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On a vu aux Chorégies d’Orange : drame de la jalousie, trois morts !

mardi 5 août 2014

« Les corps de Desdemone et Otello ont été découverts sans vie dans l’appartement de la jeune femme. D’après les premiers éléments de l’enquête, Otello, rendu jaloux par une rumeur, aurait poignardé son épouse avant de se donner la mort. Un peu plus tard, la dépouille de Iago était retrouvée dans une poubelle. L’enquête a permis de déterminer que ce dernier, à l’origine de la rumeur ayant provoqué la mort du couple, avait été exécuté par les amis des deux victimes. L’enquête se poursuit. » (Corriere del Veneto)

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Inva Mula, superbe Desdemone de cette production festivalière d’Otello (Photo Philippe Gromelle)

Qu’elle est d’actualité, l’intrigue shakespearienne mise en musique par Verdi ! Un fait-divers comme tant d’autres aujourd’hui avec une ambition démesurée qui mène à la déraison, de la jalousie et la violence fait aux femmes. Que de chemins nouveaux à suivre pour un(e) metteur en scène !
Mais pour les Chorégies d’Orange, la mise en scène de Nadine Duffaut est d’un strict classicisme, jouant, plutôt avec bonheur, du modernisme d’images projetées sur les restes d’un miroir vénitien brisé et gisant sur scène. Un travail accessible au plus grand nombre, d’une lisibilité aisée, peut-être légèrement simpliste. Sur scène, dans le rôle titre,le « chouchou » maison, Roberto Alagna. Superbe scéniquement, décevant vocalement. Une fois de plus il épouse en rôle qui n’est pas à sa mesure. Si le principe de Peter veut qu’un humain atteigne un jour son seuil d’incompétence professionnelle, il en va de même pour la voix. Et notre Roberto national peine grandement lorsque ça monte et a du mal à assurer ses attaques, notamment au dernier acte. Reste sa belle gueule, son torse poilu, son sex appeal, moulé dans son tee shirt rouge et son pantalon simili-cuir de la même couleur. Mais, cette fois-ci, il n’y aura pas assez de groupies pour assurer un triomphe dans un théâtre plutôt bondé pour une représentation transférée du samedi au dimanche pour cause d’orage. D’ailleurs, la malédiction de l’opéra débutant par une tempête existe bien puisque, même dimanche, l’eau est tombée quelques minutes avant que ne débute la représentation. A bannir, Otello, chez Auguste !
Mais le premier rôle de cette œuvre n’est-il pas Iago, le félon, le jaloux ? Une fois de plus, c’est Seng-Hyoun Ko qui s’y colle. Le baryton Coréen a perdu un peu de sa superbe assurance au fil des ans mais demeure odieux à souhait et d’une puissance vocale adaptée au lieu. Chez les hommes c’est lui qui recueillera l’ovation majeure. Le Cassio de Florian Laconi est intéressant, mais manque ici de volume. Apprécié Enrico Iori, excellent Lodovico. Dran, Delpas et Toussaint étant assez discrets dans leurs prestations.
Vocalement, c’est assurément Inva Mula la grande triomphatrice incarnant une sensible Desdemona, avec précision et puissance. Idéale dans ce rôle de femme perdue dans un contexte qu’elle ne comprend pas, elle est éblouissante. A ses côtés, Sophie Pondjiclis est une Emilia intéressante.
Mentions très bien aux chœurs d’Avignon, Marseille et Nice et aux enfants de la Maîtrise des Bouches-du-Rhône dont l’intervention, certes assez courte, mais très difficile, fût remarquable, bien préparés qu’ils étaient par leur directeur musical Samuel Coquard. Enfin, couronne de laurier à Myung Whun Chung, éblouissant dans sa direction sans partition, n’omettant aucune nuance, aucun trait d’enrichissement. Grand moment à la tête d’un excellent « Philar » de Radio-France.
Michel EGEA

Autre représentation, ce mardi 5 août à 21 h 30. Spectacle diffusé en direct sur France 2 et sur France Musique. 04 90 34 24 24.
Choregies

Messages

  • Lors de la représentation du 3 août, j’ai été déçue par la mise en scène trop sage . Elle ne rend pas le feu de ce drame de la jalousie. On ne perçoit pas dans la gestuelle des chanteurs, dans celle d’Otello surtout, l’élan constamment brisé à l’égard de Desdémone. Il devrait plus souvent, sans pour autant gesticuler, faire un geste de tendresse et pourquoi pas l’enlacer pour après le repousser selon cette caractéristique du désir amoureux refoulé mis en lumière par Freud.
    Les duos- duels avec Iago manquent de vigueur et vocalement et visuellement ; pas assez d’objets sur la scène à renverser ou à "maltraiter" pour exprimer la folie d’Otello.
    Au dernier acte, quand le meurtre est découvert, Otello reste debout immobile , le dos tourné au public. Il faudrait plutôt qu’il aille vers le prie-dieu de Desdémone, y ramasse lentement un chapelet ou autre objet qu’elle affectionnait, le serre dans ses mains , puis le laisse tomber ou le casse , prenant conscience davantage encore de son crime. Le jeu ne communique pas fortement les transes qui travaillent Otello au cours de ce drame. Dans la scène du mouchoir , il ne se montre pas assez partagé entre l’adoration et la fureur, donc entre les caresses et le rejet, on n’a que la distance qu’il impose à sa femme, et la complexité des sentiments y perd beaucoup.
    Comment contacter Nadine Duffaut et lui dire d’impulser aux personnages le feu, le tumulte de l’âme qui leur manque ? La vision n’est pas assez baroque , pas assez sensuelle disons-le carrément. Certes, il ne faut pas trop en faire, mais elle n’a pas laissé aux chanteurs la possibilité d’étreindre l’ampleur de la tragédie, elle les a trop bridés dans des poses esthétique, mais sans chair.

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