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On a aimé au Cinéma : "Patients" le film du combat pour la vie de Grand Corps Malade

dimanche 2 avril 2017

Grand Corps Malade, alias Fabien Marsaud met en scène sa vie dans « Patients » son 1er film en tant que réalisateur où il prolonge son travail d’écriture entrepris par son livre publié en 2012


Cela pourrait s’appeler « Jeux d’eau, jeux de vilains ». Sauf qu’il ne s’agit pas d’un divertissement mais d’un accident de la vie. Terrible et poignant. Alors qu’il est âgé de vingt ans Fabien Marsaud, né en 1977 sous le soleil de la Seine-Saint-Denis chahute avec des amis au bord d’une piscine. Sa tête heurte le fond et les médecins diagnostiquent une probable paralysie à vie. Le jeune homme qui voulait devenir prof de sport se battra contre la mauvaise fortune et de rééducations en rééducations recouvrera quelques unes des fonctions principales de sa carcasse qu’il déploiera, une béquille dans la main, un stylo dans l’autre. Désormais Fabien est Grand Corps Malade, artiste célébré pour faire slamer jeunes et moins jeunes dans les lieux les plus divers, écoles comprises. Ses albums -le premier sorti en 2006 sous le titre Midi 20-, ses spectacles témoignent d’une qualité d’écriture stupéfiante, d’un sens de la scène et d’un goût pour les couleurs, les clairs-obscurs, les notes jouées avec des potes, les mots sertis dans des écrins d’espoir. Cela Grand Corps Malade l’a raconté dans « Patients », récit autobiographique sorti en 2012 chez Don Quichotte éditions puis repris en Points-Seuil en février 2017. On y découvre un homme d’un courage sans limites, qui raconte l’horreur de son accident avec humour et poésie, et qui explique comme son titre l’indique combien la patience fut pour lui une sœur au quotidien.
Livre sans effets et sans misérabilisme « Patients » est devenu un film qui remplit les salles de France et remue les gens. Intitulé lui aussi « Patients », il est co-réalisé par Grand Corps malade et Mehdi Idir. C’est un long métrage sur la solidarité entre les êtres, qui pourrait s’appeler « Ensemble, c’est mieux  », qui évoque de manière très romanesque la vie de Fabien. On y voit comment se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation à la suite d’un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens... Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduire mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. « Patients » est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul. Bien entendu on sort de là émus et assez admiratifs, d’autant plus que le film n’est pas un pensum mais une comédie dramatique où les jeunes acteurs principaux sont tous excellents de Pablo Pauly qui joue Ben, à Soufiane Guerrab incarnant Farid, Moussa Mansaly, qui est Toussaint, jusqu’à Nailia Hazroune (Samia) sans oublier Franck Falise, (Steeve), Yannick Renier dans le rôle de François, Jason Divengle dans celui de Lamine, Rabah Naït Oufella, qui incarne Eddy sont au diapason et si on les cite tous c’est parce qu’il s’agit d’un film choral. Se déroulant dans un centre de rééducation, le film dans lequel Mehdi Idir est venu apporter son expérience use un peu trop de blagues répétitives mais qu’importe. On le sent Mehdi a été impressionné par la sensation d’enfermement propre à ce lieu qui lui a fait penser à celle prédominant en prison, un milieu qu’il connaît bien pour y avoir filmé un court métrage. Le co-réalisateur ajoute : « Ce qui m’a également impressionné, c’est de constater à quel point la vie reprend ses droits. Avec les patients tu parles de tout, de rien. Mais quand arrive le moment où l’un d’eux raconte son histoire, tu prends une claque. Surtout s’il est jeune. Ce que je retiens, c’est leur incroyable force de caractère ». Ne demandons pas à nos deux cinéastes d’être des génies de la caméra, ils ont réussi leur pari et signant une œuvre citoyenne réchauffent ici le cœur de tous les gens de bonne volonté.
Jean-Rémi BARLAND

« Patients » de Grand Corps Malade et Mehdi Idir sur les écrans. Livre disponible chez Don Quichotte éditions et Points-Seuil.

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