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On a vu "France-fantôme" à la Criée de Marseille : le "no future", ou presque, de Tiphaine Raffier

mercredi 10 janvier 2018

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"France-Fantôme" c’est de la science fiction à petit budget aime à dire Tiphaine Raffier. Mais ça marche… (Photo Simon Gosselin)

Même si elle se défend de prendre parti, se contentant, dit-elle, d’informer, ce « France-Fantôme » qu’elle propose, texte et mise en scène, au théâtre, ressemble fort à un assourdissant cri d’alarme que lance Tiphaine Raffier, jeune femme d’une trentaine d’année qui a observé avec acuité le monde dans lequel elle vit. Rien ne lui a échappé et pour raconter un futur qui ressemble bigrement à un « no future » elle a décidé d’embrasser le genre science-fiction qui permet une terrible projection sans concession dans l’avenir, fiction oblige. Et nous voilà au temps de « La Neuvième Révolution Scopique » d’où les images et représentations sont bannies, les souvenirs des « humains » déchargés régulièrement dans les machines, contre rémunération, où les vestiges culturels sont détruits, où les textes littéraires sont amputés d’un dixième « superflu », où le politique (État, intellectuel, religieux) domine son monde par le biais du téléchargement tarifé des souvenirs des morts, stockés de leur vivant, dans le corps de donneurs. Une immortalité garantie sans visage… Dans cet univers, Véronique va demander le rappel de son mari décédé, mais l’arrivée du revenant sera un échec, la jeune femme recherchant sans cesse le portrait de son époux aimé qu’elle avait griffonné sur un bout de papier détruit lorsqu’elle fit appel à l’entreprise spécialisée dans le stockage et le téléchargement des âmes des défunts. On imagine bien, dès lors, toutes les problématiques engendrées par cette dystopie. Mais Tiphaine Raffier en rajoute… Pollutions, fracture sociale, sexisme : rien n’échappe à cette vision terriblement cruelle d’une « réalité fictive ». « J’ai écrit France-Fantôme comme le miroir déformant de ma vie  » informe la jeune femme dans son avant-propos, avant de poursuivre « et aussi comme le négatif du monde. Un négatif, c’est l’embryon d’une photographie, son envers ; ses couleurs sont inexactes et pourtant on reconnaît précisément chaque forme. » Chacun prendra ce qu’il veut dans cette débauche de texte -il y en a peut-être un peu beaucoup !- Mais on ne pourra plus dire que nous n’avions pas été informés ; et même si la révolution scopique n’est pas pour nous, le développement effréné des nouvelles technologies, les mises en scène de violences, de meurtres, les images subies au quotidien, devraient nous interpeller. De même que l’émergence de dictatures sécuritaires à tous les niveaux de la société. Avec « France-Fantôme » Tiphaine Raffier secoue le cocotier, parfois de façon un peu brouillonne du fait de la densité extrême de son propos mais elle a le mérite de le faire. D’autant plus qu’elle bénéficie de comédiens/musiciens exceptionnels qui, sous sa direction, réussissent le tour de force de tenir leur public pendant plus de deux heures et demie à commencer par Edith Mérieau, Véronique, omniprésente, émouvante, sensible. Une vraie performance. A voir séance tenante.
Michel EGEA
Pratique. Il vous reste trois représentations pour découvrir « France-Fantôme » à La Criée les 11, 12 et 13 janvier à 20 heures.
Plus d’info : theatre-lacriée.com

Interview-express de Tiphaine Raffier


Avec « France-Fantôme », Tiphaine Raffier signe sa troisième pièce, texte et mise en scène. La jeune femme, artiste associée à La Criée, ne manque ni de talent, ni de caractère et fait preuve de grand personnalité. Rencontre.

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Tiphaine Raffier (Photo Simon Gosselin)


Pourquoi avoir choisi le genre Science-Fiction ?
Avec la Science-Fiction on est libre de dire ce que l’on veut ; ce monde n’existe pas. Puis la poésie des idées qui peuvent y être développées me séduit.

Quelles sont vos références ?
Sans conteste Greg Egan, auteur de hard SF, ingénieur mathématicien, précurseur de ces questions sur le numérique qui aurait pu écrire ce texte il y a 30 ans… Ou presque. Je peux aussi citer Eternal Sunshine of the Spotless Mind, film réalisé par Michel Gondry, After Life réalisé par Agnieszka Wojtowicz-Vosloo, la série The Leftovers, mais aussi le Japonais Kore-Eda.

Pourquoi le numérique ?
Parce que l’économie numérique ne tient que par notre participation. Nos vies sont une monnaie d’échange. Puis j’avais envie de parler de la numérisation du monde, des choses qui opèrent et que l’on ne voit pas. J’avais aussi envie de me projeter et de tenter de savoir ce qui restera de ces traces comme témoignage de l’humanité. Enfin il est intéressant de pointer du doigt à qui et comment est donné le pouvoir numérique et
ce qui en résulte.

Vous dénoncez beaucoup de choses dans votre texte ?
Ce n’est pas vraiment une dénonciation. J’essaye de prendre de la distance pour ne pas prendre parti mais informer. La politique est partout ; le constat est là. Ce qui m’importe c’est que les gens soient éveillés, avertis et attentifs face aux discours qui mènent à la dictature de l’hyper sécurisation.

Comment avez-vous travaillé votre mise en scène ?
Je me suis attachée aux relations entre les êtres pour les définir dans un système qui les dépasse et dans des jeux de pouvoir qui ne disent pas leur nom. Puis l’idée d’avoir un corps que l’on n’a pas choisi me séduit.

Quel rapport au monde cet état de fait définit ?
C’est un genre qui me tient à cœur, un terrain de jeu émotionnel extraordinaire. Un fait est certain, les forces imaginatives m’intéressent tout comme regarder le monde comme une fiction.

Propos recueillis par M.E.

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