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On a vu au Gymnase à Marseille, une "Nina" irrésistible "Sainte Vipère" et un François Berléand d’anthologie

jeudi 5 mars 2015

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Mathilde Seigner et François Berléand dans "Nina" au Théâtre du Gymnase à Marseille (Photo Emmanuel Murat)

Gérard Dupuy est ce que l’on peut appeler un amant professionnel. Il ne peut s’empêcher d’aimer les femmes. Alors qu’il a fait envoyer des fleurs à Colette Redon-Lamure, il attend Nina, sa maîtresse préférée, en s’exclamant : « J’ai une vie idiote ». On sonne, et voilà que débarque Adolphe Tessier, le mari de Nina qui, lui braquant un pistolet dessus, lui annonce qu’il est là pour le tuer et lui propose de rédiger son testament. Il a d’ailleurs rédigé lui-même une lettre datée du 22 janvier à 17h45 adressée au commissaire de police où il se dénonce pour son crime futur. Peu à peu le courage lui manque et, quand on sonne de nouveau à la porte, il se cache derrière un paravent. C’est alors que Nina fait une entrée tonitruante chez son amant. De meurtre il n’y en aura pas sauf celui des illusions perdues mais, durant une heure quarante le spectateur va rire aux éclats assistant à l’affrontement pas banal d’un amant dépassé par les événements, d’une femme déterminée à tenter d’être heureuse et d’un mari fonctionnaire, gris de chez pâlichon, adepte d’un certain ordre (celui de l’ennui méticuleux), enrhumé chronique de surcroît -« Adolphe n’est pas un homme c’est une serviette toujours malade », précise Nina- et, qui trouillard invétéré tremble à sa propre infortune. « J’ai un amant parce que l’amour c’est ma patrie à moi. Toi, c’est ta résidence secondaire », lui lance Nina que l’on peut définir elle qui se jouera de poison jeté dans son verre comme « une Sainte Vipère ». Jouée jusqu’à samedi au Théâtre du Gymnase de Marseille, « Nina » d’André Roussin, créée en 1949 s’offre une seconde jeunesse. Avec intelligence Bernard Murat, metteur en scène subtil, adepte des pièces de boulevard du style Feydeau ou Roussin explore ici tous les rouages du genre en travaillant les figures propres à ce genre d’œuvres. L’auteur lui, offre au final des personnages touchants et, chose assez rare dans les années 1950 un portrait de femme bagarreuse, qui constate non sans tristesse « tu adores trop et tu n’aimes pas assez  ». Les choses s’inversant sans cesse le mari lit le journal L’aurore lui qui, au crépuscule de sa vie lugubre recouvre un semblant de dignité avec une scène d’anthologie où il s’allonge sur le canapé avec des allures d’Empereur romain, tandis que l’amant s’effondre psychologiquement en rêvant lui aussi de nouveaux départs mais au Mexique. Nina apparait comme la femme fatale prétexte à révéler aux deux hommes leurs natures profondes. André Roussin montre alors que derrière tout monsieur Jekyll se trouve un Hyde hideux (en anglais to hide signifie se cacher ce que font les amants), et nous offre une comédie plus grave qu’il n’y paraît. Sur scène si François Vincentelli campe de manière attendue un amant inattendu, Mathilde Seigner incarne une Nina charismatique avec vivacité et sans hystérie donnant à son personnage une dimension dramatique supplémentaire. Et puis il y a en mari trompé, retombant en enfance, François Berléand gigantesque, irrésistible, drôle jusqu’au burlesque, comédien épatant, -auteur justement d’un très beau récit sur l’enfance intitulé « Le fils de l’homme invisible »-, inoubliable de puissance scénique qui par son jeu incroyable arrive aux côtés d’une grande Mathilde Seigner à faire oublier que, dans une pièce de boulevard les personnages ne sont bien souvent que des discours et des matériaux de convention servant à palabrer sur le couple et les ravages de la passion. Un grand spectacle finalement pour une « Nina » d’anthologie !
Jean-Rémi BARLAND
Au Gymnase jusqu’au 7 mars à 20h30

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