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Municipales à Marseille 11/12. Entretien. Yannick Ohanessian : "Nous ne sommes pas un parti politique, mais un outil au service des gens. Il faut penser à fabriquer des politiques publiques pour les Marseillaises et Marseillais"

vendredi 26 juin 2020

Yannick Ohanessian, la tête de liste du Printemps Marseillais (PM) dans les 11e et 12e arrondissements est en lice, dimanche 28 juin, avec trois autres candidats dans un 6e secteur qui devrait afficher des résultats très serrés. Jeudi 25 juin matin, il nous a accordé un entretien pour expliquer sa démarche politique, comme celle du PM. « On sort d’un cycle politique qui a commencé sous Gaston Defferre, qui se termine avec Jean-Claude Gaudin,rappelle-t-il, même si, sur un plan personnel, je ne les mets pas sur le même plan. Mais on est à la fin de ce cycle, et on en ouvre un nouveau. C’est évident pour nous : la démocratie locale, participative, la transition écologique, c’est le cours de l’Histoire, qu’on le veuille ou non. » Pour rappel, dans les 11e-12e, les autres listes en présence pour la mairie de secteur sont celles du sortant Julien Ravier pour Les Républicains (28,1 % au premier tour), de Franck Allisio pour le Rassemblement National (23,3 %), de Robert Assante (DVD) pour le candidat « dissident » Bruno Gilles (10,8 % au premier tour). Yannick Ohanessian pour le PM a recueilli 16,3 % des suffrages le 15 mars dernier.

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Le candidat pour le Printemps Marseillais dans les 11e et 12e de Marseille, Yannick Ohanessian, jeudi 25 juin au matin dans un café du village de Saint-Barnabé. (Photo Bruno Angelica)

Destimed : Quels rapports personnels entretenez-vous avec ces quartiers composant les 11e et 12e arrondissements, secteur où vous briguez dimanche sa mairie ?
J’ai un attachement très particulier à ces 11e et 12e, davantage je pense que l’ensemble des autres candidats en lice pour le 2e tour ici. Je suis né ici, j’y ai fait toute ma scolarité, j’étais par exemple au collège Darius Milhaud. Je n’ai jamais quitté ce secteur, j’y vis avec ma femme et mes trois enfants. J’ai toujours été actif dans le mouvement citoyen, dès l’adolescence, en étant vite attiré par le milieu associatif, j’avais déjà cette fibre militante. J’ai participé à la vie d’associations comme Médecins du monde, aidé des enfants arméniens en difficulté. L’engagement a toujours été essentiel pour moi, et ce sera un vrai combat à venir, au-delà de l’aspect politique, pour savoir comment passer au mieux d’un rôle d’habitant à un rôle citoyen. Je n’ai pas à la base de vocation à devenir politicien, suis issu d’une famille très modeste, au sein d’une fratrie de 4 garçons. Ma mère n’a pas travaillé longtemps pour s’occuper de nous. Mon père avait des petits boulots. Je pense voir les atouts, la beauté de ces arrondissements, et, au fil des années, j’ai pu voir aussi toutes les problématiques.

Justement, quels sont les principales problématiques, comme vous dites, de ce secteur, de ces quartiers ?
Il y a d’énormes différences et fractures suivant qu’on habite dans le village de Saint-Barnabé ou au-delà de la vallée de l’Huveaune, par exemple. Depuis 24 ans, on a pu voir que la municipalité en place n’a pas pensé la ville. Ici, on a de la bétonisation partout, nous n’avons plus d’espaces. On est tous inquiets pour notre avenir en voyant dans quel état sont nos parcs et jardins. Les responsables à la mairie de secteur ont misé sur le parc de la Moline, c’est très bien, mais regardez celui de la Mirabelle ? J’y allais gamin pour pique-niquer avec mes parents, aujourd’hui ce parc est à l’abandon total, à deux pas de la mairie de secteur. Il faut savoir repenser au vivre ensemble.

Pourquoi avez-vous eu envie de vous engager en politique ? Quelles en sont les principales raisons et quel itinéraire a pu vous mener à ces élections municipales ?
Je suis cheminot à la SNCF, j’ai un emploi, une vie sociale tranquille, tout va bien dans ma vie. Je ne fais pas de la politique pour avoir du pouvoir, pour gagner des sous, cela ne m’intéresse pas. Je viens d’un engagement associatif et j’ai basculé dans un engagement politique car j’estimais que par le biais politique on pouvait changer les choses. Je suis rentré très tôt au Parti socialiste, je n’en ai pas pensé que du bien, notamment ici au niveau du Département, comme au plan national. Mais, pour moi, il y a toujours avec lui l’idée de faire l’équilibre. Pour cela, la social démocratie était intéressante pour faire l’équilibre entre la gauche radicale et une droite libérale qui ne peut plus fonctionner ainsi. Cette ligne médiane, c’est ma ligne de conduite, et je crois en cela pour Marseille. Dans le but de fabriquer avec les citoyens à l’avenir les politiques publiques, de renouveler le personnel politique. Les sortants ont trop pensé cette ville par intérêt et base électoralistes. A l’image de la réalisation de ces trois lignes de métro rapprochés sur un kilomètre d’intervalle à Saint-Barnabé, qui ont coûté des millions, sous Roland Blum. Ceux qui en bénéficient en sont très contents, et c’est normal, mais pour les autres ? Les autres quartiers ne sont pas reliés. On a manqué d’une vision à l’échelle de la ville. Pour moi, la majorité sortante a pensé à satisfaire les intérêts privés au détriment de l’intérêt général. C’est ce qui nous oppose en premier lieu à cette majorité en place.

Mais quelles garanties, solides, peut donner le Printemps Marseillais pour dire aux gens de ce secteur qu’il va pouvoir changer tout ce qui n’irait pas ?
Ce qui a fait la force du PM, dès la genèse de sa construction, c’est que nous avons été plusieurs à partager le même constat dans la ville. A savoir des fractures sociale et territoriale, fortes, à savoir qu’on ne trouve à sa tête plus aucune volonté d’apaisement, de réunification. Aujourd’hui, il y a ce clivage entre tous les quartiers dans la ville : Est, Ouest, Nord, Sud, et, ici, à l’intérieur même de ce secteur, on a l’impression qu’un mur s’est construit sur l’Huveaune. Quand on voit comment évolue l’axe de Saint-Marcel jusqu’à la Pomme, et qu’on compare à la situation à Saint-Barnabé, on se dit qu’il y a derrière une volonté politique de l’équipe sortante de ne plus du tout comprendre la ville. Ils ont décidé de faire de cette ville une vitrine touristique, sur carte postale, sur papier glacé, sans jamais se dire qu’il fallait penser à fabriquer des politiques publiques pour les Marseillaises et Marseillais. Quand on regarde ailleurs, ce qui se passe à Bordeaux, Lyon, Paris, on voit qu’il y a eu des mutations pour rendre la ville plus attractive. Il faut pour cela investir dans la ville. Cela ne doit pas être vu comme une charge, mais pour développer des infrastructures pour les gamins et générations à venir, des équipements sportifs, culturels, des pistes cyclables… Tout ce qui fait que l’on peut vivre dans l’apaisement, c’est ce que demandent les gens ici. Quand je vais rencontrer des familles à la Michelis, Château Forbain, Air Bel, dans les autres cités, des situations sont épouvantables. Les gens se sentent délaissés par les pouvoirs publics, par les bailleurs sociaux. Ce qui relie tous ces gens, de Saint-Barnabé aux Caillols, à La Valentine, Saint-Marcel…. c’est un sentiment d’abandon. Le plus terrible est que cela se traduit soit par un détournement des urnes, car ils n’y croient plus, soit vers un vote refuge vers le FN (RN).

Précisément pour les problématiques des 11e et 12e arrondissements, qu’est censé apporter de nouveau pour les habitants le Printemps Marseillais ?
Nous ne sommes pas un parti politique, mais un outil au service des gens. On entend leur dire : saisissez-vous de cet outil, aidez-nous à ce que cela change. Après, vous serez à temps pour juger, et pour venir nous taper sur la tête si cela n’a pas changé. Il y a une usure du pouvoir qui s’est installée, avec ces gens en place depuis 24 ans. On compte oxygéner la démocratie locale pour fabriquer ensemble tout cela. Ce ne sont pas des paroles en l’air. Ces idées ont voulu être dans l’ADN du Printemps Marseillais. On veut faire, construire, fabriquer avec les citoyens, collectifs, associations, corps intermédiaires. On veut cet échange, désormais. Le plus compliqué pour et dans le PM était de créer les conditions de ce rassemblement. Le plus facile était de rester chacun dans son coin. Pour moi, on y est arrivé, ce fut dur de le réaliser avec autant de formations politiques. Des citoyens sont venus bousculer les appareils politiques, cela nous a fait du bien, car il a fallu mettre des points de convergence. Cela est une force à l’arrivée. En arrivant en tête au 1er tour avec Mme Rubirola, cela a suscité de l’espoir. Après 24 ans, on se sent abîmés, le national regarde Marseille avec ce côté toujours fataliste. On ne veut plus entendre cela, ce n’est plus possible. Je pense qu’on sait ce qu’il faut faire, désormais, car pendant 9 mois on a mis autour de la table des experts et de la compétence sur chaque domaine pour établir notre programme.

Si vous devenez maire de secteur, quels dossiers prioritaires et urgents promettez-vous de prendre en charge vis-à-vis des habitants, dès l’été ?
En numéro un : stopper la bétonisation dans nos quartiers. Le 12e est le nouvel eldorado des promoteurs immobiliers. En deux ans, on en est à 50 projets immobiliers en cours ou déjà réalisés rien que sur ce 12e, et cela a été fait sans aucune concertation. Pour moi, c’est tout ce qu’il ne faut plus faire, et davantage sans penser les infrastructures qui vont avec autour. On n’est pas devant les mêmes difficultés si on a en face un terrain privé avec un propriétaire privé qui décide de vendre à un promoteur, soit qu’on soit en présence d’un terrain municipal. Mais on est régi sur le Plan Local d’Urbanisme (PLU), d’où ma priorité, si je suis élu, de m’engager à mettre la pression à la fois sur la future maire et sur la métropole, pour demander de réviser au plus vite ce PLU. Car il nous étouffe, nous enferme, et la droite locale, dans son ensemble, l’a voté. La politique, c’est un rapport de forces permanent. Il faut savoir faire face à des lobbies en place, des acteurs privés. La majorité sortante a décidé de construire des parkings avec des partenaires privés, veut faire un hôpital privé ici pour un groupe privé, décide de faire un PPP (Partenariat Public Privé) pour les écoles encore avec des entreprises privées. On ne peut plus continuer ainsi. Ce n’est pas une question de droite ou de gauche. La question à se poser encore : comment faire pour accompagner les gens ici qui viendraient s’installer ? On a toujours qu’une seule bibliothèque, à la Grognarde, pour 120 000 habitants. On ne comprend plus comment est gérée l’administration marseillaise ? On peut se rendre à tout moment à cette bibliothèque et trouver les portes closes, avec un seul petit mot à l’entrée. C’est pareil pour les piscines, l’année dernière on s’est retrouvé avec des piscines fermées pendant l’été, sans explication. On ne comprend plus la situation.
Plusieurs candidats dans leur programme du 1er tour entendaient donner plus de compétences aux maires de secteur pour la sécurité, propreté… Rejoignez-vous ou non cette idée ?
On est très attachés à la question de la décentralisation. Un cas concret : celui des cantonniers ; on se dit mais comment demain le maire de Marseille, même avec des adjoints autour, des services, peut-il avoir une idée précise des besoins sur une rue du 11e ou du 12e ? Il faut remettre de la proximité. Un certain nombre de prérogatives doivent être remises dans les compétences des mairies de secteur. En allant discuter sur le terrain, les gens vous disent qu’ils ne vivent pas les politiques publiques menées. Les élus viennent les voir au dernier moment, avant les élections. Les gens ne voient pas quel est l’impact des décisions politiques dans leur vie ? J’essaye de leur répondre qu’en désirant décentraliser un certain nombre de prérogatives à la mairie de secteur, en allouant des budgets participatifs citoyens pour décider dans quel environnement on veut vivre, dans un projet local de quartier, cela changera la manière de faire et voir la politique. Les gens me demandent pourquoi je me présente ? On pense toujours qu’on le fait soit pour gagner de l’argent, soit parce qu’on est un obsédé par le pouvoir. Je leur réponds que, pour moi, ce n’est ni l’un ni l’autre.

Pour définitivement réconcilier les citoyens à la politique, la solution ne serait-elle pas de ne se présenter que pour un seul mandat ?
J’ai parlé de la fin d’un cycle. Je pars du principe qui il faut jouer aujourd’hui cartes sur table avec les Marseillais. Depuis trop longtemps, dès leur arrivée au pouvoir, les majoritaires à l’échelon local, comme national, préparent leur prochaine élection. A droite comme à gauche. On demande la confiance aux gens sur un mandat. On a ressuscité de l’espoir à la suite du 1er tour. Si on arrive au pouvoir, on ne pourra pas faire tout bien. On risque de créer de la déception, mais on fera tout pour prendre en considération les demandes des gens, y compris en termes de création d’emplois. Et là, il y a deux visions, avec un vrai clivage droite-gauche. L’équipe sortante a eu une vision très libérale, très grands groupes privés. Nous, avec tous ces entrepreneurs, commerçants de proximité, ces gens qui font Marseille, on veut leur donner la priorité. Quand on fait appel à un grand groupe privé qui vient s’installer sur la rue de la République, par exemple, on considère après qu’il ne prend pas les Marseillais pour travailler. Il va aller chercher des emplois ailleurs. On a trop longtemps fermé les portes à tous ces porteurs de projets. On entend prouver qu’avec le PM, on est tout sauf dogmatiques. Les commerces de proximité se meurent tous les jours avec les ouvertures de ces grands centres à la Valentine, aux Terrasses du Port, stade Vélodrome, mais où est la limite ?

Comment avez-vous réagi aux soupçons de fraudes aux procurations, qui ont été révélés par des médias nationaux, dans des maisons de retraite des 11e et 12e arrondissements ?
Au-delà des soupçons de fraudes, j’en veux beaucoup à ces gens-là, encore une fois, car cela participe à dégrader l’image de l’action publique, de la classe politique. Le spectacle s’apparente encore à de la magouille, à des « combinazione ». Je ne me suis pas engagé pour ça. J’étais le premier à vomir les dérives connues ici par le PS et la gauche, en 2011-2012, alors que c’était ma formation politique. Tout cela pousse les gens à voter pour le FN (RN), ou bouder les urnes. Au regard des révélations de la presse sur ces éventuelles fraudes, il faut dire que la politique ne permet pas tout. Je demande un peu de dignité. Je comprends de plus en plus le dégoût que peuvent éprouver les citoyens à aller voter. Au PM, les candidats sur les listes, en quasi-totalité, n’ont jamais eu de mandat électoral. La tâche la plus ardue, en cas de victoire, sera de découvrir ce qu’il y a dans les arcanes du pouvoir. La Chambre régionale des comptes l’a souligné. Il faudra d’abord sortir de ça. On entend mettre la main dans la merde (SIC) dans l’attribution des logements, dans le travail avec les bailleurs sociaux. C’est pareil pour tout ce qui touche à la qualité de vie. En faisant cela, si les premiers effets arrivent en cours de mandat, on changera les paradigmes en place depuis des années. Sur la question écologique, citoyenne, on est regardé partout en France, car Marseille est vue comme l’exemple d’un laboratoire national, sur le plan progressiste. Depuis longtemps, déjà, à Marseille, les gens s’engagent dans les collectifs, à l’échelle du quartier, car ils refusent la fatalité, qu’on vienne leur imposer des décisions, sans concertation. Les gens veulent reprendre leur destin collectif en main. Il y a une intelligence collective à mettre en œuvre. On veut remettre de l’horizontalité, de la participation citoyenne, en terminer avec un système binaire.
Propos recueillis par Bruno ANGELICA

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