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Exposition Picasso au Mucem : On croyait avoir déjà tout dit, tout vu, tout lu et tout entendu...

mercredi 27 avril 2016

sur Pablo Picasso. Et bien non. L’architecte et scénographe Jacques Sbriglio nous le dévoile sous l’angle de l’inspiration de l’artiste dans une belle exposition au MuCEM intitulée « Un génie sans piédestal, Picasso et les arts et traditions populaires » du 27 avril au 29 août. Il nous montre comment l’inspiration vient aux génies. Et pas des moindres. Picasso en l’occurrence, dont des œuvres sont mises en parallèle avec les ustensiles usuels qui les ont inspirés. Une mise en pratique de la formule de Lavoisier reprise du philosophe présocratique Anaxagore : « Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme  »…
Ce scénographe procède par petites touches. Déjà, dans une magistrale exposition au J1 en final de la Capitale Européenne de la Culture 2013 il avait réussi à faire découvrir Le Corbusier aux Marseillais dont certains étaient pourtant sûrs de bien connaître celui qu’ils surnomment « le Fada ». L’air de rien, il nous prend par la main et nous entraîne dans le dédale des pensées, des souvenirs d’enfance, des réminiscences, de ces petits faits et objets du quotidien qui font jaillir l’inspiration. Concernant cette exposition Picasso, c’est lumineux. C’est simple.

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Le Mucem à Marseille (Photo Patricia Maillé-Caire)

Tout objet peut devenir art ; non par le simple fait que Picasso s’en soit saisi et ait mis son nom dessus mais, par ce qu’il transmute des objets du quotidien et leur donne une autre vie. En 270 œuvres, prêtées pour deux tiers par des collections privées et un tiers de collections publiques, sur un plateau de 1 200 m², Jacques Sbriglio s’attache à montrer comment Picasso, tout à la fois inscrit dans son époque et fidèle à ses racines, a nourri son travail d’influences issues des arts et traditions populaires, de ses souvenances espagnoles et de rencontres avec des artisans. Outre les motifs récurrents comme le cirque et les arènes cette exposition montre aussi que Picasso s’est approprié les savoir-faire artisanaux, en particulier le travail sur la céramique, le métal ou encore le bois, pour les inscrire dans le langage artistique de la deuxième partie du XXe siècle.

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Pablo Picasso, Le matador, Mougins, 4 octobre 1970 Huile sur toile 145,5 x 114 cm / MP 223, 13690 Musée Picasso-Paris / Photo © RMN-Grand Palais (musée Picasso de Paris) / Jean-Gilles Berizzi © Succession Picasso 2016

Le parcours, divisé en quatre sections, met en miroir des chefs-d’œuvre de l’artiste avec des objets-références issus des collections du MuCEM : les racines andalouses et catalanes, les objets et les thèmes fétiches, les techniques et leur détournements et enfin l’objet matériau. Il s’agit notamment dans la dernière salle de « la guenon et son petit  » imaginée et réalisée par Picasso à partir d’une petite voiture piquée à son fils Claude qui sert de museau à cette sculpture exécutée avec des matériaux de récupération dont un ressort de camion qui lui sert de queue.
« L’art oblige l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. C’est pourquoi les vrais artistes ne méprisent rien ». Cette citation d’Albert Camus extraite de son discours de réception du Prix Nobel de littérature à Oslo en 1957, placée en exergue de l’exposition, donne le ton, explique le cheminement de la création et celui du scénographe qui nous la fait toucher du doigt. Jacques Sbriglio se permet de faire œuvre et de montrer sa patte avec discrétion mais fermeté tout en s’effaçant pour laisser la parole au maître. Mais, il est discret, comme une chanteuse d’opérette qui pendant 24 mesures scande à nous vriller les tympans « retirons nous sans bruit retirons nous sans bruit… ». Deux exemples qui font sa signature : des cloisons ajourées entre les sections pour favoriser les correspondances et des rideaux ouverts afin que le public passant sur les passerelles du MuCEM puisse jeter un œil et le répons entre les mantilles dont les femmes espagnoles se couvraient la tête et la résille de la structure du MuCEM visible à travers les fenêtres.
Vous l’aurez compris l’objet de cette chronique est autant pour présenter cette parade des objets Picasso que sa mise en lumière dans un cheminement didactique accessible aux néophytes comme aux spécialistes. Une belle réussite de cet architecte spécialiste des volumes et du béton incollable sur le brutalisme qui a su faire preuve de modestie comme les deux commissaires d’exposition invités, Joséphine Matamoros et Bruno Gaudichon. Tous deux Conservateurs en chef du patrimoine respectivement l’une, directrice honoraire du Musée d’art moderne de Céret et du Musée d’art de Collioure, et l’autre, conservateur de La Piscine-Musée d’art et d’industrie de Roubaix avaient déjà collaboré dans la région sur l’exposition « Picasso céramiste et la Méditerranée » à la chapelle des pénitents noirs d’Aubagne de juin à octobre 2013.
Aux côtés d’Émilie Girard, autre conservateur du patrimoine et responsable du Centre de conservation et de ressources du MuCEM, ils nous font partager leur passion pour le maître et le processus de création en général. En réponse à une question sur la raison d’une telle exposition Picasso, encore une, Émilie Girard répond d’emblée :« Pourquoi pas maintenant surtout que l’on a trouvé un angle d’attaque complètement légitime par rapport au MuCEM qui fait écho à notre collection et à l’histoire de la constitution de notre collection héritière du Musée des arts et traditions populaires ». « La scénographie, poursuit-elle, est très importante pour arriver à rendre le discours des commissaires ». « Le travail du scénographe ce n’est pas simplement dessiner des murs pour accrocher des tableaux c’est d’arriver à rendre intelligible et intelligent le discours des commissaires de l’exposition pour mieux mettre en valeur les œuvres phare ; pour mieux mettre en valeur les correspondances entre les objets. C’est pour cela que le travail de Jacques Sbriglio a été infiniment intéressé et intéressant pour nous », a-t-elle précisé dans un entretien avec Destimed.
Concernant les objets choisis dans les collections du MuCEM, quelques pièces ont été sélectionnées pour être placées en regard des œuvres de Picasso. « L’idée n’était pas de jouer la concurrence avec le travail de Picasso mais au contraire de choisir des pièces, peu par section, de une à six pour la partie céramique qui est la plus fournie », indique Mme Girard. Expliquant : « Non pour dire Picasso s’est inspiré de tel objet qu’il a créé mais pour dire dans quel contexte il a travaillé, montrer les pièces qu’il a pu croiser et comment ces pièces-là font échos à son travail, dans le temps, dans son temps et dans une société donnée ».
Selon les deux autres commissaires d’exposition, il est très difficile de montrer des objets ayant directement inspiré Picasso car, comme dans le cas de la petite voiture de son fils Claude qui sert de gueule à la guenon, ces objets sont « avalés » par l’artiste dans les œuvres elles-mêmes. Ils ont cependant trouvé dans les collections très riches du MuCEM des objets pouvant parfaitement illustrer ses préoccupations. Des objets provenant dans une très large part du Musée des arts et traditions populaires dont le fondateur Georges Henri Rivière était un ami de Picasso. Des objets « muséifiés par Rivière et sacralisés par Picasso qui les intègre dans ses œuvres », dévoilent Joséphine Matamoros et Bruno Gaudichon en commentaire à deux voix de cette « nouvelle grille de lecture » de l’œuvre de Picasso. « Cette exposition se trouve dans un lieu très particulier qu’est le MuCEM, un musée des arts et traditions populaires. Il y a quelque chose qui touche à tous les publics. Picasso a touché tous les publics au XXe siècle. Picasso est connu dans le monde entier. C’est devenu lui-même une icône populaire. D’où le titre de cette exposition "un génie sans piédestal" emprunté à Michel Leiris. Picasso a cherché et trouvé par de multiples chemins », déclare Joséphine Matamoros. « C’est un Picasso avec une lecture différente de ce que l’on a l’habitude de voir », insiste-t-elle. « Il ne s’agit pas , poursuit-elle, de plaquer des œuvres sur des cimaises mais bien de raconter une histoire sur toutes ces cimaises jusqu’à la fin. On prend le public qui arrive dès la première salle et jusqu’à la dernière salle il va suivre une sorte de fil d’Ariane qui va le conduire sur toutes les traces de Picasso pendant un siècle ».

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Pablo Picasso, L’acrobate bleu, novembre 1929 Fusain, huile sur toile 162 x 130 cm / AM 1990-15 Centre Pompidou MNAM-CCI, Paris, dépôt du musée Picasso Paris / Photo © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat © Succession Picasso 2016

Autres découvertes de cette exposition après l’entrée consacrée à la mantille et au couvre-chef catalans réminiscence de son passé en Espagne, « l’acrobate » qui ouvre sur sa passion pour le cirque, son petit tableau « El Picador » peint sur bois par le déjà petit maître à 8 ans à Malaga en 1889 qui ouvre la section tauromachie. La section se poursuit avec de très beaux plateaux ovales avec l’arène au centre et le public des aficionados sur les bords du plat .La musique fait aussi partie de son œuvre avec la sculpture « Mandoline et clarinette ». La politique est aussi présente notamment dans la partie Colombophilie, avec un tableau du père de Picasso que Pablo qualifiait de « peintre de salle à manger  » et qui s’était spécialisé dans les tableaux avec des pigeons. Un pigeon qui deviendra le symbole de la paix sous le pinceau de Pablo Picasso en réponse à l’appel de Stockholm de 1950 avec le parti communiste contre l’installation de fusées Pershing en Europe. Un emblème choisi par Aragon dans les cartons de Picasso devenu curieusement un étendard de paix alors que les pigeons sont des animaux extrêmement violents entre eux, souligne Bruno Gaudichon.
Pablo Picasso s’est aussi intéressé aux jouets qu’il créait notamment pour son fils Claude qui raconte ces créations extraordinaires dans une vidéo montrée dans l’exposition. Claude précise cependant que ces jouets étaient cachés pour éviter que Paloma les casse … ! Le bois, la céramique et le métal l’orfèvrerie sont des pièces importantes de cette présentation avec une découverte de la linogravure et la collection complète des affiches de Vallauris et des linos gravés ainsi que des textiles pour finir sur les sculptures d’assemblage dont la guenon, la tête de taureau réalisée avec une selle et un guidon de vélo ( et la dernière, la femme portant un enfant qui résume à elle seule l’œuvre de Picasso, selon Joséphine Matamoros.
Dans la dernière sculpture « il revisite tout son travail de tout le siècle », déclare à la presse Joséphine Matamoros. « C’est la femme et l’enfant. Il s’agit de quelques morceaux de bois qu’il assemble. Très rapidement il bâtit une femme avec une tête en trois dimensions comme les têtes cubistes. Les petites peintures sur les jambes sont comme les peintures primitives africaines avec des petits points. La coiffe de cette maman c’est une palme en relation avec les arts primitifs et ce qui est très intéressant dans cette sculpture d’assemblage construite en un rien de temps avec des planches et quatre clous », décrit cette commissaire d’exposition. « Et, ce n’est pas de la désinvolture », ajoute-t-elle. « Il faut aller vite et trouver un chemin. Et ce qui m’intéresse dans cette pièce c’est que les hommes portent les enfants sur les épaules alors que les femmes les portent dans les bras. Or, elle, elle porte l’enfant sur les épaules ce qui grandit encore cette magnifique sculpture. Elle est très émouvante parce que c’est une maternité et il y a ce concept de rapidité. Même vision de rapidité dans les autres sculptures d’assemblage en utilisant des matériaux pauvres  », conclut-elle.
Antoine LAZERGES

Deux questions à L’architecte et scénographe Jacques Sbriglio

Destimed : Quelles sont les principales lignes qui vous ont guidé pour cette scénographie ?
Jacques Sbriglio : D’abord je tiens à dire que je suis architecte et scénographe c’est-à-dire que la question de l’espace est très importante pour moi. La première préoccupation que j’ai eue c’était d’inscrire le parcours de la scéno dans l’architecture du MuCEM avec son espace et sa vue sur la mer son orientation ; la deuxième c’était d’essayer d’avoir une grande humilité parce que Picasso est une super star et donc, il fallait que la scénographie ne prenne à aucun moment le pas sur l’expression des œuvres de Picasso. Une autre contrainte que j’avais aussi il fallait que je puisse mettre en vis-à-vis les documents des collections du MuCEM et les œuvres de Picasso d’où cette idée de distinguer par la couleur dorée -qui est aussi l’une des couleurs de l’Espagne- qui renvoie aussi aux couleurs des habits toréadors. Toutes ces niches avec la couleur dorée permettent de présenter les documents du MuCEM et de ne pas les confondre avec les œuvres originales de Picasso qui, elles, sont exposées sur des murs de couleur blanche ou de couleur grise en fonction de la valeur d’expression de ces œuvres. Après j’ai essayé de bâtir ce parcours scénographique autour de trois, quatre idées qui renvoient aux thématiques de l’expo.

Quelles sont-elles ?
La première c’est le volume d’entrée qui est un oratoire puisque là on a des ex-voto et un certain nombre d’œuvres qui montrent le rapport de Picasso non pas à la religion mais à la croyance. J’ai dessiné un oratoire qui permet de marquer cette entrée dans l’exposition. Le deuxième moment c’est une forme circulaire qui rappelle la piste de cirque, puisqu’il y a l’Arlequin et l’Arène, qui permet de déambuler devant ces magnifiques toiles que sont les taureaux. Le troisième point c’est le cœur même, le centre de gravité de la scénographie, que j’ai appelé le magasin de porcelaine parce que là on a toute une série de magnifiques céramiques de Picasso. Et puis, c’est le dernier moment que j’ai appelé le jardin des sculptures. Vous observerez qu’il y a de grandes échancrures dans les cimaises de façon que les visiteurs du MuCEM qui passent à l’extérieur puissent voir l’exposition depuis les passerelles. Et surtout, comme tout jardin, de bénéficier de la lumière naturelle puisque l’on n’avait pas d’obligation de conservation des œuvres qui sont des sculptures.
Propos recueillis par A.L

Informations pratiques

Réservations & renseignements
Tél : 04 84 35 13 13 - De 9 h à 18 h 7 j / 7 reservation@mucem.org
Tarifs
- Billets Mucem Expositions permanentes et temporaires 9,5 € / 5 € (valable pour la journée)
- Billet famille Expositions permanentes et temporaires 14 €
- Visites guidées 12 € / 9 € / 5 € (moins de 18 ans)
- Audioguide 2 €
- L’accès aux espaces extérieurs et jardins du Mucem est libre et gratuit dans les horaires d’ouverture du site.
- L’accès aux expositions est gratuit pour tous, le premier dimanche de chaque mois.
- Gratuité des expositions pour les moins de 18 ans, les demandeurs d’emploi, les bénéficiaires de minima sociaux, les personnes handicapées et accompagnateur et les professionnels.
- Gratuité de la Galerie de la Méditerranée uniquement pour les enseignants titulaires d’un Pass Éducation et les 18-25 ans.
- Évitez les files d’attente Achat en ligne sur mucem.orgmucem.org, fnac.com, ticketnet.fr,digitick.com

Horaires d’ouverture
- Ouvert tous les jours sauf le mardi et le 1er Mai - de 11 h à 18 h : novembre-avril - de 11h à 19h : mai-juin - de 10 h à 20 h : juillet-août
- Nocturne le vendredi jusqu’à 22 h mai-octobre
- Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture du site. Évacuation des salles d’expositions 15 minutes avant la fermeture du site.

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