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Mucem : les ministres français et algérien de la Culture inaugurent l’exposition « Made in Algeria »

mercredi 20 janvier 2016

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(Photo Robert Poulain)
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(Photo Robert Poulain)

Fleur Pellerin, ministre de la Culture française et Azzedine Mihoubi, ministre de la Culture algérien viennent d’inaugurer l’exposition « Made in Algeria, généalogie d’un territoire », que le Mucem à Marseille accueille. Pour la ministre : « Les cartes prennent la parole. A leur façon, elles racontent une histoire. Car, les cartes sont avant tout une "Imago Mundi". Et comme toute image du monde, elles ne se contentent pas de décrire un territoire : elles en font le récit et le reconfigurent. Les cartes révèlent l’intérêt, le désir ou le point de vue qui façonnent le regard de celui qui les dresse ». « L’exposition, poursuit-elle, dépeint les mécanismes du contrôle, celui de l’ordre colonial. Elle retrace l’histoire d’un sentiment -devrais-je dire l’orgueil ?- qu’Hédi Kaddour appelle "prépondérance", qui a conduit une administration et des hommes à reléguer sur les territoires les plus pauvres près de 90% de la population du pays ». Mais, ajoute-t-elle, ses cartes racontent aussi, « l’Algérie telle que la voient ses habitants d’aujourd’hui, de l’effervescence politique d’Alger après 1962, lorsqu’elle fut la capitale culturelle des mouvements postcoloniaux, jusqu’au regard que les artistes portent sur la topologie de leur pays, reflet de leur histoire, nationale et intime à la fois ». Elle considère : « De l’Algérie vue de loin à l’Algérie au plus près, de l’imagerie de la conquête à celle de l’indépendance, c’est tout cela que raconte, avec beaucoup de justesse, de délicatesse et d’intelligence, Made in Algeria ».
Azzedine Mihoubi, ministre de la Culture d’Algérie, considère pour sa part : « C’est la présentation de l’histoire cachée, un témoignage de notre génération sur cette histoire ». Et de se réjouir : « C’est la première fois que l’on voit certaines cartes et certaines œuvres. Cela montre l’intérêt que l’on porte à ce sujet ». A ce propos, il tient à mettre en garde : « Nous ne devons pas avoir peur de l’Histoire. La peur de l’Histoire fait qu’elle se transmet de génération en génération. Elle devient otage de cette peur et c’est cela que cette exposition sert à dépasser ». Alors, pour le ministre : « Cette exposition est un début pour l’ouverture des dossiers sur l’histoire ancienne et nouvelle. Aux académiciens et aux chercheurs, qui ont pour fonction de dépasser les politiques de travailler, de creuser les pistes qui s’ouvrent là car l’histoire nous impose d’avoir un regard objectif par rapport aux événements ». Il ne cache pas son espoir de voir cette exposition aller à Alger.
Comme en écho, Fleur Pellerin indique : « Nous avons profondément besoin d’œuvres et d’événements qui s’attachent à offrir un éclairage partagé sur une histoire commune. Le travail des historiens et des artistes est essentiel pour construire un avenir serein, où le passé est compris et dépassé ». Et de saluer le travail des deux commissaires de l’exposition, Zahia Rahmani et Jean-Yves Sarrazin, « qui ont su avec force talent occuper l’écrin que leur a dessiné pour l’occasion la scénographe Cécile Degos ». Puis, de se tourner vers Azzedine Mihoubi : « Vous accueillir entre ces murs est presque une évidence. Le Mucem réserve en effet à l’Algérie une place toute particulière, dans ses collections, dans sa programmation comme dans ses coopérations ». Selon elle, « Que Marseille réserve à l’Algérie une place si particulière relève de l’évidence géographique, intellectuelle et culturelle : la cité phocéenne est une porte ouverte sur cette mer qui nous relie bien plus qu’elle ne nous sépare. Que serait Marseille sans la Méditerranée ? La mer est notre berceau et notre bassin commun ». Et de considérer : « Dans la période que nous vivons, dans cette période faite de bouleversements et de mutations, chaque génération doit pouvoir en effet trouver des lieux où l’histoire partagée et les influences culturelles réciproques sont montrées et racontées. C’est ainsi que chacun pourra à son tour apporter sa pierre et laisser sa marque sur cet héritage ». Elle interroge : « Que seraient nos deux rives sans le commerce des marchandises et des idées, qui remontent aux premiers comptoirs phéniciens ? ». Avant d’affirmer : « C’est ainsi que nous répondons à ceux qui pétrifient les cultures et les instrumentalisent, pour en faire un poison identitaire ou nationaliste. C’est ainsi que nous répondons à ceux qui essentialisent les cultures et réduisent à peu de choses leur complexité et leurs contradictions, pour justifier des replis communautaires ». Elle rappelle enfin : « Nos deux gouvernements ont choisi de le densifier par nos coopérations culturelles, en particulier dans le secteur du livre, du cinéma, de l’audiovisuel et du patrimoine. Des échanges réguliers entre professionnels de la culture sont prévus tout au long des années 2016 et 2017 ». Elle évoque à ce propos le Salon International du Livre d’Alger, qui s’est déroulé en octobre, avait fait de la France l’invité d’honneur. « En mars prochain, Constantine, Capitale de la culture du Monde Arabe, sera l’invitée spéciale du Salon du Livre de Paris ».
Antoine LAZERGES

Mucem : A propos de « Made in Algeria » et « J’aime le panorama » trois questions à... Jean-François Chougnet et Thierry Fabre

Le Mucem accueille actuellement les expositions "Made in Algeria, généalogie d’un territoire" et "J’aime le Panorama", deux manifestations qui dialoguent, se nourrissent. Made in Algeria est la première exposition d’envergure consacrée à la représentation d’un territoire, l’Algérie. Elle montre comment l’invention cartographique a accompagné la conquête de l’Algérie et sa description. Pendant que « J’aime le panorama » nous rappelle que, issue d’une logique scientifique et militaire avant d’être accaparée par la société du spectacle, l’expérience panoramique pose la question de notre rapport au monde ou au paysage, maîtrisé ou inconnu, au tourisme de masse, à la consommation de points de vue formatés, à l’image comme source de divertissement.

Trois questions à Jean-François Chougnet, président du MuCEM

Jean-François Chougnet, comment se fait l’articulation entre l’exposition Panorama et celle-ci toutes deux au MuCEM en même temps pendant un mois ?
Il y a une articulation sur le plan du territoire pensé en regard. L’une est essentiellement européenne, « J’aime le Panorama ». Ici pour « Made In Algeria, généalogie d’un territoire », nous avons traité la partie cartographique et l’image parce que l’on ne peut traiter la cartographie sans lui donner une vision au moins en deux dimensions. Effectivement l’idée de déplier ces territoires méconnus est déjà dans le phénomène Panorama au XIXe siècle en Europe. Le propos qui est sous-jacent dans « Made In Algéria » est que ce sont des territoires très proches et en même temps très méconnus.

En 1852 les cartes établies n’ont pas de limite au Sud, pourquoi ?
C’est une idée qui a été mise en place par un certain nombre d’historiens de la cartographie qui consiste à dire qu’au moment de la conquête française on connait moins bien le territoire algérien, en dehors de la côte, que l’on connaissait le Brésil au XVIIe siècle. Ce qui est un paradoxe assez étonnant. Il y a des tas de raisons que les historiens analysent très bien : les relations commerciales sur les côtes et un système belliqueux avec la ligne des montagnes qui fait écran entre les différentes parties du territoire algérien vers le sud. L’invention de l’Algérie se fera en avançant, ce qui explique pas mal de choses.

Y a-t-il un lien plus net pour le visiteur entre ces deux expositions au MuCEM ?
Il y a un lien ne serait-ce que dans les titres des différentes étapes de l’exposition.

Trois questions à Thierry Fabre, responsable du département du développement culturel et des relations internationales du MuCEM

Thierry Fabre, n’y a-t-il pas un risque que cette exposition soit mal accueillie par des algériens de l’immigration à Marseille ?
Ce n’est pas une célébration de la colonisation mais une histoire de la conquête à travers des cartes qui soulignent des contrepoints réels avec des artistes contemporains et avec des textes qui montrent très bien ce dont il s’agit. Il ne s’agit pas d’être dans la dénégation de l’histoire mais la reconnaissance de l’histoire. Ce n’est à aucun moment une célébration de la colonisation. Cela montre au contraire des actes qui sont particulièrement durs comme l’appropriation des terres et en même temps l’imaginaire qui a existé.

Y a-t-il eu une réaction de la partie algérienne ?
Il ne me semble pas que le ministre de la Culture ni l’ambassadeur d’Algérie aient été particulièrement choqués de cette histoire. Cette exposition, surtout de cette ampleur mérite d’être explicitée et je pense qu’elle est assez claire. Quand l’intention est droite, il est rare que la perception devienne mauvaise.

Le lien avec l’exposition « j’aime les paroramas » ?
Il est explicite.

Propos recueillis par A.L.

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