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On a vu au Gymnase de Marseille - "Jusque dans vos bras" : L’identité française revue et corrigée par Les Chiens de Navarre

jeudi 8 février 2018

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"Jusque dans vos bras" : L’identité française revue et corrigée par Les Chiens de Navarre (Photo Loll Willems)

Attention ça décoiffe ! Ça envoie du lourd, et par moments ça arrose, au sens propre du terme ! Spectateurs du premier rang attendez-vous à être mouillés par cette bande de joyeux drilles qui se mouillent d’ailleurs eux aussi au sens figuré du terme cette fois, afin de dézinguer les idées reçues, les hypocrisies sociales, les racismes ordinaires, les égotismes de classe. Eux ce sont Les Chiens de Navarre, troupe à l’esprit frondeur qui, avec ce spectacle intitulé « Jusque dans vos bras » et joué au Théâtre du Gymnase de Marseille revisite le thème de l’identité française à l’aide d’une série de scènes distinctes burlesques, déjantées, politiquement incorrectes. « Oui je suis socialiste et j’assume », lance un des participants à ce qui est une suite de débats. « On n’a rien contre les minorités », lui rétorque son interlocutrice. Quant à la ville de Marseille, elle en prend pour son grade (toutes les cités où les comédiens viennent jouer subissent le même sort, et à Montréal ce fut encore plus violent) le temps d’une présentation de spectacle iconoclaste réalisée par l’un des membres de cette tribu foldingue. On s’y moque des habitants de la Canebière, des nantis du premier rang, des « pauvres » qui sont repoussés dans le poulailler du théâtre et qui ne verront rien de la pièce, et des élus du quatrième rang qui eux, n’ont pas payé du tout. Puis les choses démarrent et rien ne tournera rond pour le meilleur du rire frondeur. Un enterrement où l’on s’entretue sur la dépouille d’un homme qui finira par glisser hors de son cercueil, un pique-nique pas du tout à la bonne franquette où l’on se moque de Benoît Hamon et d’Emmanuel Macron, des phrases genre textes d’urgence où l’on précise : « C’est pas du théâtre, c’est de l’être là ! », la rencontre inattendue entre Marie-Antoinette et un Charles de Gaulle affublé d’un pseudonyme algérien, un évêque noir qui chante « Ma gueule » de Johnny Hallyday, une caricature de danse contemporaine, Jeanne d’Arc qui vient demander qu’on lui « honore l’interstice », une famille de migrants accueillie chez des bourges, et l’arrivée de requins ou d’Obélix en mode désabusé, autant d’éléments chargés d’illustrer le sujet traité avec une ironie mordante. Non seulement la troupe qui a travaillé le texte ensemble à l’aide d’improvisations permanentes nous amuse à rentrer dans le lard des convenances, mais les costumes colorés, la gestuelle outrée, et les accessoires inventifs renforcent l’aspect voltairien de ce conte moral où l’on se moque de l’harmonie préétablie chère à Leibniz (l’équivalent aujourd’hui serait le consensus mou), avec des phrases à l’emporte-pièce et d’une mauvaise foi d’un aspect jubilatoire. « Guédiguian, c’est des films pornos, sans les scènes de cul », entend-on au détour d’un long débat sur les réfugiés. Virevoltante la mise en scène nous régale de trouvailles visuelles, la plus inattendue et la plus belle esthétiquement est celle où l’on voit deux spationautes tenter vainement de planter le drapeau français sur ce qui doit être la lune.

Loufoquerie mais pas que

Comment aborder des choses graves sur le temps de la loufoquerie ? Tel est l’enjeu de « jusque dans votre bras » dont les scènes brillantes démontrent sur le ton de la farce qu’« un Français, c’est juste un type comme toi et moi ». On pourrait alors chanter « L’iditenté », (jeu de mots sur l’identité bien sûr), du groupe Têtes raides affirmant que « Paris est beau quand chantent les oiseaux, et que Paris est laid quand il se croit Français ». Prenant un à un chacun des stéréotypes des gloires nationales, les Chiens de Navarre mis en scène par un Jean-Christophe Meurisse en état de grâce, (d’urgence devrait-on dire) les détournent, les retournent, s’en amusent sans idéologie, ni propos sentencieux. Simplement par l’art de la scène, mélange de Commedia dell’arte et du film italien « Affreux, sales et méchants » où c’est la bêtise qui est mise au pilori des consciences républicaines. Un spectacle citoyen au final dont on sort éblouis, dérangés, et heureux.
Jean-Rémi BARLAND
Au Théâtre du Gymnase à Marseille jusqu’au samedi 10 février à 20h30 - plus d’info : lestheatres.net

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