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On a vu à l’Opéra de Marseille "Moïse et Pharaon" : "l’immense poème musical" de Rossini

dimanche 9 novembre 2014

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De gauche à droite : Julien Dran, Annick Massis, Lucie Roche, Ildar Abdrazakov, Jean-François Lapointe, Sonia Ganassi, Philippe Talbot et Rémy Mathieu devant l’orchestre et le chœur de l’Opéra de Marseille sous la baguette de Paolo Arrivabeni (Photo Christian Dresse).

« Immense poème musical » : concernant « Moïse et Pharaon », le qualificatif n’est pas de nous. Il émane d’Honoré de Balzac après qu’il eut assisté à l’une des représentations parisiennes de l’œuvre dont il est ressorti bouleversé et séduit. Pour cette création à Paris, Gioacchino Rossini n’avait pas hésité à retravailler son « Moïse en Égypte », créé neuf ans plus tôt à Naples, en 1818 : quatre actes au lieu de trois, un nouveau livret en français et, au bout du compte, un énorme succès. Après « La Gioconda » en ouverture de saison, l’Opéra de Marseille et son directeur Maurice Xiberras proposaient donc au public une nouvelle découverte, en version concertante, de cette œuvre qui peut être considéré comme un oratorio opératique. Première représentation, samedi soir, et grande première, même, puisque l’œuvre n’avait jamais été donnée sur les rives du Vieux-Port. Ne s’y trompant pas, pour l’occasion, nombre de confrères et critiques lyriques n’avaient pas hésité à quitter la "Capitale" pour venir savourer le moment qui sera l’objet d’un enregistrement de France Télévisions pour une diffusion à venir sur France 3.
Pour assurer la direction musicale du "monument", c’est Paolo Arrivabeni, grand connaisseur des compositeurs italiens et, en particulier, de Rossini, qui était au pupitre. Il a un petit quelque chose de hiératique, le maestro ; un visage marmoréen de Commandeur venu frapper à la porte de Don Giovanni pour un ultime face à face. Tout est dans le regard et dans les mains. Extrême concentration pour donner sa dimension à cette œuvre qui préfigure sans aucun doute, les imposantes compositions patriotiques à venir et signée Giuseppe Verdi. D’ailleurs, à l’issue de la représentation, Paolo Arrivabeni nous confiera que les chœurs de ce « Moïse et Pharaon » ont certainement inspiré ceux de « Nabucco ». Nous le rejoignons tout à fait dans ce propos. Il est vrai que la similitude des intrigues favorise ce genre de rapprochement. A Marseille, le maestro bénéficie d’un orchestre taille XXL en pleine possession de ses moyens ; et l’évacuation d’une musicienne victime d’un malaise en début de représentation, n’a perturbé en rien la qualité de la prestation. Un son superbe, de la puissance, de la précision : et près de trois heures de musique livrées avec bonheur. Couleurs, nuances, éclairages dramatiques, rien ne manque. Beau travail, aussi, d’une imposante masse chorale omniprésente qui, elle aussi, fait plus que soutenir l’action en y participant totalement. Les tutti sont impressionnants et le chœur maintient une tension dramatique réelle.
Puis il y a les solistes. Lorsque l’on découvre l’œuvre, on comprend mieux pourquoi elle n’est pas plus jouée. Outre la mise en scène en forme de péplum qu’elle impose naturellement, elle nécessite une impressionnante distribution. Avec l’obligation, pour la majorité des rôles, d’être à la fois lyrique et "rossinien" ce qui peut relever de la gageure pour certains. Au sein de l’affiche mise en place par Maurice Xiberras, deux voix remplissent parfaitement les deux conditions : celles de Sonia Ganassi et d’Ildar Abdrazakov. La première, mezzo, incarne Sinaide, l’épouse de Pharaon. Puissante, elle vocalise avec aisance et précision, monte sans aucun problème et se joue des chausse-trappes de la partition. Abdrazakov, lui, donne ses traits et sa voix à Moïse. A 38 ans, cette basse issue de l’ex URSS maîtrise totalement son art et sa voix. Il faut dire qu’il est rompu au rôle dont il est l’un des spécialistes, voire le spécialiste. Sa prestation est exceptionnelle.
Pharaon, c’est Jean-François Lapointe. Le baryton canadien est au top-niveau vocal actuellement. Samedi soir, il n’a pas déçu mais ne nous a pas totalement séduits non plus ; le chant est précis, mais aussi très rigide, un peu trop même.Incarnant Anaï, Annick Massis est à la peine en première partie retrouvant son beau soprano au moment de l’aria où elle sacrifie son amour pour suivre les siens. A ses côtés, Lucie Roche incarne Marie, sa mère et sœur de Moïse, avec beaucoup de délicatesse.
Autre grand rôle masculin, celui d’Aménophis, campé par Philippe Talbot.
Ce n’est pas une partie de plaisir pour le ténor nantais qui affronte une montagne vocale. Il est très présent, mais cet Everest mériterait une tessiture un peu plus lyrique. Cela dit, son travail est indéniable et a été salué comme il se doit par les mélomanes. Nous avons particulièrement apprécié l’Eliézer de Julien Dran. Voix limpide, bien placée, un beau ténor qui soigne sa diction et qui s’affirme à chacune de ses sorties. Coup de cœur, aussi, pour Nicolas Courjal qui, s’il n’a qu’un second rôle, celui d’Osiride et de la voix mystérieuse, impose sa basse avec puissance et clarté. Quelle belle voix ! Un petit mot, enfin, pour le jeune ténor, Rémy Mathieu qui, dans le rôle d’Aufide, mérite sa part du succès.
Une nouvelle fois, l’événement lyrique c’est à Marseille qu’il se déroulait. Et ce fut un spectacle de grande qualité. Au-delà des rigueurs budgétaires, puissent ces rendez-vous continuer à exister car force est de constater qu’il n’y a pas que le foot et la Bonne Mère pour faire parler positivement de la ville.
Michel EGEA

Pratique. Autres représentations le 11 et le 14 novembre à 20 heures, le
16 novembre à 14 h 30. Les 14 et 16 novembre, c’est la soprano albanaise Enkelejda Shkoza qui incarne Sinaide. Réservations au 04 91 55 11 10 ou 04 91 55 20 43. Plus d’info : opera.marseille.fr

Un autre « Moïse » à Saint-Michel

« Mosè, Legato di Dio e liberatore del popolo ebreo » est un oratorio de Giovanni Paolo Colonna. Une œuvre que l’Opéra de Marseille vous propose de découvrir gratuitement le jeudi 13 novembre à 20 h 30 en l’église Saint-Michel (1, place de l’Archange, Marseille, 5e). C’est l’ensemble Concerto Soave qui interprètera l’œuvre sous la direction de Jean-Marc Aymes avec la participation de Maarten Engeltjes (Moïse), Raphaële Kennedy (Aaron), Nicolas Courjal (Pharaon), Étienne Bazola (chef du peuple hébreu) et Léonie Renaud ( un Conseiller de Pharaon et un hébreu.
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

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