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Phare de l’Entrepreneuriat : France et Afrique, quelles connexions ?

jeudi 21 mars 2019

L’Afrique est plus que jamais connectée. Prenant le train des télécommunications en marche, elle est directement passée à la technologie mobile, et cela lui réussit : elle se prévaut de taux de croissance supérieurs à ceux de l’Europe. Et de l’autre côté de la Méditerranée, de jeunes entrepreneurs talentueux ambitionnent de s’exporter. Comment France et Afrique peuvent-elles dés lors œuvrer de concert ? C’était l’une des thématiques abordées dans le cadre du dernier Phare de l’Entrepreneuriat qui vient de se tenir à Marseille.

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Pour Bop Sandrino-Arndt, Maximilian Bock, Sophie Lubrano et Samir Abdelkrim, il convient de changer de regard sur l’Afrique (Photo C.P.)

En termes de numérique, cela fait bien longtemps que l’Afrique s’est éveillée. Connectée, elle l’est, et même sacrément : « Près de 60% de la population pianote sur téléphone mobile. Certes, il s’agit parfois d’un portable pour une communauté d’utilisateurs, voire pour un village », explique Sophie Lubrano, du cabinet d’études Idate, lors de la table ronde du Phare de l’entrepreneuriat dédiée aux connexions entre la France et l’Afrique... mais en tout cas, le digital a pris. Il lui a même permis de prendre le train de la high tech en marche, illustre encore l’experte. En matière de télécommunications, « l’Afrique n’a pas développé de réseaux fixes mais elle s’est positionnée directement sur le marché mobile, dès les années 90. Elle a donc exécuté ce qu’on appelle un lip frog ou saut de grenouille... Ce qui est à l’origine d’un essor particulier : tout ce qui se développe aujourd’hui, c’est sur le mobile. Ainsi, la finance on line s’y épanouit davantage que dans les pays du Nord. L’écosystème lié aux fintechs est conséquent, l’Afrique compte des pays où les salaires sont versés via global money. Idem pour l’éducation, puisque les jeunes ont accès à des contenus pédagogiques en ligne », détaille-t-elle. Et d’évoquer la conception du cartable solaire, qui se recharge par panneau toute la journée et permet à l’écolier de faire ses devoirs le soir en utilisant cette électricité... « De même, l’agriculture a été l’un des premiers domaines à entrer en mutation : grâce au net, les paysans se renseignent sur le cours des matières premières ». Sans parler bien sûr de l’e-commerce, ou encore de la blockchain, qui s’impose en force... avec des champs applicatifs très spécifiques à ses problématiques. Ainsi certains pays, à l’instar du Ghana, expérimentent-ils le cadastre version chaîne de blocks, afin de parer aux tentatives d’accaparement des terres, lutter contre la corruption et instaurer une sécurité juridique (près de 90 % des terres rurales ne sont pas répertoriées dans une base de données officielle et certains n’ont pas encore d’adresse... en l’absence de preuves matérielles, ces propriétaires peuvent donc être dépossédés de leurs terres à tout moment). Toujours sur le registre de la blockchain, l’Afrique est aujourd’hui largement familiarisée aux monnaies virtuelles, et tout un écosystème de mineurs de cryptomonnaies a ainsi émergé, notamment en Tunisie et au Maroc...

L’Afrique, un « vivier de talents »

Ainsi le digital, bien plus qu’émergent en France et en Afrique, peut-il faire office de vecteur de rapprochement entre ces deux-là. Certains acteurs y œuvrent déjà, à l’instar de Samir Abdelkrim, auteur, start-uppeur et organisateur de la manifestation Emerging Valley, dont la deuxième édition a eu lieu les 20 et 21 novembre derniers. « J’ai effectué un travail de terrain pendant 3 ans et j’ai écrit un livre, Start-up Lions, afin de montrer à quel point la révolution est portée par la jeunesse... car elle est en train de façonner le continent africain ». Revenu à Marseille en 2017, il porte un regard pétri d’espoir vers la cité phocéenne, avec la volonté de contribuer à la positionner comme un hub, une porte de l’Afrique vers l’Europe... D’où l’idée d’Emerging Valley : « Il s’agit de faire venir plus de 100 start-up africaines pour les connecter avec les acteurs d’ici. Nous avons eu beaucoup de soutien des institutions locales, Conseil départemental 13, ville de Marseille, Métropole, Euroméditerranée, CCIMP, mais aussi Agence Française de Développement... » Ainsi, de jeunes entrepreneurs ont pu échanger lors de ces journées. C’était le cas de la société Lifi Led, spécialiste ivoirienne des solutions Lifi, récemment implantée en Provence est venue partager son expérience du territoire, recevant par la même occasion le label "Invest in Provence". Ou encore de Medkura Group, entreprise d’Anass El Hilal, créatrice de med trucks permettant de parer à la problématique des déserts médicaux. Sa volonté : se positionner dans le Sud de la France, après avoir déployé sa solution au Maroc. Puisqu’il y a aussi en France des déserts médicaux, par exemple « en Occitanie et dans les Alpes  »... Voilà pile l’état d’esprit que Samir Abdelkrim entend voir s’insuffler : « Ne plus considérer l’Afrique comme une terre de conquêtes, mais comme un vivier de talents. Car il y a de jeunes entrepreneurs africains qui voudraient eux aussi s’internationaliser ». Or, cela reste compliqué, abonde un dirigeant dans l’auditoire...

L’apport de la diaspora

Aux dires de Bop Sandrino-Arndt, fondateur d’Optimiz, la diaspora, dont il est membre, a elle aussi un rôle prépondérant à jouer dans l’instauration de nouvelles relations entre France et Afrique. Pour l’homme, co-créateur d’une plateforme simplifiant la gestion des sinistres maritimes en en dématérialisant tout le processus (une start-up incubée à CMA CGM), « de nouvelles relations entre France et Afrique exigent un changement de regard, un nouveau narratif, qui passe par une prise de responsabilité, un engagement personnel. Et l’entrepreneuriat est un vecteur pour pouvoir le faire. Avec Optimiz, nous avons l’ambition de nous déployer sur toute l’Afrique. Ce sera donc une création de richesses, de valeurs et d’emplois »... Mais aussi d’innovations de rupture offertes aux écosystèmes africains, accessibles du fait de l’avancée technologique du continent dans le domaine du mobile : « Avant la mise en place de notre solution, gérer un sinistre maritime signifiait beaucoup de paperasse administrative. Par exemple, un cultivateur de Nairobi prenait 8 à 12 mois pour le traiter. Avec la plateforme, c’est quelques jours, voire quelques heures pour le faire en pouvant accéder à celle-ci de n’importe où, notamment de son téléphone portable ». Enfin, outre les initiatives de la diaspora, il y a également celles des jeunes start-uppers européens, proposant des solutions à même de booster le marché africain. Ainsi en est-il de Netwookie, plateforme digitalisant le bouche à oreille et les recommandations, mise en ligne au Kenya et basée donc sur un marché en pleine expansion, celui de l’informel. « Le PIB du Kenya se génère à 40% grâce au marché informel  », appuie son fondateur, l’Anglais Maximilian Bock... lequel a fait le pari d’une double implantation : « Le marketing est au Kenya, le développement à Aix-en-Provence sur thecamp, où nous sommes accélérés ». Une présence sur le sol français qui lui permettra stratégiquement de toucher aussi l’Afrique francophone, ce qui est aujourd’hui le but de Netwookie. Mais même avant ces possibles extensions, « 136 000 personnes échangent dorénavant au Kenya sur la plateforme Netwookie ». Une belle marge de manœuvre, donc.
Carole PAYRAU

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