On a vu dans le Off d’Avignon : Daniel Mesguich met en scène « Le prince travesti »

Publié le 23 juillet 2015 à  21h45 - Dernière mise à  jour le 27 octobre 2022 à  19h30

Sarah Mesguich, William Mesguich, Alexandre Levasseur et Sterenn Guirriec dans Le Prince Travesti (Photo Arnold Jerocki )
Sarah Mesguich, William Mesguich, Alexandre Levasseur et Sterenn Guirriec dans Le Prince Travesti (Photo Arnold Jerocki )
Grégory Corre & Sterenn Guirriec dans Le Prince Travesti (Photo Arnold Jerocki)
Grégory Corre & Sterenn Guirriec dans Le Prince Travesti (Photo Arnold Jerocki)

C’est du Marivaux comme on ne le monte pratiquement jamais qui est proposé au théâtre du Chêne noir d’Avignon et ce, dans le cadre du off 2015. Du Marivaux solaire et sombre, le metteur en scène Daniel Mesguich, (dont chaque spectacle est une réussite absolue) choisissant de s’attacher à écrire l’aspect infiniment politique de la pièce «Le prince travesti», comédie datant de 1724 et dont l’action se déroule à Barcelone. On y voit comment un important personnage royal se faisant appeler Lélio parviendra à épouser la belle Hortense tandis que la princesse, (la meilleure amie de celle-ci) qui avait des vues sur lui trouvera dans le Roi de Castille, qui s’est fait passer pour un ambassadeur des bras secourables et un époux. Le tout sous les voltiges bouffonnes d’Arlequin et l’œil jaloux du sinistre Frédéric, avide de pouvoir et intrigant à l’extrême. Point ici de portes qui claquent d’envolées joyeuses mais un décor signalant vitres à l’appui le jeu de masques auquel s’adonnent les personnages arborant costumes colorés et visages peints. Pas de légèreté futile mais une mise en scène insistant sur la côté noir de l’Histoire, avec pour la dépeindre en premier lieu la composition éblouissante de William Mesguich incarnant un Frédéric toussant, vitupérant, intrigant et d’une brutalité de caractère que l’on croirait sortir d’une pièce de Brecht. La musique lancinante proposée par bribes rajoute au tableau une touche plus fantastique rappelant le monde de Kurt Weil. Côté personnages féminins, Sarah Mesguich en princesse et Stereen Guiriecc en Hortense allient grâce, beauté, et talent complémentaire. Elles sont divines et la mise en scène de Mesguich insiste sur leur complémentarité de femmes blessées et trahies, puis libérées. La pièce au final étant plutôt un hymne contre le machisme. Impeccable Alexandre Levasseur jouant un pétillant Arlequin à la fois comedia dell’arte et proche des pièces modernes. Et pour incarner Lélio on trouve en Grégory Corre l’acteur parfait dans le rôle. Comédien qui avait voilà deux ans interprété avec panache et justesse Mercutio dans le «Roméo et Juliette» mis en scène par François Ha Van. Il est ici drôle, touchant, émouvant élégant et d’une vérité incroyable. Les scènes très sensuelles avec les deux actrices témoignent de la vision très romantique avec laquelle il s’est emparé du personnage de Lélio, (un côté «Lorenzaccio» dans son jeu) et de sa présence scénique qui comme celle de William Mesguich demeure quasi naturelle. Et, au-delà d’un jeu homogène, il y a chez tous les acteurs une diction parfaite. Daniel Mesguich y tenant beaucoup, laisse entendre le texte de manière quasi musicale. Une production parfaite, une grande pièce, un immense auteur et, un moment théâtral magique.
Jean-Rémi BARLAND
«Le prince travesti» de Marivaux. Mise en scène de Daniel Mesguich. Au Chêne noir à 18h45. Réservations au 04 90 86 74 87.

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