotas pour accueillir des migrants en Méditerranée vient d’être rejetée au niveau européen. Qu’en pensez-vous ?
Benjamin Stora : il y a eu un refus officiel... Même si ce n’est pas la solution idéale j’étais partisan pour que des quotas soient mis en œuvre. Cela permettrait au moins d’ouvrir une porte et d’accueillir quelques milliers de réfugiés, ce que l’on appelle aujourd’hui les migrants. Mais, le chef du Gouvernement britannique David Cameron s’est prononcé contre ces quotas.

Il n’est pas le seul. Donald Tusk, le président du Conseil européen s’est également prononcé contre...
C’est regrettable. Visiblement les gouvernements ont peur de leur opinion publique, des élections. Et puis, il y a une pression populiste qui s’exerce de la Hongrie à l’Angleterre et qui demande les fermetures des frontières. Je crains que l’Europe ne s’oriente plus vers des solutions de fermeture que d’accueil.

Vous avez déclaré qu’il fallait plus de compassion à l’égard des migrants. Qu’entendez vous par là ?
Dans les années 70, il y avait des mouvements de solidarité qui s’exprimaient à l’égard, par exemple, des réfugiés espagnols républicains qui franchissaient la frontière, les Pyrénées, dans des conditions très dures. Même si c’était difficile, il y avait ces mouvements de solidarité notamment de la part de la gauche française. Là, on a le sentiment qu’il n’y a pas du tout de mouvements de solidarité ou alors extrêmement minoritaires. On assiste à une sorte d’individualisme qui s’exprime en Europe qui est en fait de l’égoïsme donc, j’ai voulu parler de compassion à l’égard des migrants en réponse à cet état d’esprit, à ce repli sur soi.

...Compassion de la France ou de tous les pays européens ?
De tous les pays européens car cette question migratoire est un drame pour l’ensemble du bassin méditerranéen et donc pour l’ensemble de l’Europe, et cela touche tous les pays européens. Après, il est vrai que la France est aussi concernée, à titre personnel, de par l’Histoire. Elle doit de ce fait s’exprimer et tendre la main. Mais, encore une fois, il y a une grande peur de l’état d’esprit des populations et des sociétés.

Que souhaitez-vous comme solution urgente ?
Je ne sais pas et je m’interroge ! Je ne suis pas un responsable politique mais j’essaie de donner un point de vue. Je pense que déjà il faudrait loger ou reloger dans des conditions décentes et correctes l’ensemble de ceux qui ont choisi la France, terre d’asile, terre d’accueil, cela me parait une solution immédiate pour qu’ils puissent bénéficier du droit au logement. Mais ce n’est pas évident du tout. Par ailleurs, il faut étudier de manière beaucoup plus rapide les procédures du droit d’asile parce que ce sont des personnes qui fuient des régimes politiques et des guerres, ce ne sont pas simplement des migrants économiques.

Justement c’est le sociologue et l’historien qui parle mais pour le Président du Musée des migrations, quel rôle peut jouer ce dernier ?
Un musée ce n’est pas une institution d’aide. L’objectif de ce musée c’est de faire en sorte que l’on puisse restituer l’histoire de l’immigration de la faire connaître, de valoriser l’apport de l’immigration dans la construction de l’Histoire française. C’est difficile à montrer. Le simple fait qu’il y ait un musée national sur ces thématiques est un acte tout aussi fort que difficile tant culturellement que politiquement notamment dans la conjoncture actuelle marquée par un le refus de l’Autre, de l’étranger.

Que pensez-vous de la déclaration du Premier ministre, Manuel Valls, à propos du djihadisme, évoquant une « guerre de civilisation » devant la représentation nationale ?
Oh vous savez, je crois que l’essentiel ce n’est pas de mettre de l’huile sur le feu mais au contraire de faire en sorte, par la parole politique publique, de ne pas creuser des fossés entre les personnes et les peuples.

De tels propos ne rallument-ils pas le feu ?
J’espère que non. Mais je pense qu’il faut éviter de multiplier de telles déclarations dans une conjoncture très difficile. Mieux vaut des déclarations d’apaisement.

Juste un mot sur la Grèce et le référendum...
Je ne suis pas un spécialiste de la Grèce. Mais elle reçoit de nombreux migrants sur son territoire et elle fait face.

Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Malgré la politique d’austérité qui lui est imposée, la Grèce ne refuse pas d’accueillir les migrants ce qui est aussi le cas de l’Italie. Ces deux pays sont les plus touchés par les migrants et il n’y a pas de déclarations d’exclusion. il faut donc le dire et montrer le courage des politiques mais aussi des intellectuels de ces pays-là et en particulier les Grecs par rapport à ce problème humain. Car c’est un problème humain. Et il ne faut pas sombrer dans des considérations idéologiques ou politiques au sens négatif mais tout simplement prendre pleinement conscience que nous sommes là devant un problème d’humanité.
Propos recueillis par Jacky NAIDJA

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