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Municipales à Marseille. Tribune de Jean-Paul Moatti. Développement durable : "Mettre enfin Marseille sur la bonne voie"

mardi 3 mars 2020

Alors que les émissions nettes de gaz à effet de serre continuent de croître à l’échelle planétaire (+2% en 2019) nous éloignant toujours plus de l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et nous menaçant d’augmentation des températures moyennes du globe de l’ordre de +3 à +5 degrés, il est urgent d’agir à tous les niveaux pour la transition énergétique et écologique.

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Jean-Paul Moatti (Photo Robert Poulain)

La communauté scientifique documente régulièrement les impacts du réchauffement climatique et de multiples pollutions sur l’environnement, sur la biodiversité et le bien-être des populations dans le monde. Elle a démontré qu’investir pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C à l’horizon 2050 coûterait quatre à cinq fois moins que les sommes à engager pour réparer les dommages causés aux Hommes, aux écosystèmes et aux infrastructures par les augmentations de la température qui se produiront si la trajectoire actuelle n’est pas radicalement modifiée. Elle a donné un contenu concret aux 17 Objectifs de Développement Durable adoptés en septembre 2015 pour l’horizon 2030 pour fixer un cadre commun afin de faire face aux menaces de tous ordres qui pèsent sur l’avenir de la planète et promouvoir des modèles de développement socialement plus justes et plus respectueux des limites de nos ressources naturelles

Le littoral méditerranéen, à commencer par Marseille, constitue une des zones du monde les plus vulnérables, comme en attestent les événements météorologiques extrêmes, dont les Marseillaises et les Marseillais sont les victimes à une fréquence croissante. La sécurité civile qui les préoccupe à juste titre est indissociable de la sécurité sanitaire et environnementale. La protection de notre avenir, comme celui de nos enfants et petits-enfants, passe par un engagement résolu dans le sens de la ville durable dont la charte européenne a d’ailleurs été adoptée à Marseille en 2008. Malheureusement, si depuis cette date la plupart des grandes métropoles portuaires européennes, de Barcelone à Hambourg en passant par Glasgow ou Malmö et même Naples, peuvent s’enorgueillir d’avancées sur certains, au moins des Objectifs du Développement Durable, Marseille reste à la traîne.

Le retard marseillais

Les dérisoires tentatives de « verdissement » de leur programme à la veille des municipales ne peuvent masquer que le bilan de la mairie sortante et de celles et ceux qui s’en veulent les héritiers est accablant. Une des deux grandes villes françaises est la plus exposée à la pollution atmosphérique, et même le pire taux de particules fines dans l’air avec, en plus d’une pollution classique liée au transport routier, celle émanant du transport maritime et des bateaux de croisière, sans compter les incidents liés aux carburants ; avec en cause la faible offre de transports en commun propres et l’absence de mesures suffisantes en cas de pics de pollution. Et donc, une menace d’une gravité extrême à proximité immédiate de nos écoles, crèches et maisons de retraite dont les enfants et les personnes âgées sont les premières victimes.

Les pollutions de la nappe phréatique qui ont conduit par exemple des milliers d’habitants à boire pendant des années une eau contaminée par du chrome hexava, un cancérigène et mutagène avéré. Les insuffisances de sa station d’épuration pour faire face aux orages d’été avec les pollutions des eaux de baignade qui en découlent et qui risquent de se multiplier avec la fréquence croissante des événements météorologiques extrêmes. Une pollution des sols par des métaux lourds toxiques sur de nombreux sites très fréquentés par notre population.

Une exposition trop élevée au bruit liée principalement au trafic le long des grands axes routiers dont il a été démontré qu’il accroît la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs dans les quartiers les plus exposés au bruit. Une position de lanterne rouge des grandes villes françaises en matière de mobilité durable mesurée sur les quatre critères que sont les restrictions sur les voitures les plus polluantes, le renforcement de l’offre de transports en commun, la mise en place d’un réseau express vélo, et les facilités offertes aux habitants pour pouvoir adopter des comportements plus économes en ressources. Un retard par rapport à la plupart des autres grandes agglomérations en matière d’organisation et d’incitation au tri sélectif des déchets. Une absence de politique en matière de lutte contre la précarité énergétique et pour les économies d’énergie liée à la dégradation du parc de logements (notamment logements sociaux et logements insalubres) que le drame de la rue d’Aubagne est tragiquement venu illustrer. Une bétonisation systématique qui fait sans doute l’affaire d’une poignée de promoteurs immobiliers mais qui, en dépit du magnifique cadre naturel de notre ville, prive l’essentiel des habitants de notre ville d’espaces verts de proximité et détruit les terres agricoles et la biodiversité encore persistante.

Le rapport 2015-2019 des Nations Unies sur les ODD, auquel j’ai activement participé en tant qu’expert, le dit avec clarté : contrairement à une perception trop répandue, le développement durable ne se limite pas à la nécessaire protection de l’environnement et de la santé. Il établit un lien direct entre les atteintes à l’environnement et l’aggravation des inégalités sociales comme la dégradation de la vie quotidienne. A Marseille, les dysfonctionnements multiples de la gestion municipale se traduisent en inégalités spatiales, au détriment notamment du Nord et de l’Est de la ville, qui en retour rendent plus difficiles de sortir une large part de la population du cercle vicieux de la pauvreté et minent notre paix civile comme les fondements de notre vivre ensemble.

Pour un grand « saut de la grenouille »

Marseille ne manque pourtant pas d’atouts pour acquérir un rôle leader en faveur de la transition écologique entre l’Europe et la Méditerranée qui alimenteraient son dynamisme économique et son rayonnement culturel. Au-delà des discours de convenance en période électorale, les continuateurs de la municipalité sortante persistent dans leur aveuglement : tranches 2 et 3 du Boulevard Urbain Sud, projet pharaonique d’extension vers la mer du Parc Borély, promesses de végétalisation mais sans se soucier de la protection et de l’enrichissement des sols. Ils sont et resteront « développement durable - sceptiques. Pourtant, Marseille est prête à faire très vite un gigantesque « saut de la grenouille » en matière de développement durable : c’est-à-dire non seulement de rattraper son retard mais de se retrouver en pole position euro-méditerranéenne et d’en faire le cœur de son attractivité. Sa configuration géographique est privilégiée avec son ensoleillement, ses 57 kilomètres de façade maritime et son ouverture exceptionnelle sur le Parc National des Calanques. Son identité multiculturelle, plutôt qu’entretenir les divisions, peut être mise au service de son rayonnement.

Notre ville a la capacité de combiner l’expérience ancienne de son tissu économique en matière de commerce, notamment avec des marchés africains en expansion ultra-rapide, et de construction d’infrastructures, avec un nombre sans cesse croissant d’entrepreneurs dynamiques, en particulier dans le numérique, les biotechnologies, les ressources marines et les technologies liées à la mer. En témoignent les nombreux projets recensés lors du "Sommet des Deux Rives" ou du récent "3e Forum de la Méditerranée" en matière de limitation des polluants des navires, de l’objectif zéro plastique en Méditerranée, de lutte contre le gaspillage des ressources en eau ou de la mise en place dans les villes côtières d’une économie circulaire au service d’une alimentation durable et de qualité. En témoignent aussi les nombreux projets discutés entre startups du territoire et leurs équivalentes africaines avec les représentants des grands groupes industriels et de nombreux incubateurs de l’innovation à l’occasion de l’événement « Emerging Valley » de Décembre dernier.

Des institutions comme la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur -SUD, l’Agence des villes et territoires méditerranéens durables (AViTem), ou le Plan Bleu, au-delà des alternances politiques, maintiennent un engagement de long terme en faveur du développement durable, et peuvent mieux coopérer avec les autorités municipales sur ce plan. De nombreuses forces politiques et associatives sont sincèrement mobilisées pour la préservation de l’environnement et pour la relier à la lutte contre la précarité sociale. Enfin, bien sûr, son université, AMU, compte certains des pôles de recherche mondiaux les plus compétitifs en matière de science et d’innovation au service du développement durable. Encore faut-il renouveler les élites politiques et faire qu’elles cessent d’ignorer, voire d’avoir peur, des avancées de la connaissance et de la technologie.

Partout dans le monde, nous avons besoin d’une coalition nouvelle qui dépasse les clivages idéologiques traditionnels et qui agrège toutes les forces prêtes à se rassembler pour répondre aux urgences planétaires, tant environnementales qu’économiques et sociales. A Marseille, cette coalition doit être capable de tracer une voie à la fois réaliste et ambitieuse, vers la ville durable de demain. Pour ce faire, elle devra résolument s’opposer aux intérêts rétrogrades qui veulent maintenir un modèle de développement de plus en plus injuste et gaspilleur au-delà de toutes limites de nos ressources naturelles. Elle devra savoir mobiliser les financements publics, et aussi privés, nationaux, et aussi européens, pour traduire concrètement la transition écologique en améliorations de la vie quotidienne des Marseillaises et des Marseillais.
Pour l’avoir vu à l’œuvre comme médecin de l’Assistance Publique de Marseille, comme personnalité nationale du monde de la santé publique et surtout comme initiateur et premier président de la plus grande université francophone du monde, AMU, je sais que Yvon Berland sait rassembler autour d’un projet de rupture des compétences venant d’horizons très différents et souvent, au départ, très éloignés du sien (-c’était mon cas-). Je suis convaincu qu’il est le mieux à même de prendre la tête, en tant que maire, de la coalition dont Marseille a besoin pour s’engager enfin, avec pragmatisme mais aussi avec une détermination absolue, sur la voie du développement durable.

Jean-Paul Moatti est Professeur Émérite, Aix-Marseille Université - Expert sur le développement durable auprès du Secrétaire général des Nations Unies - Ancien Président-directeur général de l’IRD - Candidat dans les 9e et 10e arrondissements de Marseille pour « Voir Grand, Agir Vite » avec Yvon Berland soutenu par LREM.

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