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On a vu à la Criée de Marseille "Tableau d’une exécution" de Howard Barker dans une subtile mise en scène de Claudia Stavisky

lundi 4 décembre 2017

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Christiane Cohendy dans "Tableau d’une éxécution" de Howard Barker (Photo Simon Gosselin)

De Claudia Stavisky on avait aimé la mise en scène de la pièce d’Octave Mirbeau « Les affaires sont les affaires » avec François Marthouret, Eric Caruso, et Marie Bunel et qui, créée en 2016, fut filmée en 2017 au Grand Théâtre de la ville du Luxembourg (le DVD sort dans la Collection Copat de la Compagnie des artistes). On y notait la grande volonté de servir le texte et de ne pas se servir de lui à des fins pédagogiques, esthétisantes, personnelles, comme c’est souvent le cas chez des metteurs en scène plaquant sur toutes les pièces qui montent leur propre vision exclusive du monde. Cette absence de didactisme, ce souci de raconter une histoire en offrant des trouvailles visuelles, enrichissant le propos de l’auteur, on les retrouve dans le travail admirable entrepris par Claudia Stavisky sur « Tableau d’une exécution » de Howard Barker traduit par Jean-Michel Déprats (texte français édité aux éditions Théâtrales). Donnée à la Criée cette pièce offre une réflexion toujours d’actualité sur les rapports que les artistes entretiennent avec le pouvoir. Et le fait que le personnage central de la pièce soit une femme -une certaine Galactia incarnée par Christiane Cohendy inspirée d’Artémisia Gentileschi, peintre vénitienne du XVIIe siècle dont c’est ici l’histoire réécrite- renforce la complexité du propos de Baker. Cette peintre chargée par la République de Venise d’immortaliser, en un tableau gigantesque, la bataille de Lépante s’étant déroulée le 7 octobre 1751 dans le golfe de Patras en Grèce, use de plus d’énergie qu’un homme pour convaincre et forcer l’adhésion. Des conditions militaires du conflit, et des raisons ayant opposé les belligérants nous ne saurons rien ou si peu. Le sujet est ailleurs ! Dans la manière dont un artiste s’empare d’un fait réel pour le sublimer, le transcender, l’élever au rang d’œuvre d’art, plus vraie que nature. Howard Barker y parvient en donnant la parole à cette Galactia qui parlant de son art ose lancer à l’homme qui lui sert de modèle : « Pourquoi en vouloir aux gens quand on peut les haïr ?  » Dans ce tableau Galactia peindra sa souffrance, sa colère, sa douleur, son supplice, elle, peintre des batailles, qui ont transformé les hommes, donne naissance à la vérité. L’œuvre gigantesque est onirique -on voit apparaître sur scène un homme marchant avec une flèche d’arbalète dans la tête- déplaira aux autorités surtout religieuses, qui condamneront l’artiste coupable d’avoir produit de l’art dégénéré. Ils la mettront en prison, en la menaçant de brûler la toile. Est appelé alors un peintre de substitution dont la toile fort médiocre fait le panégyrique des puissances vénitiennes. Tableau d’une telle pauvreté formelle que le Doge de la cité des Doges, en personne, sur l’insistance d’une femme critique d’art, reviendra sur la décision collective et entérinera le travail de Galactia en exposant le tableau qui connaîtra un grand succès et dont il détournera le message pacifiste à son profit. « C’est le travail de l’artiste que d’être brutal », peut-on entendre à la vue de ces mains coupées, ces corps suppliciés. Le jeu des acteurs est remarquable -on retrouve dans la distribution Eric Caruso déjà présent sur « Les affaires sont les affaires »- et la beauté visuelle de l’ensemble confèrent à ce beau moment de théâtre une portée moderne évidente. L’art dérange, et c’est tant mieux !
Jean-Rémi BARLAND

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